Editions Terre Vivante – L’écologie pratique

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Le puceron cendré du pommier

© B. Chaubet
legende © B. Chaubet
Dès le mois d’avril, les feuilles de votre pommier commencent à se gaufrer et s’enrouler, puis à jaunir, les fruits se déforment… L’un des plus terribles pucerons, celui du pommier, l’a infesté. Ne vous laissez pas prendre de vitesse !
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Carte d'identité

Dégâts puceron du pommier
Les dégâts sur un jeune rameau du pommier. ©A. Bosse-Platière
Bienvenue dans la grande, l'immense famille des pucerons. Plus de 900 espèces recensées en Europe ! Avec des caractéristiques communes extrêmement désagréables : la faculté de se reproduire à très grande vitesse et d'être très mobiles, celle d'attaquer la plupart de nos plantes cultivées en se nourrissant de leur sève et de leur transmettre des maladies à virus. Nous allons nous intéresser ici au genre Dysaphis, qui comprend une centaine d'espèces et parmi elles Dysa­phis plantaginea, plus connu sous le nom de puceron cendré du pommier (son hôte secondaire est le plantain).

Parmi les nombreuses espèces de pucerons qui s'attaquent au pommier, c'est le plus dangereux, avec le puceron lanigère. L'adulte, aptère (sans ailes), est un gros puceron d'environ 2,5 millimètres, globuleux, vert olive ou rose vineux, recouvert d'une pulvérulence blanche à grisâtre, et doté de longues antennes. Les formes ailées sont vert foncé.

Puceron pommier
Ce puceron rejette un abondant miellat qui intéresse les fourmis. ©B. Chaubet

Symptômes

Les premières colonies se forment dès le mois d'avril et les dégâts ne tardent pas à apparaître : les feuilles se gaufrent, se déforment et s'enroulent avant de jaunir ; les jeunes rameaux et les fruits se déforment également ; ces derniers resteront petits et bosselés. En outre, ce puceron rejette un abondant miellat qui favorise le développement de fumagine (moisissures noirâtres), et qui intéresse beaucoup les fourmis. Celles-ci visitent régulièrement leurs “troupeaux”, stimulent la production de miellat, et protègent les pucerons de leurs ennemis naturels, favorisant ainsi leur prolifération.

Mode de vie

La reproduction des pucerons est assez étonnante et elle explique la rapidité des pullulations. Le cycle commence avec les œufs d'hiver pondus sur l'hôte primaire (le pommier) après fécondation classique des femelles par des mâles. Les œufs noirs et ovales sont situés à la base des bourgeons ou sous les écorces. Ils résistent au froid et éclosent lors du gonflement des bourgeons, donnant naissance à des “fondatrices”. 

Le cycle va alors connaître une fabuleuse accélération grâce à la parthénogenèse : il n'y a plus de perte de temps due à la rencontre des sexes, et ne naissent que des femelles. De plus, celles-ci sont vivipares (pas de stade œuf) et les larves deviennent adultes et se reproduisent très rapidement : on compte six à neuf générations par an, de mai à octobre, chaque femelle pouvant engendrer environ 70 larves. À ce rythme, la surpopulation guette. Les adultes s'adaptent alors en mettant au monde davantage d'individus ailés qui se disséminent sur d'autres pommiers.
À partir de juin commence la migration vers l'hôte secondaire, le plantain (parfois aussi le rumex ou le cerfeuil), où vont apparaître les formes sexuées qui reviendront à l'automne s'accoupler et pondre sur le pommier.
L'autre grande particularité des pucerons, c'est leur système buccal de type piqueur-suceur. Très sophistiqué, il leur permet d'accéder aux tissus qui transportent la sève élaborée à l'intérieur des végétaux. La piqûre s'accompagne parfois de sécrétion de salive qui peut transmettre des virus (notamment avec les pucerons des légumes).

Antoine Bosse-Platière

Moyens de lutte

  • Toutes les variétés de pommiers n'ont pas la même sensibilité au puceron cendré. On évitera les plus sensibles : ‘Granny Smith', ‘Baujade', ‘Idared', ‘Topaz' ; il n'en existe que deux qui lui résistent : ‘Florina' et ‘Goldrush'.
  • Les excès de fertilisation, notamment azotée, favorisent son développement ainsi que les gourmands très vigoureux, qu'il faut tailler.
  • L'important, c'est de ne pas se laisser prendre de vitesse, car les insecticides végétaux sont peu efficaces sur des colonies installées, surtout si les feuilles sont déjà enroulées. Ils sont également peu sélectifs, à un moment où les auxiliaires sont les seuls à pouvoir jouer un rôle régulateur.

La bonne stratégie consiste à :

  • empêcher l'arrivée des fourmis en posant des barrages englués (ou colliers anti-fourmis du commerce) sur le tronc avant le départ de la végétation 
  • effectuer un traitement aux huiles blanches (paraffine) diluées à 1 ou 1,5 %, dès l'ouverture des bourgeons si la température est supérieure à 10 °C. L'objectif est de toucher les œufs en cours d'éclosion et les jeunes fondatrices
  • traiter une seconde fois, toujours avant la fleur, au moment où les feuilles s'écartent, en ajoutant un insecticide végétal (à base de pyrèthre et de roténone) afin d'atteindre également les fondatrices plus âgées
    Des bourgeons aux fleurs de pommier
    Les deux stades où il faut utiliser les huiles blanches. ©C. Galinet
  • enfin, il faut s'efforcer de favoriser au maximum la présence des insectes auxiliaires par des haies variées, des bandes florales diversifiées et un enherbement à fauches espacées. Les larves de syrphes sont les plus précoces et les plus voraces, puis viendront coccinelles, chrysopes, cécidomyies... si vous évitez tout traitement insecticide après la fleur. Ce dernier (avec pyrèthre et roténone) ne se justifie qu'en cas de fortes attaques sur de jeunes arbres qui risquent d'en pâtir durablement.
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