La terre crue : un éco-matériau plein d’avenir

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Utilisée depuis les temps les plus reculés pour la construction, la terre crue nous revient aujourd’hui avec de sérieux arguments écologiques, esthétiques, et de confort. Un matériau traditionnel dont la principale difficulté réside dans la réalisation de l'enduit. C'est pourquoi il a été décliné dans des produits standardisés, prêts à l'emploi, limitant les dosages maladroits. Mais rien ne vous empêche de tester la terre de votre jardin, sous réserve que celle-ci soit suffisamment argileuse. Expérimentez la matière et les techniques à volonté !
Des mains qui tiennent de la terre du jardin

Remuer ciel et terre

Les professionnels de la filière construction en terre crue ne sont guère nombreux en France. Mais, depuis des années, ils remuent ciel et terre, surtout de la terre d’ailleurs. Ils tentent de sauvegarder des savoir-faire qui se perdent. Assurément, ils souhaitent revaloriser le premier matériau de construction de l’histoire, moderniser son image, et surtout, faire reconnaître ses nombreux atouts pour les bâtiments de demain. Dans cette idée, des documents normatifs de la terre crue, intitulés Guides de bonnes pratiques de la construction en terre crue, sont disponibles depuis 2019. Une véritable référence en la matière, issue d’une initiative lancée en 2015 par un collectif d’associations et de professionnels. Une démarche également soutenue par la Direction de l’habitat, de l’urbanisme, et du paysage (DHUP). Ce cadre réglementaire a pour volonté d’accréditer l’ensemble des techniques de la terre crue dans l’attente de règles professionnelles, pareillement aux filières paille et chanvre.

Gros plan sur un coin de mur en terre crue

Voilà en effet un matériau abondant, qui nécessite beaucoup moins d’énergie pour sa fabrication que la chaux, les briques cuites, ou le ciment. La terre crue émet très peu d’émissions de CO2 et ne génère pas de déchets.

En plus, sa densité élevée lui confère de précieuses qualités d’inertie thermique : stockage de la chaleur solaire, une restitution lente, ainsi qu’un plus grand confort en été. Les murs en terre régulent remarquablement bien l’hygrométrie de l’air intérieur grâce à leur perméabilité à la vapeur d’eau, et constituent un bon isolant phonique. Enfin, contrairement aux idées reçues, c’est un matériau qui résiste fort bien à l’usure du temps s’il est bien protégé de la pluie, l’argile se révélant un excellent liant. Principal inconvénient : la mise en œuvre demande plus de temps que pour les autres matériaux, d’où un coût de main d’œuvre élevé.

De nombreuses techniques constructives

Chaque technique constructive (pisé, bauge, torchis, adobe…) et chaque type d’enduit nécessite des qualités et des dosages particuliers pour chacun des constituants : argile, sable, fibres végétales, graviers…

Le pisé

Mur en pisé (diverses couches de terre, sable, et gravier)

Les murs en pisé se montent par tassement (avec un pilon de bois ou un marteau pneumatique) entre des banches (coffrage) d’un mélange de terre, de sable, éventuellement de gravier. Comme tous les murs en terre, le mur en pisé doit être pourvu de bonnes bottes (soubassement qui évite les éclaboussures et les remontées d’eau par capillarité). Mais aussi, d’un bon chapeau (avancées de toiture protégeant bien de la pluie). Les murs de pisé ne doivent jamais être recouverts d’enduits non poreux à base de ciment, ou contenant des résines synthétiques. Sans surprise, l’humidité ne pourrait plus s’évaporer et le mur risquerait de graves dommages. D’où la recommandation suivante : n’utilisez que des enduits terre ou à la chaux.

Les briques de terre crue

Empilement de briques en terre crue de différentes couleurs

La technique ancestrale des briques d’adobe moulées à la main et séchées au soleil est remplacée. À présent, les professionnels du secteur utilisent plus largement des presses (manuelles ou mécaniques) avec ou sans adjonction d’une faible proportion de liant (chaux, ciment), ou de fibres (paille…). Concernant plus spécifiquement leur apparence, les briques de terre crue sont colorées, de quoi les rendre très décoratives.  De plus, elles sont appréciées pour apporter de l’inertie dans les maisons qui en manquent (maisons bois avec murs composites et isolant).

