Expérimentation : purins d’orties et de consoude, un duo de choc

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Entre 2004 et 2006, les purins ont été à l'essai aux jardins de Terre vivante, mais aussi chez les lecteurs des 4 saisons. Au total, une soixantaine de participants ont répondu présents à l'appel, et ont participer à cette expérimentation sur les trois saisons. Purins d'ortie en arrosage, en pulvérisation ainsi qu'associé avec la consoude, l'expérience apporte des résultats intéressant.
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Les jardiniers de Terre vivante font des essais depuis plusieurs années sur les purins d’ortie et consoude dans le potager.  
JJ. Raynal |

 

Comment bien utiliser les purins de plantes? Pour la troisième année consécutive, les 4 Saisons ont lancé une expérimentation grandeur nature pour mieux comprendre leur intérêt au jardin. Après avoir testé le purin d’ortie sur la production de tomates en pulvérisation* (2003), puis en arrosage* (2004), nous avons choisi cette année d’étudier l’association ortie/consoude, utilisée depuis quelques années déjà dans les potagers du Centre Terre vivante, notamment sur les tomates.

Comme les années précédentes, des lecteurs des 4 Saisons se sont portés volontaires. Vous avez donc été une vingtaine à mener l’expérience à terme, à partir du protocole que nous vous avions envoyé. Ont ainsi été comparés des plants de tomates arrosés avec du purin d’ortie seul et des plants de tomates arrosés avec du purin d’ortie à la plantation, puis avec du purin de consoude en cours de culture.

*Retrouvez les résultats de ces expérimentations en bas de l’article 

Modalités de l’expérimentation

Ortie/consoude

  • Les jardiniers expérimentateurs avaient le choix de la variété de tomate servant à l’essai, l’important étant de garder la même pour l’ensemble de l’expérimentation.
  • Les purins d’ortie et de consoude étaient des préparations du commerce.
  • L’essai a porté sur deux séries de huit plants de tomates.

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L’ortie est très concentrée en azote, en purin elle agit sur la croissance du feuillage en particulier.
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Lot 1 (“ortie”) :

  • arrosage au purin d’ortie à la plantation, dilution 10 %
  •  puis arrosage tous les 15 jours, à 4 reprises, soit 5 arrosages au purin d’ortie au total, dilution 10 %.

Lot 2 (“ortie/consoude”) :

  • arrosage au purin d’ortie à la plantation, dilution 10 %
  •  15 jours après : un nouvel arrosage au pied de chaque plant, au purin d’ortie, dilution 10 %.
  • puis tous les 15 jours, à 3 reprises: arrosage au purin de consoude, dilution 10 %.

(À Terre vivante, les jardiniers ont complété avec une troisième série ne recevant aucun apport de purin.)

Ont été relevés : les dates de première floraison et de première récolte, les dates des récoltes, le poids et le nombre de fruits mûrs, l’apparition du mildiou.

Un constat intéressant : la très grande diversité de tomates cultivées. Les 21 réponses reçues font état de 18 variétés ! Des tomates classiques, mais toujours très appréciées, comme ‘Cœur de bœuf’, ‘Rose de Berne’, ‘Andine Cornue’ ou ‘Monfavet’, voisinent avec des variétés moins connues telles ‘Striped German’ ou ‘Reine d’Or’…

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Pour la préparation de purins maisons, l’utilisation de l’eau de pluie est primordiale.  
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Principaux résultats

  • Comme les années précédentes, il n’y a eu aucune influence sur les dates de première floraison ou de première récolte.
  • Les premières différences significatives portent sur le développement des plantes elles-mêmes. Les plants de tomate arrosés avec du purin d’ortie, puis de consoude ont produit davantage de fleurs et de fruits que les plants traités uniquement à l’ortie. A Terre vivante, les deux modalités ont présenté des plantes plus vigoureuses en taille (tiges et feuilles) qu’un témoin non traité, les plants “ortie/consoude” étant eux-mêmes plus vigoureux que les plants “orties”.
  • Les effets les plus intéressants concernent la production de fruits mûrs : dans 70% des cas, la modalité “ortie/consoude” est la plus productive.
  • En poids de fruits récoltés, le gain en rendement est très variable : 6% minimum, jusqu’à 50%, avec une dominante autour de 30%.
  • A Terre vivante, l’amélioration est encore plus marquée par rapport aux plants n’ayant reçu aucun apport de purin. Si l’on y ajoute le poids des tomates vertes (mesurant le potentiel de production des plants de tomates), l’intérêt de l’association ortie/consoude est encore plus évident.
  • Par contre, aucun enseignement n’a pu être tiré par rapport au mildiou.

Une association réussie

L’intérêt de combiner ortie et consoude est ainsi confirmé. La consoude est une plante d’autant plus intéressante qu’elle peut être facilement cultivée au jardin. On multiplie cette vivace sans difficulté, en prélevant des éclats de racines. Côté récolte, plusieurs coupes de feuilles sont possibles dans l’année. Avec un ou deux pieds, vous aurez largement de quoi subvenir à vos besoins, à condition d’être strict dans la préparation du purin.

