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Végétaliser la ville

Frein à la pollution, adoucissement du climat, apport d’oxygène, rétention des eaux pluviales afin de limiter les crues… la végétalisation a de nombreux avantages en ville. Et s'il était temps de se mettre au vert ?
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Toits et murs végétalisés sont à la mode et le nombre de réalisations est en augmentation constante depuis le tournant du siècle. En 2010, les nouvelles toitures végétalisées atteignaient 60 000 m² par an, pour un total cumulé d'environ 1 million de m² (estimation Adivet). Des chiffres à relativiser car l'Allemagne en comptait déjà 15 millions de m² en 2010. Chez nous, le potentiel de développement est pourtant énorme : 22 millions de m² de toitures-terrasses déjà étanchées seraient facilement transformables en toitures vertes, sans parler du neuf.

Humidifier le climat des villes

L'assèchement du climat urbain est une réalité méconnue, mais qui s'accentue depuis 25 ans. C'est le phénomène de l'îlot de chaleur au dessus de villes de plus en plus "minéralisées" (+ 4 à 6 ° C par rapport à l'extérieur). En recréant des zones d'évapotranspiration, les toitures végétalisées permettent d'adoucir le climat urbain. Elles réduisent la pollution de l'air en filtrant des particules et en absorbant des éléments chimiques. Grâce à leur inertie et à l'évapotranspiration, le tapis végétal et son substrat améliorent le confort thermique des bâtiments, notamment en été, ce qui permet de réduire - voire supprimer - le recours à la climatisation.

Retenir les eaux pluviales

Le milieu urbain se caractérise par une forte imperméabilisation des surfaces (toitures, voiries, parkings...). Principale conséquence : le taux de ruissellement passe de 10% en zone rurale à 45 -70% en zone urbanisée. Cela nécessite des canalisations toujours plus grandes et plus coûteuses et accentue les risques d'inondations et de pollution. Les toitures végétalisées retiennent en moyenne de 30 à 60 % des précipitations annuelles qui restent alors sur le toit, s'évaporent et rafraîchissent l'habitat. En cas d'averses intenses,"l'effet retard" et la réduction du débit permettent de soulager les réseaux d'écoulement. Pour améliorer cet effet de rétention en zone urbaine, on peut aussi d'ailleurs végétaliser les parkings et utiliser des revêtements semi-perméables pour la voirie.

Par contre, si l'on veut récupérer l'eau de pluie, il faut savoir que le toit végétal enrichit l'eau en matières organiques (jaunissement) et en bactéries. Cela ne nuit pas aux utilisations comme l'arrosage, mais le stockage de longue durée et les utilisations domestiques sont déconseillés.

A la recherche d'étanchéités plus écologiques

L'étanchéité est dans les trois quarts des cas réalisée à partir de membranes en bitume élastomère (caoutchouc synthétique). Le bitume est insoluble dans l'eau et présente peu de risques, hormis lors de sa mise en œuvre (collage et soudure à chaud), où il dégage des fumées contenant un peu d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) toxiques. La composition des élastomères est très variable et plus difficile à évaluer, mais certains fabricants commencent à proposer des matériaux inertes dans l'eau, sans dégagement toxique à l'incinération et recyclables, comme les membranes EPDM. D'autres fabricants utilisent l'asphalte sous forme liquide (10% du marché en 2003) ou d'autres membranes synthétiques (12%), notamment des membranes en PVC, à éviter, ainsi que les étanchéités liquides à base de résines polyuréthanes. Bref, il reste d'importantes marges de progression pour améliorer le bilan écologique des membranes... et l'information sur leur composition.

Les membranes sont utilisées en deux couches, la couche supérieure devant être traîtée "anti-racines". L'adjuvant majoritairement utilisé est un ester d'acide gras phénolique, insoluble, ni volatile, ni toxique pour la plante, mais dont les racines évitent le contact.

Drainage, support et végétaux

Avec les toitures à faible pente (moins de 5%), une couche de drainage est indispensable : pouzzolane, pierre ponce, billes d'argile expansées, matelas de drainage en maillage synthétique rigide, plaques de polystyrène alvéolé... Cette couche de drainage doit être protégée des particules de substrat par des nappes synthétiques imputrescibles type Bidim. Certaines sociétés proposent des modules - généralement en polyéthylène recyclé - qui s'emboîtent les uns dans les autres et comportent à la fois couche de drainage, couche filtrante, substrat et sédums pré-cultivés. D'autres proposent des tapis - livrés enroulés - avec gaines d'arrosage goutte à goutte intégrées dans le substrat et installent une sonde d'humidité qui déclenche l'arrosage à partir d'une cuve de récupération d'eau de pluie. Des solutions inventives et efficaces mais coûteuses (de 70 à 110 € le m² fourni posé). On peut aussi ne sous-traiter que l'étanchéité et réaliser soi-même la végétalisation (lien vers fiche).

Les végétaux les plus utilisés sont les sédums, joubarbes et autres sempervivum, les mousses, parfois certaines vivaces, bulbeuses et graminées parmi les plus rustiques. Toutes pourront se contenter de substrats pauvres et peu épais (par exemple de la pouzzolane avec une faible proportion de compost mûr pour des sédums).

Antoine Bosse-Platière , journaliste aux 4 Saisons du jardin bio

 

  • Voir aussi nos pages Végétaliser un toit et Végétaliser un mur.
  • Adivet, association pour le développement et l'innovation en végétalisation extensive des toitures, 85 rue Gabriel Péri, 92190 Montrouge - www.adivet.net
  • Architecture végétale de Jean-Pierre Daurès, éd. Eyrolles, 2011.
  • Les toitures végétalisées d'Emmanuel Houssin, Claude Guineaudeau et Jean-Claude Burdloff, CSTB, 2012
  • Créer un mur végétal en intérieur et en extérieur de Jean-Michel Groult, Ulmer, 2008
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