Les techniques constructives anciennes

La bauge (terre crue mélangée à des fibres et empilée sans banchage) est aujourd’hui confidentielle. Toutefois, elle est encore utilisée en réhabilitation dans certaines régions. En ce qui concerne le torchis-colombage, aussi appelé terre-paille, il est de nouveau utilisé en Allemagne, et dans certaines régions françaises. Il s’agit de végétaux souples et fins (paille) mélangés à de la terre argileuse. Ce mélange forme une torche que l’on enroule, ou que l’on tisse autour de lattes de bois, coincées ensuite dans une structure de bois porteuse. Cette technique de construction possède de nombreux avantages. Notamment en raison de son faible impact environnemental et de sa grande efficacité thermique. Autre chose, elle est utilisée depuis des temps immémoriaux. Sa fiabilité est de ce fait, garantie par l’histoire. Pour cela, on peut prédire au terre-paille un bel avenir, même s’il n’est pas encore reconnu à titre officiel en France.

Les enduits terre

Entre fabrication et standardisation

Maçon qui pose un enduit terre sur une surface verticale

Dans les régions où elles se prêtaient à la construction, on utilisait autrefois les terres locales. Celles-ci étaient employées pour réaliser des enduits intérieurs peu coûteux, chaleureux, et durables. Une démarche avec laquelle renouent de nos jours les auto-constructeurs. Sont principalement concernés ceux qui construisent en paille ou en chanvre. Effectivement, ces matériaux permettent une excellente accroche pour ce type d’enduit. Néanmoins, le bon dosage entre sables fins et argiles nécessite des essais préalables, afin d’éviter des fissurations (trop d’argile) ou du farinage (pas assez). L’adjonction de fibres végétales, de brins de paille (d’orge ou de lin), et parfois de cellulose, donne une texture plus uniforme et améliore la fixation en surface. Les couleurs sont les teintes naturelles des argiles, sans aucun pigment ajouté. Les enduits sont donc teintés dans la masse. Pour peu que l’on utilise les mêmes mélanges, il reste possible d’effectuer des réparations sans différence de couleur visible, même quelques années après. Vous l’aurez compris, les argiles sont insensibles aux rayons ultraviolets.

Dans le sens opposé, les artisans, eux, réclament des produits standardisés, prêts à l’emploi, dotés d’agréments techniques, avec une garantie de résultat. D’où le développement de gammes d’enduits terre, adaptés à de nombreux supports. Des produits en vente chez de nombreux distributeurs spécialisés en habitat écologique.

Tester des enduits avec la terre du jardin

Votre budget est limité, mais vous avez du temps et un tempérament d’auto-constructeur prêt à toutes les expériences ? Pourquoi ne pas essayer de réaliser vos enduits terre avec celle qui dort sous votre jardin, ou dans ses environs immédiats ? Si votre sous-sol est suffisamment argileux, bien sûr.

André de Bouter, qui a réalisé un tour du monde des maisons en paille et a construit la sienne en Charente, s’est lancé dans l’aventure. Outre les travaux de terrassement et de tamisage, la grande difficulté fut essentiellement de trouver la bonne proportion de sable et d’argile. On ne peut pas donner de recette, tant les terres sont différentes. Mais à l’approximation près, il faut 4 à 5 fois moins d’argile que de sable (vous pouvez acheter ce dernier). La première couche d’enduit peut être plus riche en argile, avec des sables de 0 à 5 mm, et de la paille passée au broyeur à végétaux (plusieurs fois si nécessaire), ou au hache-paille.

Le secret de la réussite ? Réaliser des échantillons avec différents dosages et les tester après séchage. La première couche peut fissurer un peu, elle doit surtout bien accrocher. Pour la couche de finition, les sables ne doivent pas dépasser 2 mm, et on peut ajouter de la colle à l’amidon. À coup sûr, la patience fait partie des ingrédients principaux d’une bonne recette !

Antoine Bosse-Platière

 

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