D’autres cultures exigeantes, comme les aubergines ou les poivrons, par exemple, devraient tirer également profit de cette association. A vous de jouer…

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Pour cet essai, la dilution des purins a été fixée à 10%.
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Les lecteurs ont testés

Jean-Marc Blondel cultive son jardin en bio depuis 7 ans. Il arrose une partie de son jardin à l’aide de tuyaux micro-poreux et a mis au point un montage astucieux :  il utilise une pompe doseuse, qui répartie directement le purin d’ortie, ou de consoude, dans le réseau d’arrosage. Malin!

Monsieur Gallard, à Andrezé (Maine-et-Loire) utilise le purin d’ortie sur ses plantations de choux. « Je l’ai utilisé dès la levée d’un semis de chou, cet automne, et j’ai pu observer, à la plantation, un tissu racinaire plus important”.

Monsieur Delpit, à Montans (81), a conduit des essais de purin en 2001 sur les aubergines, avec un impact significatif sur les rendements…

Anne Maître-Karrière est lectrice aussidue des 4 Saisons et habite… en Argentine. Là-bas, les tomates se sèment début octobre,  et commencent à produire fin février. Elle a obtenu des résultats très positifs « avec des fruits de 300 à 400 g ».

Les résultats purins ortie/consoude à Terre vivante :

des plants plus vigoureux, et surtout davantage de fleurs et de fruits. Dans ce cas, l’effet consoude est déterminant. Il pourrait s’expliquer par sa richesse en potassium (qui favorise le développement des fruits) et de bore (effet positif sur la floraison). Expérimentation : purins d'orties et de consoude, un duo de choc 4

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Les résultats purin ortie par pulvérisation à Terre vivante :

une accélération de la croissance des plants de tomates, des tiges plus fortes, un feuillage plus fourni ; des récoltes plus précoces (5 à 10 jours) ; davantage de fruits arrivés à maturité.

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Les résultats purin ortie par arrosage à Terre vivante : 

l’effet relevé est surtout un effet fertilisant, avec une augmentation de la production de 10 à 30 % selon les cas.

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Réussir ses purins : une question d’exigence

Les purins de plantes sont désormais facilement disponibles dans les circuits de jardinage bio. Ces dernières années, les producteurs ont fait des progrès notables dans le contrôle de la fermentation et de la conservation du produit. Leur qualité est aujourd’hui indéniable.
Ceci étant, rien ne vous empêche de les fabriquer vous-même.

A condition de respecter quelques règles :

  • utilisez toujours de l’eau de pluie pour vos préparations ;
  • brassez régulièrement (tous les 2-3 jours), pour aérer le liquide et optimiser la fermentation ;
  • à l’arrêt de celle-ci (quand il n’y a plus de bulles d’air), séparez les matières solides du purin proprement dit, pour un emploi dans les jours qui suivent ;
  • pour assurer une plus longue conservation (quelques mois), filtrez aussitôt et versez dans des bidons qui seront fermés et placés au frais et à l’abri de la lumière.

Stimulant ou fertilisant?

Dans le cas de cette expérimentation, le purin a été apporté en arrosage à la plantation, puis en pulvérisation sur les feuillages. Mr et Mme Moret, en Côtes-d’Armor, ont ajouté un quatrième lot dans lequel les plants ont été traités régulièrement avec de la bouillie bordelaise et ont reçu un arrosage de purin d’orties tous les 15 jours (au lieu des pulvérisations). Ils ont noté dans ce cas une nette amélioration du rendement. Cet effet avait déjà été identifié lors d’une expérimentation menée il y a quelques années dans le Jura.

En 1990, le syndicat d’aérobiologie du Jura et le laboratoire de pédologie de l’université de Franche-Comté, à Besançon, avaient cherché à mesurer l’effet de purins d’orties sur le développement de plants de tomates :

  • Un essai en laboratoire a mis en évidence un accroissement de la taille des plants et un nombre de boutons floraux multiplié par 2 sur des plants traités au purin d’orties.
  • Un essai a été mené en pleine terre, dans lequel une partie des plants a reçu du purin d’ortie en arrosage au pied, à raison d’une fois par semaine pendant six semaines.

Résultats : un plus grand nombre d’inflorescences et de fruits noués en cours de culture ; des gros fruits (6-8 centimètres de diamètre) trois fois plus nombreux à la récolte.

Le purin d’ortie apporté en arrosage aurait donc un effet à la fois stimulant (précocité) et fertilisant (rendements supérieurs). Apporté en pulvérisation, il aurait un effet essentiellement stimulant. De quoi donner à réfléchir sur les modalités d’usage de ce type de préparation.


 

La consoude : du bore et de la potasse

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 Au Centre, les jardiniers multiplient les consoudes afin d’en avoir toujours sous la main pour du purin, décoction ou paillage. 
JJ. Raynal |

A quoi attribuer l’effet consoude ? La consoude contient notamment du potassium et du bore. Si la potasse favorise le développement des fruits, le bore, quant à lui, a un effet positif sur la floraison (plus de fleurs), la nouaison (formation des fruits) et leur mûrissement. Les arboriculteurs professionnels en font d’ailleurs des apports réguliers sur leurs arbres fruitiers, avec des résultats significatifs. Certains utilisent le purin de consoude, notamment sur fruits rouges, avec toute satisfaction.


 

Rémy Bacher

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