Peinture naturelle provenant des terres colorantes

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Lumineuses, chaleureuses et peu coûteuses, les terres colorantes s’associent avec bonheur aux enduits et badigeons à la chaux. La peinture naturelle n'a visiblement rien à envier (ou presque) aux pigments chimiques.
Rouleau qui étale de la peinture sur un mur

Savoir-faire millénaire

C’est vrai que les terres colorantes font un peu pâle figure face aux jaunes et aux rouges éclatants issus d’oxydes métalliques comme le chrome ou le cadmium. Pourtant, lorsqu’il s’agit de repeindre les murs d’une pièce ou de refaire un enduit extérieur, il n’y a pas photo ! Douces et chaleureuses, leurs couleurs composent une palette plus large qu’on ne l’imagine. Pour preuve : des ocres aux jaunes et oranges très lumineux jusqu’aux rouges les plus soutenus. Sans oublier les mille nuances brunes des terres de Sienne et des ombres naturelles.

Si vous trouvez la peinture naturelle terne, allez donc faire un tour dans le Lubéron. Promenez-vous dans les extraordinaires reliefs colorés des anciennes carrières d’ocres, aux alentours du beau village de Roussillon. Voyez là-bas le parti qu’en ont tiré les villageois en associant les ocres à la chaux pour enduire les façades de leurs maisons.

Couleurs pastel

Façades de maisons colorées avec des couleurs issues des terres colorantes

Qu’elles viennent du Vaucluse, de Bourgogne, d’Italie ou, surtout aujourd’hui, de Chypre, les ocres sont des argiles mêlées de sables, dont la teneur en oxydes de fer, et parfois de manganèse, détermine la couleur. Lavées, malaxées et décantées, les plus fines particules sont séchées. Certaines sont même calcinées dans le but d’obtenir des rouges et des bruns foncés. À la dernière étape, elles sont broyées et tamisées.

Leur pouvoir colorant et couvrant est plus faible que celui des pigments issus de la chimie des métaux, mais contrairement à ces derniers (plomb, cadmium, chrome, cobalt…), les ocres ne présentent aucune toxicité. En plus, la stabilité des couleurs dans le temps est bien supérieure. À ce sujet, maintes fresques anciennes et peintures rupestres peuvent en témoigner.

Avec de la chaux

Utilisez-les en mélange avec la chaux aérienne dans des enduits ou des badigeons, pour l’intérieur comme pour l’extérieur. Incorporez alors jusqu’à 25 % du poids de chaux dans un badigeon. Toutefois, la couleur sera atténuée par la blancheur de la chaux. Alors, pour obtenir des couleurs plus vives, diluez simplement vos ocres avec de l’eau, ou dans un lait de chaux très dilué. Ensuite, passez-les au pinceau a fresco sur un enduit pas encore sec. Autrement, vous pouvez employer les ocres après une première couche de peinture blanche, en mélange avec de l’huile de lin et de l’essence de térébenthine. Bien sûr, toujours avec une peinture bio. Au résultat, vous obtiendrez de beaux effets nuagés en utilisant une éponge… ou même vos mains, si vous préférez le style peinture rupestre !

Antoine Bosse-Platière

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