D. Pépin |
Cet article est extrait du livre Je valorise mes déchets verts au jardin de Denis Pépin.
Tonte mulching : la fin du ramassage
Cette technique consiste à couper l’herbe très finement et à la laisser sur place, sans la ramasser. On utilise pour cela une tondeuse munie d’un kit mulching : le plus souvent un obturateur adapté pour boucher le trou d’évacuation de l’herbe, complété pour certaines tondeuses d’une double lame. Les modèles les plus performants possèdent un carter galbé qui permet de retenir l’herbe coupée plus longtemps à l’intérieur pour la couper encore plus finement.
La tonte mulching est en général facile et rapide. Mais il ne faut pas attendre que l’herbe soit trop haute et il est préférable de tondre quand elle est sèche pour éviter le bourrage dans le carter. Il ne faut pas tondre trop court, mais rester au-dessus de 5 à 6 cm.
L’herbe coupée se décompose rapidement sans gêner la repousse du gazon et nourrit l’herbe en restituant au sol les sels minéraux et l’azote qu’elle contient. Elle nourrit aussi les bactéries et les vers de terre qui fabriquent une structure grumeleuse et plus aérée. De ce fait, le gazon est en meilleur état et la mousse beaucoup moins présente.
Il est possible de tondre avec une tondeuse normale sans ramasser l’herbe, mais elle se dépose souvent en gros paquets qui peuvent étouffer le gazon se trouvant en dessous. Pour l’éviter, vous pouvez étaler l’herbe coupée avec un balai à gazon.
La tonte mulching consiste à couper finement l’herbe sans la ramasser.
C’est la solution la plus simple si vous n’avez pas besoin de l’herbe
pour le paillage ou si elle est à graines.
Le robot de tonte est un autre outil qui permet de couper l’herbe finement (et souvent) en la laissant sur place. Mais hélas, il peut aussi détruire de nombreux petits animaux tapis dans l’herbe (insectes, batraciens…).
La plupart des tondeuses peuvent recevoir un kit mulching, qui consiste le plus souvent en un bouchon destiné à empêcher l’évacuation de l’herbe à l’arrière,
de sorte qu’elle soit broyée finement dans le carter.
Pailler avec les tontes
Les tontes de pelouse conviennent pour toutes les parties du jardin : fleurs et arbustes d’ornement, haies, potager, plantes fruitières… Elles sont particulièrement utiles au potager car elles se décomposent facilement et présentent tous les avantages du paillage pour améliorer rapidement la fertilité physique et nutritive du sol.
Les tontes conviennent pour pailler les plantes d’ornement (fleurs, arbustes, rosiers), mais il est préférable de les faire sécher un peu pour éviter la formation d’un paillage asphyxiant.
Paillage avec des tontes sèches entre des rangs de salades.
Produites presque toute l’année, les tontes sont l’un des meilleurs paillages au potager, du printemps à l’automne.
Tontes sèches au pied des rosiers et des fleurs.
Tontes entre les plantes vivaces et couvre-sol.
Avantages
Elles sont produites pendant plusieurs mois de l’année et abondent au printemps pour pailler les premiers légumes du potager et les premières fleurs.
Elles contiennent de l’azote, des sucres, de la cellulose (carbone rapide) et d’autres substances qui constituent une excellente nourriture pour les bactéries et les vers de terre essentiels à la vie du sol et aux cultures.
Elles se décomposent rapidement, ce qui en fait un paillage de courte durée, idéal pour de nombreux légumes du potager. En général, elles sont presque décomposées en fin de culture. Elles peuvent alors, sans risque pour les cultures suivantes, être incorporées à la terre de surface.
Inconvénients faciles à éviter
En couche trop épaisse, les tontes de pelouse tendent à se tasser et à fermenter rapidement en l’absence d’air, en formant une couche imperméable, asphyxiante et putride qui libère des substances acidifiantes et toxiques pour le sol et les plantes.
Au printemps et en automne, les tontes peuvent nourrir les limaces présentes, sauf si le travail du sol a permis de les éliminer au préalable.
Elle peut contenir des fleurs et des graines (pâquerette, bugle rampante, porcelle…) susceptibles de se ressemer sur les parties paillées.
Précautions d’emploi
Pour éviter les inconvénients précités :
- Évitez de pailler avec des tontes contenant des graines. Si la pelouse est en fleurs, pratiquez une tonte mulching et attendez la tonte suivante, sans fleurs ni graines, pour l’utiliser en paillage.
