Expérimentation : thé de compost

Article publié le
Le sol regorge de vie et tous ces micro-organismes participent à la bonne santé de vos plantes. Composts et paillages jouent un rôle importante dans cette vie souterraine, et récemment les thés de compost sont apparus comme un moyen de redonner vie à un sol. Exploration et première expérimentation sur des salades, dans les jardins du Centre Terre vivante.
Expérimentation: Thé de compost

Une cuillère à café de sol contiendrait des dizaines de milliers d’espèces de bactéries, le thé de compost augmenterait leur activité.
JJ. Raynal |

Le thé de compost serait, après le compost et le paillis, « le troisième outil de la cabane du jardinier » en quête d’un sol vivant. C’est ce qu’affirment Jeff Lowenfels et Wayne Lewis dans le livre Un sol vivant, un allié pour cultiver (éd. Du Rouergue). Les auteurs se basent largement sur les travaux d’une microbiologiste américaine, Elaine Ingram, qui a mis en évidence l’importance du réseau alimentaire du sol pour la vie et la santé des plantes.

Le cycle naturel du sol

Grâce à la photosynthèse, les plantes ont l’aptitude à fixer le carbone atmosphérique. Une part non négligeable des produits de la photosynthèse – 5 à 40 % du carbone assimilé ! – est dirigée vers le système racinaire et libérée sous forme d’exsudats. Comme si les plantes faisaient un “investissement”, dont elles attendent des bénéfices. En quête de carbone pour leur survie, une foule de micro-organismes vient s’établir à proximité directe des racines (dans la rhizosphère). Ils attirent à leur tour une myriade de prédateurs –protozoaires et nématodes –qui, en se nourrissant, relâchent les nutriments jusque-là stockés par leurs proies. Une forme de réciprocité s’installe alors : la vie du sol fournit les nutriments nécessaires à la plante qui, en retour, produit des exsudats carbonés. S’ils sont en surnombre, protozoaires, nématodes et microarthropodes deviennent problématiques. Mais les niveaux supérieurs de la chaîne alimentaire (arthropodes, arachnides, insectes, etc.) se chargent de juguler cette menace et libèrent à cette occasion des éléments bénéfiques aux plantes et autres organismes. L’ensemble de ces chaînes forme le réseau alimentaire du sol et garantit sa fertilité. Et le thé de compost dans tout ça ? Patience…

Thé de compost : un activateur de vie 

La microflore est si riche que moins de 1 % des espèces de bactéries et 4 % des espèces de champignons auraient été décrits. Une cuillère à café de sol contiendrait des dizaines de milliers d’espèces de bactéries. Or, au fil des saisons, les conditions de vie du sol évoluent et quelques degrés de plus ou de moins, par exemple, ont pour effet de favoriser telles espèces au détriment de telles autres. C’est ce que l’on observe dans un compost où se succèdent, au cours des phases de décomposition, différentes familles de bactéries et champignons. Leur diversité est donc tout aussi importante que leur nombre car elle garantit une activité microbiologique dans un large éventail de situations. Tout cela peut paraître bien obscur pour le jardinier. Et pour cause : ces collaborateurs les plus efficaces forment une masse imperceptible et pourtant indispensable. Parfois, inconsciemment, il fait appel à eux ; en épandant du compost ou en apportant du paillis, par exemple. D’autres fois, il les déstabilise par l’usage déraisonné de la bêche ou du motoculteur. La vie du sol peut être durablement altérée par l’absence d’apport de matières organique et un travail du sol trop intensif. Celui-ci finit par s’appauvrir, comme on l’observe dans certaines grandes cultures qui, à défaut de matière organique en décomposition, sont vouées à recevoir toujours plus d’engrais.

Expérimentation : Thé de compost

L’expérimentation a été menée sur des salades, puis reconduite sur une culture de poireaux ensuite.
J. Rivoire |

Selon Elaine Ingram, réintroduire une vie microbienne est possible en apportant du compost au sol : « Le compost peut être utilisé pour inoculer des micro-organismes bénéfiques et de la vie dans les sols de votre terrain et introduire, entretenir ou modifier le réseau alimentaire du sol dans une zone précise ». Il s’agit ensuite de prendre soin de ces micro-organismes en maintenant tout au long de l’année un couvert végétal. Sans vie, la décomposition de la matière organique est impossible, la structure du sol se dégrade et ne retient pas les éléments nécessaires à la croissance des plantes. C’est là que le thé de compost intervient.

Amplificateur de micro-organismes

À la différence du lombrithé – jus tiré du lombricompost, nutritif mais relativement pauvre en micro-organismes –, le thé de compost permet de multiplier et d’extraire les micro-organismes du compost. Leur milieu naturel étant aérobie, il faut maintenir la présence d’oxygène pour assurer leur développement. C’est pourquoi le thé de compost est parfois appelé jus de compost oxygéné (JCO) ou jus de compost à aération active (JCAA). Le compost est un excellent soutien au réseau alimentaire du sol, mais le thé de compost permet d’accéder directement à la rhizosphère par arrosage. Il peut aussi être utilisé en pulvérisation. Apportés en surnombre dans le sol ou à la surface des plantes, les micro-organismes bénéfiques entravent l’installation des pathogènes. Les exsudats racinaires sont pris d’assaut par les “gentils” au détriment des “mauvais” et l’activité microbiologie s’intensifie à proximité des racines. On s’attend donc à voir une amélioration de la croissance de la plante. C’est cet aspect que nous avons cherché à observer.

