Editions Terre Vivante – L’écologie pratique

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Maisons passives, le vent en poupe

© Antoine Bosse-Platière
legende © Antoine Bosse-Platière
Se passer de chauffage… tel est l'un des objectifs des maisons passives. Comment faire ? Quelle norme adopter : norme passive inspirée de l'Allemagne ou BBC (bâtiment basse consommation) copié sur la Suisse ? Le BBC, un peu moins exigeant, a la cote : près de 130 000 demandes de labellisation à la fin 2011, en logement individuel ou collectif.
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Immeuble passif à Fribourg en Allemagne - © Antoine Bosse-PlatièreImmeuble passif à Fribourg en Allemagne - © Antoine Bosse-Platière

Une maison passive est une maison qui se contente des apports solaires (optimisés grâce à la conception bioclimatique) et des apports "métaboliques" (chaleur dégagée par les occupants et les appareils ménagers), reléguant ainsi le chauffage à un rôle d'appoint pour les jours d'hiver les plus froids et les plus sombres. Ce résultat exige une super isolation de l'enveloppe, une ventilation double flux, des tripes vitrages aux fenêtres, la suppression des ponts thermiques et une excellente étanchéité à l'air. La norme allemande "Passivhaus", qui fait référence en Europe, est accordée à partir d'un besoin de chauffage inférieur à 15 kWh par m² et par an et un besoin de moins de 30 kWh par m² et par an d'énergie (chauffage + eau chaude + ventilation + électricité domestique). Parvenir à ce niveau de performance coûte très cher, mais on fait l'économie d'un système de chauffage, ce qui permet de ramener le surcoût à un niveau raisonnable.

Etanchéité à l'air, ventilation et solaire

Coupe d'une VMC double flux montrant les ventilateurs et l'échangeur central - © Antoine Bosse-PlatièreCoupe d'une VMC double flux montrant les ventilateurs et l'échangeur central - © Antoine Bosse-Platière

Pour maintenir leurs performances, les maisons passives doivent répondre à des exigences très élevées en matière d'étanchéité à l'air. Celle-ci est testée à trois reprises et des corrections sont apportées aux points faibles si nécessaire. Le renouvellement d'air est assuré par une ventilation double flux munie d'échangeurs qui permettent en hiver de préchauffer l'air entrant avec les calories récupérées sur l'air extrait (80 %). S'il fait très froid, une petite pompe à chaleur couplée à la ventilation assure l'appoint de chauffage avec un coefficient de performance (COP) supérieur à 3 (pour 1 kWh dépensé, la pompe en restitue 3). Une sur-ventilation est prévue en cas de forte chaleur (on pourrait aussi prévoir un puits canadien). Les 6 m² de capteurs thermiques intégrés à la toiture sont prévus pour assurer 70 % des besoins en eau chaude sanitaire. Une résistance électrique assure le complément si le temps est vraiment trop sombre. Quant aux 12 m² de panneaux photovoltaïques, ils permettent, grâce au tarif de rachat du courant par EDF, de couvrir la totalité du coût des consommations d'énergie, abonnements et maintenance compris. Par contre, ils ne permettent pas de fonctionner en autonomie en cas de coupure durable du courant. Selon le constructeur, le surcoût de ces maisons innovantes est de l'ordre de 10 % par rapport à des maisons aux prestations comparables construites d'après la réglementation thermique 2005. Ce surcoût sera effacé en une quinzaine d'années environ par les économies d'énergie.

Fin 2011, on estime le nombre de bâtiments passifs à environ 200 en France, dont seulement 15 labellisés. Les constructeurs se tournent plutôt chez nous vers le BBC (bâtiment basse consommation, lancé par Effinergie) qui est un peu moins exigeant, bénéficie d'incitations financières et a servi de base à la réglementation thermique 2012. De 2008 à 2011, les demandes de labellisation BBC sont passées de 821 à plus de 20 000 pour les maisons individuelles et de 6479 à plus de 108 000 pour les logements collectifs. Le tableau en bas de page propose une comparaison entre les différents labels dont Effinergie (maisons basse consommation), inspiré du label suisse Minergie.

Attention, la recherche de très hautes performances énergétiques à coûts serrés, peut amener à privilégier des matériaux industriels dont la fabrication a nécessité beaucoup d'énergie grise, ou des solutions techniques toujours plus sophistiquées qui accentuent notre dépendance vis-à-vis de l'électricité et des services après-vente... Mais il existe aussi une étape encore plus aboutie : les maisons à énergie positive, qui produisent plus d'énergie qu'elles n'en consomment, grâce par exemple à un toit totalement recouvert de panneaux photovoltaïques...

Antoine Bosse-Platière

 

Labels et réglementation thermique

 

Consommation chauffage,  eau chaude, ventilation

Remarques

Réglementation thermique (RT) 2005

85 à 110 kWh/m²/an (2)

 

HPE 2005 (1)

76 à 100 kWh/m²/an (2)

- 10% par rapport à RT 2005

THPE 2005 (1)

70 à 88 kWh/m²/an (2)

- 20% par rapport à RT 2005

Effinergie - BBC 2005

40 à 65 kWh/m²/an (2)

Y compris l'éclairage
Préfigure la future RT 2012

Maison passive (Passiv Haus)

30 kWh/m²/an au total
15 kWh/m²/an pour le chauffage

Y compris électricité domestique

Ces chiffres sont donnés en énergie finale (ef) livrée par le distributeur d'électricité, pour faciliter les comparaisons entre pays. L'énergie primaire (ep) permet de prendre en compte les pertes énergétiques lors de la transformation et du transport de l'énergie, mais les coefficients multiplicateurs ne sont pas les mêmes selon les pays. En France ep = ef x 2,58 pour l'électricité, x 0,6 pour le bois et x1 pour les autres énergies.

  • (1) HPE = haute performance énergétique ; THPE = très haute performance énergétique. Les labels HPE Enr et THPE Enr ajoutent des exigences en matière d'utilisation des énergies renouvelables.
  • (2) Selon les zones climatiques et l'altitude.

  • Voir l'article en archive "Les maisons passives" du n°160 (septembre-octobre 2006) des 4 Saisons du jardin bio.
  • Voir notre reportage complet sur le lotissement passif de Saint-Priest, à paraître dans le n° de janvier-février 2009 des 4 Saisons du jardin bio.
  • Voir aussi les articles "Un HLM passif " du n°179 (novembre-décembre 2009) et "Basse conso pour tous" du n° 189 (juillet-août 2011) des 4 Saisons du jardin bio.
  • Le lotissement passif de Saint-Priest : www.groupemcp.com/prog-saint-priest-feuilly-2
  • Infos et recencement des maisons passives en France : www.lamaisonpassive.fr

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