- Pour éviter le tassement et la formation d’un feutre imperméable, deux solutions sont possibles :
- si vous utilisez l’herbe humide, aussitôt après la tonte, paillez uniquement en fine couche de 1 à 2 cm afin qu’elle sèche au soleil sur la terre.
- si vous faites sécher l’herbe coupée quelques heures au soleil avant de pailler (voir encadré ci-dessous), vous pourrez alors augmenter l’épaisseur de la couche jusqu’à 4 à 5 cm, voire plus si elle est très sèche (voir tableau ci-après).
- Quand elle est haute (presque à foin), l’herbe coupée possède des tiges plus rigides et épaisses qui évitent son tassement et la formation d’une croûte asphyxiante.
| Comment bien utiliser les tontes ? | |||
| Séchage | Épaisseur | Durée | Cultures paillées |
| Paillage juste après la tonte, séchage sur la terre au soleil. | Couche mince : 1 à 2 cm maximum |
1 à 2 mois | Cultures courtes : radis, navets, laitues, pommes de terre et haricots après buttage… |
| Séchage préalable | Jusqu’à 10 cm | Jusqu’à 6 mois | Cultures moyennes à longues : tomates, courgettes, aubergines, fleurs, rosiers, arbustes… |
Un retournement de l’andain après une ou deux heures de séchage en plein soleil permettra d’obtenir un séchage homogène et d’éviter tout départ de fermentation.
Surface tondue, surface paillée…
L’expérience montre qu’il faut tondre environ 200 m2 pour pailler 10 m2 sur 2 cm d’épaisseur. La tonte suivante de 200 m2, 15 jours plus tard au printemps, permettra de pailler 10 autres mètres carrés. On se rend vite compte qu’il n’y a jamais assez de tonte pour tout pailler, surtout au potager.
Comment faire sécher l’herbe coupée
Le mieux est de l’étaler en andain, c’est-à-dire en tas allongés, peu larges (1 m) et peu élevés (10 cm maximum), sur la partie que vous venez de tondre, sur la terre ou une surface imperméable, le plus possible au soleil. Retournez le tas après une ou deux heures de séchage pour obtenir un séchage homogène et éviter tout départ de fermentation. Des tontes suffisamment sèches restent perméables, même quand elles sont remouillées par la pluie ou l’arrosage.
Composter les tontes
Le compostage des tontes de pelouse n’est pas simple. Si on se contente de jeter les tontes en tas dans un coin du jardin ou dans un composteur, ce tas sera source de nuisances (odeurs) et de pollution de l’air et de l’eau (méthane, ammoniac…), mais ne produira pas un bon compost.
Il est possible de les composter en les mélangeant bien à d’autres déchets végétaux moins humides, plus rigides, afin d’éviter leur tassement et les fermentations anaérobies (en absence d’oxygène). La bonne proportion est de ⅔ de tontes pour ⅓ de déchets plus rigides (dits « structurants »). Ne les mélangez pas seulement à des déchets de cuisine humides et mous et qui se tassent de la même manière qu’elles.
Dans un composteur, les tontes peuvent être introduites en petites quantités (inférieures au volume du panier de la tondeuse) pour pouvoir être mélangées correctement aux déchets structurants sans former d’amas. Les restes de tontes raclés dans le carter peuvent également être compostés, mais il est nécessaire de les émietter pour faciliter leur mélange et permettre leur compostage rapide, sans mauvaises odeurs.
Pour ce qui est d’un compost en tas, les tontes peuvent être réparties à la surface en couche fine (sur quelques centimètres), puis mélangées intimement aux autres déchets moins humides et plus rigides.
Le séchage préalable partiel des tontes est une bonne solution pour éliminer l’excès d’eau qu’elles contiennent et éviter leur tassement lors du compostage.
Comme pour le paillage, il vaut mieux éviter de composter des tontes contenant beaucoup de plantes à graines car celles-ci ne seront pas détruites par le compostage.
Il n’est pas facile de composter de grandes quantités de tontes. Pour éviter la formation de masses compactes et putrides, il faut préalablement les laisser sécher un peu avant de les mélanger aux autres déchets végétaux.
