Enduit intérieur : la patine de chaux

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La patine est un mélange très dilué d’eau, de pigments et de chaux aérienne. Elle permet d’obtenir des couleurs soutenues et bien fixées sur un enduit intérieur à la chaux encore frais. Cette technique, simple à mettre en œuvre, produit de superbes effets colorés pour des finitions intérieures. Bruno Gouttry, artisan spécialisé dans le domaine, vous expose son expertise en cinq grandes étapes.
Différents enduits et badigeons exposés sur un mur

1 – Essais préalables et préparatifs

La chaux est un merveilleux matériau qui demande à être apprivoisé. Assurément, cette matière nécessite un minimum de savoir-faire. C’est pourquoi il est bien de faire ses premières armes sur un coin de mur à l’abri des regards, sous un escalier, dans le fond d’un placard, ou dans un atelier, sur un reste de plaque de Fermacell®.

Suivez une recette (ce ne sont pas les livres qui manquent), et testez plusieurs variantes jusqu’à obtenir le résultat qui vous convient. Ensuite, vérifiez la bonne tenue de votre enduit après séchage. Si votre essai se solde par un échec, deux raisons principales peuvent en être la cause : 

  • s’il farine, c’est que la quantité de sable est trop importante ;
  • s’il faïence, alors c’est qu’il y a au contraire trop de chaux.

Quelques additifs vous aident dans certains cas. Notamment du sel d’alun de potasse comme fixateur, et de la caséine s’il faut davantage de liant. À savoir que pour chacun d’eux, il ne faut pas plus de 10 à 30 cl pour 10 litres.

Maçon qui prépare sa patine en mélangeant la chaux

Reste maintenant à préparer votre support pour recevoir l’enduit. Il doit être propre, et il faut le mouiller à refus la veille pour qu’il soit encore humide le lendemain.

Rappel : la chaux ne s’applique que sur des supports minéraux. Sur plâtre, il faut prévoir une sous-couche adaptée.

2 – L’enduit intérieur

L’enduit intérieur se fait généralement en deux couches. Il sera plus homogène s’il est préparé la veille, ce que permet la lenteur de la prise de la chaux aérienne. Aussi, préparez la quantité nécessaire pour toute la pièce, et prévoyez de passer les deux couches “frais sur frais”. N’oubliez pas la patine dans la même journée. Pour vous organiser, vous pouvez par exemple enduire un mur par jour.

Étalement de l'enduit intérieur sur le mur

La chaux en pâte est simple à utiliser et d’une belle onctuosité, mais il est tout aussi intéressant de se servir de la chaux aérienne en poudre, moins chère. La recette de base prévoit trois volumes de sable pour un volume de chaux jusqu’à la même quantité des deux ingrédients. À cet usage, privilégiez du sable fin blanc de rivière.

En théorie, deux couches suffisent pour rattraper toutes les irrégularités d’un mur. Néanmoins, si vos murs sont impeccables, vous pouvez vous contenter d’un simple badigeon. Les quantités sont alors d’un volume de chaux aérienne pour deux volumes d’eau. À la deuxième couche d’enduit, vous pouvez ajouter un peu de terres colorantes. Toutefois, cette teinte de fond restera légère car la chaux “mange” les couleurs, alors que la patine donne de l’éclat aux teintes.

Pour des effets plus marqués, ne lissez pas trop votre enduit afin de laisser des irrégularités. En effet, la couleur de la patine se déposera davantage dans les creux. Enfin, abstenez-vous d’enduire par trop grosses chaleurs (l’idéal étant situé entre 15 et 25 °C) pour éviter un retrait trop rapide (autre cause de faïençage).

3 – Préparation de la patine

La patine s’obtient avec un volume de chaux aérienne pour 20 volumes d’eau. Autrement, en prélevant l’eau de chaux en surface de la chaux en pâte. Prévoyez 1,5 à 2 litres pour couvrir jusqu’à 10 m2. Vous pouvez y ajouter jusqu’à 60 % d’ocres (certains vont même jusqu’à 75 %) ou 50 % d’oxydes métalliques. Mais, à la saturation des couleurs s’ajoute le risque de farinage si vous chargez trop. Comme ce mélange a tendance à déposer, battez-le régulièrement au fouet.

4 – Un coup de main à prendre

Utilisez un pinceau très large, à poils fins, que les professionnels appellent “spalter”. Le travail a fresco permet de bien fixer les couleurs qui pénètrent dans l’enduit. Néanmoins, Bruno Gouttry précise et insiste  :

il ne faut pas que ce dernier soit trop humide. Regardez-le de près, à contre-jour. S’il brille, attendez un peu. L’enduit doit être encore frais, mais mat en surface.

On dit qu’il faut qu’il soit “amoureux” pour bien embrasser cette nouvelle couche. Le conseil est tout aussi valable entre deux couches d’enduit.

Utilisation d'un spalter et d'une lisseuse

Appliquez la patine au spalter par touches, sans chercher à tout recouvrir. Avec l’autre main, passez aussitôt une lisseuse à lame plastique pour assurer la bonne pénétration de la couleur.

 

 

5 – Finitions : entre estompage et profondeur

Enduit intérieur et patine 1

Il ne vous reste maintenant qu’à estomper les coups de pinceau. Vous obtiendrez ainsi une teinte plus régulière. Faites-le à l’éponge humide, à la brosse ou au chiffon (aspect parcheminé), selon les effets souhaités.

Au final, la patine se présente comme une technique très souple. Vous pouvez donc passer une deuxième couche avec une teinte un peu différente pour un effet de profondeur, ou bien, obtenir des marbrures avec de longues touches de couleur dans le même sens… D’infinies variations justifient ces essais préalables.

Antoine Bosse-Platière

Livres de Terre vivante