Editions Terre Vivante – L’écologie pratique

Diminuer la taille de la police (x-small).Augmenter la taille de la police (medium).Augmenter les contrastes en inversant les couleurs. La mise en forme courante correspond à celle par défaut.Imprimer ce document.Ajouter aux favoris Envoyer à un ami

Les vers gris, noctuelles terricoles

© Christian Galinet
legende © Christian Galinet
Voraces, ces chenilles blanches et dodues sont actives sur et dans le sol. Elles ont de nombreux ennemis, mais il vous faudra aussi les traquer, couteau à la main.
Partager cet article :
|

Symptômes

Ver gris déroulé
Les premières générations de larves apparaissent en juin-juillet. ©C. Galinet
Récemment repiqués et amoureusement soignés, vos plants de salades et de choux voient leur bel alignement mis à mal. Que se passe-t-il ? Quelques-uns semblent avoir été oubliés par vos arrosages attentifs et commencent à piquer du nez. Impossible ! Cette scarole qui s'étiole, la terre est pourtant encore humide à son pied...
Vous pensez alors au terrible ver fil de fer, la larve du taupin (voir la fiche sur le taupin) et vous dégagez promptement le collet : il y a bien une profonde entaille dans le pivot nourricier de votre salade, mais, surprise, le coupable est encore là. Et ce n'est pas le mince et vibrionnant ver du taupin, aux reflets orangés, qui cherche à s'enfuir, mais une chenille grisâtre bien dodue, recroquevillée, immobile.
En attendant, c'est vous qui faites grise mine, car la bestiole n'est visiblement pas toute seule, et les dégâts sont déjà conséquents.

Vers gris replié
Le ver gris s'enroule suir lui-même lorsqu'il est attaqué : facile à attrapper ! ©C. Galinet

 

Carte d'identité

Le coupable n'est autre qu'une chenille de noctuelle. Les noctuelles sont une immense famille de papillons qui compte plus de 25 000 espèces. La plupart sont des papillons nocturnes à dominante gris brun, mais nombre d'entre eux présentent sur leurs ailes d'intéressants motifs déco­ratifs et produisent même de superbes chenilles, du plus bel effet... Certaines sont inféodées à un végétal particulier, mais beaucoup sont polyphages. Les principales espèces nuisibles se regrou­pent en deux familles :
• les noctuelles terricoles, dont les chenilles se maintiennent sur et dans le sol. Elles n'en sont pas moins voraces, comme on vient de le voir ;
• les noctuelles défoliatrices, dont les chenilles dévorent le feuillage de nombreuses cultures légumières (par exemple la noctuelle du chou). Certaines, comme la noctuelle de la tomate, s'attaquent également aux fruits (tomate, poivron, aubergine).

Les larves des deux principales espèces terricoles, Agrostis segetum (noctuelle des moissons) et Agrostis ipsilon, ont une morphologie très proche au stade chenille : elles atteignent rapidement jusqu'à 5 centimètres de long et sont de couleur gris brun avec des taches noires longitudinales. Le papillon de la première est sédentaire, alors que celui de la seconde est une espèce migrante.

Mode de vie

Papillon noctuelle
Papillon nocturne, la noctuelle est discrète… mais les pontes de la femelle sont impressionnantes, de 800 à 1 500 œufs. ©C. Galinet

Les adultes d'Agrostis segetum n'effectuent que des vols d'amplitude limitée. Cette espèce hiverne à l'état de chenille et reprend son développement en mars-avril. Puis viennent les adultes et les premières générations de larves de juin à juillet. Comme souvent chez les ravageurs, la fécondité est impressionnante : de 800 à 1 200 œufs par femelle, et il y a souvent une deuxième génération.

C'est pire encore avec la noctuelle ipsilon, dont la femelle pond jusqu'à 1 500 œufs par paquets de 10 ou 15, de préférence dans la terre récemment travaillée, justement celle qui va recevoir vos semis et repiquages. Ce papillon-là migre depuis l'Afrique où il a pris ses quartiers d'hiver et il apparaît dans le sud de la France à partir de fin mars. Il peut y avoir deux, voire trois générations avant le retour des adultes vers le sud à la fin de l'été. Les pontes sont imprévisibles et les dégâts peuvent être considérables sur de nombreux légu­mes : salades, choux, épinards, pommes de terre... notamment sur les jeunes plantations. Les jeunes chenilles consomment les premières feuilles ou cisaillent l'extrémité de la plante ; les plus grosses s'attaquent surtout au collet. L'activité de ces deux espèces est essentiellement nocturne et les chenilles restent cachées dans le sol pendant le jour.

Antoine Bosse-Platière

Moyens de lutte

Faute de pouvoir interdire le survol nocturne de son jardin par ces sournois petits papillons, le jardinier en est réduit à intervenir après les premiers dégâts. Et le choix des armes est plutôt restreint.

  • La plus efficace est encore le couteau, pour fouiller le sol à un ou deux centimètres de profondeur tout autour des plants attaqués, et éliminer les chenilles qui s'y trouvent. Heureusement, au lieu de chercher à fuir comme la larve du taupin, le ver gris s'enroule sur lui-même lorsqu'il est dérangé.
  • Dans un jardin accueillant pour la faune sauvage, les noctuelles ont de nombreux ennemis qui per­mettent de réduire l'envahissement. Merles et corneilles, taupes et carabes se délectent de ces chenilles bien dodues, tandis que les chauves-souris chassent les papil­lons. Si vous avez subi de fortes attaques de noctuelle des moissons la saison précédente, les poules peuvent être d'un grand secours pour faire place nette au printemps avant les semis.
  • Les binages répétés en surface seront un peu moins efficaces, mais pas inutiles.
  • Que faire d'autre ? Malheureu­sement pas grand-chose. Bacillus thuringiensis, réputé pour son efficacité sur toutes les chenilles, n'agit que sur les jeunes larves, avant qu'elles ne pénètrent dans le sol. La "fenêtre de tir" est donc très courte, vu la vitesse à laquelle elles se développent.
  • Essayez aussi les plantes répulsives que sont l'absinthe et la tanaisie : quelques branches disposées çà et là ou bien une infusion (300 g de plante fraîche par litre) peuvent dissuader les femelles de venir pondre.

Et si malgré tout quelques-uns de ces papillons nocturnes choisissent votre jardin, il vous faudra subir quelques dégâts et défendre vos légumes, le couteau à la main !

En savoir plus
-- PUBLICITE --
Notre éthique

Notre sélection de livres

Pucerons, mildiou, limaces...

Livre Pucerons, mildiou, limaces...
prévenir, identifier, soigner bio
Jean-Paul Thorez

Indispensable pour lutter efficacement contre ravageurs et maladies

350 pages; (15 x 21 cm); 27,40 €

Ajouter au panier

Voir le catalogue  >

© 2008 Terre vivante