Editions Terre Vivante – L’écologie pratique

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Carences en azote, phosphore et potassium

© Vincent Jeannerot
legende © Vincent Jeannerot
Plantes chétives, coloration inhabituelle du feuillage et mauvaise fructification doivent vous inciter à revoir votre fertilisation.
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Azote, phosphore, potassium. Ces trois-là ne vous rappellent rien ? Mais oui, les fameux NPK, sur lesquels repose l’essentiel de la fertilisation en agriculture conventionnelle, parce que ce sont eux qui conditionnent principalement les rendements… On connaît les conséquences funestes de cette vision réductrice et productiviste de la fertilisation, à la fois sur la qualité des produits (facteur de déséquilibre pour les plantes) et sur l’environnement (pertes par lessivage, pollution des eaux).
Mais le jardinier peut aussi être confronté, dans certaines situations, à des carences en l’un ou l’autre de ces trois éléments majeurs.

Croissance en panne

carence azote sur feuille de vigne
Carence en azote sur une feuille de vigne. © V. JEANNEROTCarence en azote sur une feuille de vigne. © V. JEANNEROT

Constituant essentiel de la matière vivante (notamment des protéines), l’azote (de symbole N) n’est pas présent dans les roches comme la plupart des autres éléments ; il provient soit de la transformation des matières organiques (déchets végétaux ou animaux, apport d’engrais verts, compost…), soit de l’air, grâce aux micro-organismes (notamment les Rhizobium, bactéries symbiotiques des racines de légumineuses), soit des pluies (en faibles quantités). Depuis moins d’un siècle, les apports d’azote se font aussi – malheureusement – sous forme ammoniacale ou nitrique par les engrais azotés chimiques. Hormis les légumineuses et quelques cultures peu exigeantes comme l’ail, l’échalote, le radis, la mâche, la nutrition azotée des plantes dépend donc pour l’essentiel de nos apports. S’ils sont insuffisants, les plantes seront chétives, avec une croissance réduite et un feuillage peu coloré. Au verger, les fruits seront rares, pâles et de petit calibre, après d’importantes pertes par chute prématurée des fleurs (coulure) ou des fruits.

Quand phosphore ou potassium viennent à manquer

carence potassium feuille de vigne
Décoloration, périphérie de la feuille plus brune : les symptômes d'une carence en potassium. © V. JeannerotDécoloration, périphérie de la feuille plus brune : les symptômes d'une carence en potassium. © V. Jeannerot

 

Le phosphore est généralement présent dans les roches du sous-sol, mais leur décomposition est lente et seule une faible proportion de ce phosphore est assimilable. Les fumiers, les amendements organiques et les déchets de récolte apportent du phosphore. Mais des carences peuvent survenir, notamment en sol acide ou trop calcaire et si le sol est trop humide. Comme pour le manque d’azote, la croissance de la plante est réduite, les feuilles se colorent de pourpre ou de violet, la floraison et la fructification sont difficiles. Quant au potassium, il est abondant dans de nombreux sols, notamment en régions à roches primaires et volcaniques. Il est en partie restitué au sol si l’on prend soin de composter les déchets de récolte. Des carences sont possibles en sols sableux ou en cas d’arrosages excessifs. Les feuilles sont décolorées, brunissent à la périphérie et s’enroulent. Les plantes sont plus sensibles aux maladies et à la sécheresse, les fruits, petits et peu sucrés.

Antoine Bosse-Platière

Moyens de lutte

Comment savoir si l’on utilise la bonne fertilisation pour éviter carences ou excès ? D’autant que les besoins des plantes sont quasi permanents, alors que les apports de fertilisants sont rarement fractionnés. En schématisant un peu, la solution bio peut se résumer ainsi :

  • utiliser du compost et des amendements organiques dont les grosses molécules seront dégradées par les microorganismes du sol, au fur et à mesure des besoins des plantes ;
  • stimuler l’activité biologique du sol par le travail du sol, le paillage, les apports de compost ou le compostage de surface ;
  • entretenir une bonne structure du sol, grumeleuse, riche en humus pour stocker les éléments nutritifs en évitant leur lessivage.

Mais un débutant qui démarre un jardin (friche, remblais…), un jardinier confronté à un sol trop acide, trop calcaire, trop tassé ou encore à une humidité persistante peuvent rencontrer ce genre de carences. Pour parer au plus pressé, en cas de carence en azote, on apportera un engrais organique, sans dépasser les doses recommandées. S’il s’agit d’une carence en phosphore, il faut des phosphates naturels, ou de la farine de poissons. Pour la potasse, des roches broyées, cendres de bois, ou du patentkali (sulfate de potasse et de magnésie) feront l’affaire.
Enfin, on notera que les mycorhizes (associations symbiotiques de champignons microscopiques avec les racines) jouent un rôle très important dans l’assimilation du phosphore et de l’azote. Attention à ne pas planter deux années de suite au même endroit des plantes qui ne mycorhizent pas : crucifères (moutarde, choux) et chénopodiacées (épinards).

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