La construction en paille séduit de plus en plus

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La construction en bottes de paille s’affirme comme un mode constructif performant, écologique, et très économique. Depuis son arrivée en France en 1980, la filière s'est largement professionnalisée. À tel point qu'un Centre national de la construction paille (CNCP) a ouvert ses portes en 2013. Sans oublier le développement du Réseau français de la construction paille (RFCP) qui fédère les différents acteurs du secteur.
Focus sur des bottes de paille

Le marché de la construction en paille

Un peu d’histoire

Montargis possède la plus ancienne maison en paille de France. Construite en 1921 par Émile Feuillette, elle a été conçue comme un prototype pour la reconstruction de maisons économiques après la Première Guerre mondiale. Recouvertes d’un enduit à base de ciment et de chaux, les bottes de paille sont restées intactes, et cette maison, appelée “maison Feuillette”, est en parfait état. Elle n’a pas fait école en France, mais les américains ont pris le relais. D’abord les pionniers mormons dans les grandes plaines arides du Nebraska, jusque dans les années 1940. Puis, les écolos de la côte Ouest et du Canada dans les années 1970, avec une grande créativité. Les techniques constructives se sont ensuite diversifiées. L’idée de la construction en paille n’est donc pas nouvelle.

Bottes de paille et une maison en arrière plan

Ce sont principalement les auto-constructeurs qui s’en emparent aujourd’hui. Mais ces techniques intéressent aussi un nombre croissant de professionnels et d’architectes.

De son côté, la maison Feuillette a été rachetée en 2013 par les adhérents du Réseau français de la construction paille (RFCP), anciennement “Les Compaillons”, grâce aux dons et aux prêts solidaires. Terre vivante a d’ailleurs largement relayé la campagne. Depuis le printemps 2014, cette maison abrite le Centre national de la construction paille (CNCP). Son ambition est de devenir un lieu de visite et de formation à l’échelle européenne. Malgré les apparences, la France est dans les faits une très bonne concurrente dans le domaine de la construction en paille.

La construction de paille décolle

Avec ses réalisations innovantes et 5 000 bâtiments en paille recensés à son compteur (avec une estimation de 500 nouvelles constructions tous les ans), la France est en réalité très à la pointe dans le domaine de la construction en paille. Ses constructions inventives plaisent vraisemblablement aux pays voisins, tout comme le modèle Vorarlberg en Autriche, pour les constructions en bois. La France reste à la page, en grande partie grâce au travail du RFCP et de ses nombreux professionnels du secteur. En effet, ces derniers sont formés selon les règles professionnelles de construction en paille en vigueur (Règles CP 2012), approuvées par l’Agence Qualité Construction (AQC), depuis le 28 juin 2011. Cette reconnaissance lui permet d’être assurable dans des conditions normales (garantie décennale notamment). Mais, ce matériau possède bien d’autres atouts à son arc.

Un matériau simple très encadré

De solides atouts écologiques

Biosourcée, renouvelable et recyclable, la botte de paille peut être produite localement, quasiment partout. Elle est légère et dotée d’un bon pouvoir isolant. Sa résistance thermique est évaluée à au moins 7 m2.K/W. En plus, sa grande épaisseur confère aux murs des performances thermiques remarquables (l’équivalent d’un mur de parpaings, doublé de 24 centimètres de laine de roche). Puis, elle stocke du CO₂, et sa production ne demande que très peu d’énergie grise et de transport. Concernant plus spécifiquement la production des ballots, elle demande une presse réglée pour produire des bottes denses et régulières.

Intérieur d'une maison en paille avec une vue sur les murs et une fenêtre

Bien qu’il existe plusieurs techniques de construction, toutes associent la paille à une ossature bois. Pour cela, les murs doivent être bien protégés de l’humidité, par des soubassements et des avancées de toiture. Le seul “traitement” nécessaire pour les murs : un enduit respirant, à base de terre crue ou de chaux. Il les protège du feu et permet une excellente régulation de l’hygrométrie des pièces (taux d’humidité). Des essais ont d’ailleurs montré l’excellente tenue au feu d’un mur de paille, recouvert d’enduits minéraux. Par contre, pendant la mise en œuvre des bottes, il y a des brins de paille partout, et il faut être très vigilant sur le risque d’incendie :

  • interdiction de fumer sur le chantier ;
  • prévoir un extincteur, et une attention toute particulière aux étincelles d’outils, comme avec la meuleuse ;
  • veiller à bien ramasser les brins de paille à la fin de chaque journée.

Le RFCP continue de fédérer

Finalement, les concepteurs et entreprises de construction utilisant ce matériau sont tenus de respecter scrupuleusement des règles de conception et de mise en œuvre préconisées. Bien évidemment, le personnel doit avoir suivi des formations spécifiques auprès d’organismes accrédités. Le RFCP poursuit en 2020 le développement du réseau, dans le respect des hommes et de l’environnement, avec notamment la mise en place de rencontres nationales annuelles. Lors de ces échanges, l’ensemble des parties sont invitées à communiquer à propos des ateliers de travail mis en place par le RFCP, les formations, les bonnes pratiques, les avancées techniques du secteur… Le groupe alimente sans relâche ses essais, et continue la promotion de la démarche.

Ses deux principaux acteurs financiers sont le Ministère de l’écologie, ainsi que la région Rhône-Alpes.

Auto-constructeurs : se former avant de se lancer

Pour les auto-constructeurs, il est conseillé de se faire aider par des artisans, notamment par un charpentier pour l’ossature. Une formation est également indispensable pour maîtriser l’une des techniques de construction : technique dite Nebraska (dérivée de celle des pionniers américains), ballots de paille maçonnés, ou encore, ossature bois spécialement conçue pour un remplissage de bottes de paille, et technique terre-paille (aussi appelée torchis-colombage) : torches de paille mélangée à de la terre crue, tissées autour de lattes de bois, puis coincées dans une structure de bois porteuse.

À ce sujet, des formations alliant théorie et pratique sont régulièrement organisées par des structures spécialisées dans les formations à l’éco-construction, comme Le Gabion à Embrun. Il est également possible de participer à des stages via des organismes, comme La maison en paille ou Approche paille. Ce sont des associations fiables car elles sont associées au Réseau français de la construction en paille (RFCP). Ces stages permettent aux auto-constructeurs d’acquérir de bonnes bases, tout en restant accessibles aux novices.

Antoine Bosse-Platière

 

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