Transformer une partie de la pelouse en prairie fleurie
Ce peut être le moyen de réduire la quantité d’herbe de tonte. Là où la pelouse n’est pas utilisée pour les loisirs, la détente…, il est possible de la laisser pousser et de la gérer comme une prairie. De fait, toutes les herbes utilisées dans les mélanges pour gazon sont en réalité des herbes de prairie. Il suffit donc d’arrêter de tondre pour les laisser grandir et fleurir. D’autres plantes de prairie viendront spontanément et naturellement enrichir les herbes initiales de la pelouse : ce sont celles qui poussent dans les prairies naturelles, les bords de route, de chemin, de haie ou de ruisseaux situés non loin. Il n’y a en revanche aucun intérêt à semer, à la place de la pelouse, un mélange « spécial prairie fleurie » qui, en général, est voué à l’échec et coûte fort cher.
Toutes ces plantes seront une manne pour les insectes butineurs et pollinisateurs, les araignées (toutes « utiles » au jardin), les oiseaux… tandis que les herbes denses serviront d’abri pour des petits animaux comme les musaraignes, les orvets, les batraciens… La prairie est l’un des meilleurs moyens d’attirer et de préserver dans le jardin de nombreux auxiliaires permettant de lutter naturellement et efficacement contre les ravageurs des cultures.
La surface transformée en prairie pourra être adaptée à la surface totale du jardin : 1 ou 2 m² seulement dans un petit jardin, jusqu’à plus de 100 m², voire plus, dans un jardin plus grand.
Quand elle n’est pas coupée, la pelouse se transforme en prairie fleurie qui favorise la biodiversité bénéfique au jardin. Même sur des îlots de quelques mètres carrés.
Comment entretenir la prairie
La prairie nécessite d’être fauchée régulièrement si on veut éviter son évolution rapide vers le boisement, mais l’herbe coupée peut être laissée en tas, ce qui permettra à de nombreux petits animaux auxiliaires (insectes, araignées, batraciens…) de s’y abriter. Plusieurs options s’offrent à vous :
- Coupe en fin de printemps, début d’été avant la production de graines. Pour une petite surface, cette coupe peut être faite avec la tondeuse en position haute, un coupe-fil, voire une faucille. L’herbe coupée sera soit utilisée pour le paillage (excellent pour le potager), soit laissée sur place. L’herbe repoussera au travers. Par la suite, la prairie pourra, au choix, ou bien être remise en pelouse tondue régulièrement jusqu’à l’année suivante, ou bien être laissée en prairie avec toutefois une nouvelle coupe en fin d’été.
- Coupe en automne, en fauche tardive. Cette solution est complémentaire, mais pas exclusive de la précédente. Elle permet de favoriser la production de graines et laisse aussi le temps à de nombreux insectes de finir leur cycle de développement avant hivernage. Le foin à graines récolté pourra être laissé sur place ou être mis en tas. Celui-ci sera alors un excellent abri pour de nombreux petits animaux pendant l’automne et l’hiver.
- Coupe en fin d’hiver. L’herbe sera plus facile à couper car une partie sera couchée au sol ou décomposée. Cela permettra à certains petits animaux (des papillons, par exemple) de boucler tout leur cycle de développement qui se poursuit en hiver dans l’herbe non coupée.
L’herbe coupée de la prairie peut être laissée en tas pour abriter de nombreux petits animaux auxiliaires (insectes, araignées, batraciens…).
Remplacer la pelouse par des vivaces couvre-sol
Cette solution est intéressante surtout dans les petits jardins, où elle vous évitera de tondre. Mais elle est assez difficile à mettre en œuvre car elle nécessite un désherbage minutieux et fréquent pour que les plantes couvre-sol ne soient pas submergées par les plantes sauvages indésirables. Ce désherbage manuel peut être facilité par le paillage au moment de la plantation. Pour éviter le piétinement de ces plantes, pensez à poser des dalles ou des pas japonais dans les passages.
Plusieurs plantes peuvent être utilisées, à condition d’être choisies en fonction de l’exposition (ombre, soleil), du climat, de leur résistance à la sécheresse ou à l’excès d’eau, au froid…
- plantes assez hautes : géranium macrorrhizum, consoude rampante (Symphitum grandiflorum), pachysandra, épimédium…
- plantes rampantes assez basses : helxine, Pratia pedunculata, verveine nodiflore, Achillea crithmifolia, camomille romaine rampante…
Évitez les plantes très envahissantes comme l’égopode, le lamier jaune, la grande pervenche, la lysimaque nummulaire, qui prolifèrent partout dans le jardin.
Denis Pépin



