Les modalités de l’expérimentation

Avec un taux de matière organique de 5 % (selon les analyses faites en laboratoire), les sols cultivés à Terre vivante ne sont pas, a priori, les plus à même de bénéficier d’un apport en thé de compost. Nous avons malgré tout lancé la production de trois “thés” utilisant des ressources différentes : un thé de compost, un thé de compost mycorhizé et un thé de turricules (les crottes de vers de terre, au mucus riche en bactéries). L’expérience consistait à apporter une quantité supposée massive de micro-organismes par arrosage, afin d’en observer l’impact sur notre plantation de laitues. Nous en avons profité pour réaliser un essai supplémentaire avec un thé anaérobique produit par une entreprise lyonnaise, dilué à 10 % comme précisé par le fabricant Rézomes.

Dosages

Pour 10 litres

Thé de compost

– 250 g de compost mûr (équivalent au volume d’un bocal d’1 kg de miel)

– 2 cuil. à soupe de mélasse

Thé de compostmycorhizé

– 250 g dec compost mûr

– 8 cuil. soupe de flocons d’avoine

– 2 cuil. à soupe de mélasse

Thé de turricules

– 250 g de turricules

– 2 cuil. à soupe de mélasse

Mode d’emploi

  1. La mélasse est dissoute dans l’eau.Expérimentation: Thé de compost 2
  2. Le compost (ou les turricules) est placé dans un filet anti-insectes, comme dans un grand sachet de thé. Quelques jours auparavant, nous avons mélangé une dose de compost avec des flocons d’avoine pour stimuler le développement des champignons
    Expérimentation: Thé de compost 3
  1. Pendant 72 heures, une pompe et un bulleux pour aquarium assurent l’oxygénation de l’eau. Nous sommes alors en mai et les nuits sont encore fraîches dans le Trièves. 24 à 48 heures de brassage auraient suffi pour des températures de 15-20°C.Expérimentation: Thé de compost 4
  1. Après brassage, nous avons jusqu’à 4 à 6 heures pour utiliser le thé de compost, sans quoi la population de micro-organismes aérobies décroît. Un litre de thé est apporté à chaque plant.Expérimentation: Thé de compost 5

 

Les résultats du banc d’essai

Au cours des premières semaines, surprise, ce sont les salades témoins –n’ayant pas reçu de traitement – qui semblent le mieux tirer leur épingle du jeu. Puis les beaux jours arrivent, la croissance s’accélère et on ne voit guère de différence à l’œil nu. Au moment de la récolte, cinq semaines après le traitement, chaque laitue est pesée. Notre analyse statistique révèle l’absence d’impact des traitements. On peut formuler plusieurs hypothèses pour expliquer ces résultats peu probants. La première est la durée de l’essai : cinq semaines seraient insuffisantes pour observer un effet sur le poids de production. La seconde concerne le paramètre observé, le poids, qui nous semblait à la fois le plus simple à mesurer et le plus pertinent. Peut-être n’a-t-il pas permis une évaluation correcte des produits, alors que nous aurions pu observer, par exemple, une différence dans le développement racinaire des laitues? Le taux de chlore fluctuant de l’eau tirée du captage du Centre Terre vivante peut lui aussi être impliqué dans ces résultats, bien que le brassage ait favorisé son évaporation (l’idéal étant d’utiliser de l’eau de pluie). Pour finir, n’excluons pas l’hypothèse d’une utilisation inadéquate : le sol de Terre vivante n’est pas assez dégradé pour que l’utilisation d’un thé de compost ait un réel impact. Afin de percevoir l’effet à plus long terme, nous avons poursuivi l’essai avec une plantation de poireaux en place, sans apport supplémentaire de thé de compost.

De notre point de vue, cette technique reste encore à explorer, notamment en pulvérisation. Si vous vous lancez vous-même dans l’expérimentation du thé de compost, n’hésitez pas à nous faire part de vos résultats.


Une solution riche en micro-organismes

Certaines entreprises commencent à s’intéresser aux amendements organiques favorisant la vie microbienne. C’est le cas de Rézomes, qui a démarré la production d’un engrais organique “riche en micro-organismes” à destination de l’agriculture et du potager. Cette solution liquide est obtenue à partir de compost lactofermenté avec du petit-lait, de la mélasse et du son issus de l’agriculture biologique.

Cette réaction anaérobie permet d’obtenir un produit pouvant être conservé plus longtemps que le jus de compost à aération active.


 

Josselin Rivoire

 

 

D'autres articles sur