Des solutions existent pour en finir avec les pesticides !

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Les pesticides sont aujourd’hui omniprésents. Si s’en passer totalement et rapidement semble difficilement atteignable, des solutions existent pour en réduire l’utilisation, notamment restaurer la capacité des plantes à se défendre toutes seules. L’urgence du problème appelle néanmoins à repenser le système agricole conventionnel dans son ensemble.
Des solutions existent pour en finir avec les pesticides !

Entre 60 000 et 80 000 tonnes de matières actives sont épandues dans les champs français chaque année.
Barskefranck | Pixabay

Environ 450 matières actives de pesticides sont autorisées en Europe, dont des substances dangereuses classées dans les catégories “cancérogène probable ou possible” ou “reprotoxicité probable ou possible”. Entre 60 000 et 80 000 tonnes de matières actives sont épandues dans les champs français chaque année. Malgré les différents plans Ecophyto issus du Grenelle de 2008, la vente de ces matières continue d’augmenter en France, avec une hausse de 23 % des substances actives (hors usage en agriculture biologique ou de biocontrôle) vendues en 2020 par rapport à 2019, et de 19 % en 2018 par rapport à 2017 – l’année 2019 ayant cependant connu une baisse. Les pommes recevraient en moyenne 35 traitements par an, les carottes plus de 13, et les pommes de terre près de 19, d’après l’Agreste (bureau des statistiques agricoles). Selon un rapport de Générations futures, de nombreux fruits et légumes en France dépassent les limites maximales en résidus de pesticides autorisées. Or aujourd’hui, les études sont nombreuses : les pesticides de synthèse, ces substances faites pour tuer des organismes vivants qui menaceraient les cultures, ont de lourdes conséquences sur la biodiversité, la santé humaine, le climat et les équilibres écosystémiques.

« “Il faut interdire les pesticides !”. Tel est le mot d’ordre de la majorité des mouvements écologiques. Mais une fois que l’on a dit ça, comment fait-on ? », se demandent Claude Aubert, ingénieur agronome pionnier du bio en France, et François Veillerette, militant écologiste et co-fondateur de l’association Générations futures, dans leur livre Pour en finir avec les pesticides. Une généralisation de l’agriculture biologique – qui exclut les produits chimiques de synthèse – n’est « pas pour demain, selon les auteurs, car elle suppose de profonds changements auxquels de nombreux agriculteurs ne sont pas encore prêts ». Auxquels de nombreux consommateurs ne sont également pas prêts : par réticence, par manque d’intérêt, ou par manque de volonté ou de possibilité de « changer leurs habitudes alimentaires, ni augmenter leur budget alimentation ».

Cependant, des solutions pour limiter les pesticides existent, ajoutent-ils, telles que restaurer la capacité des plantes à se défendre par leur propre système immunitaire. Les plantes font en effet naturellement appel aux auxiliaires et secrètent diverses substances toxiques pour repousser – sans aide humaine – leurs ennemis. La disparition des auxiliaires à cause des interventions humaines et l’arrivée d’espèces exogènes contribuent à une moins bonne capacité des plantes à se défendre. Les apports d’azote de synthèse, en excès, affaiblissent également les capacités de la plante à se défendre, alors que les larves d’insectes défoliatrices ont, elles, de forts besoins en azote : en conséquence, « moins d’azote, c’est moins de ravageurs ». Une fertilisation trop azotée diminue aussi « la production par la plante de métabolites secondaires qu’elle synthétise pour se défendre contre ses ennemis [et diminue les émissions] de composés organiques volatiles attirant les insectes auxiliaires ». Réduire ces apports en azote, favoriser la biodiversité, privilégier les cultures associées, pratiquer les rotations longues, semer des bandes fleuries et planter des haies, ou encore cultiver des plantes dans des régions adaptées avec un sol riche et vivant ne sont que quelques propositions émises par les auteurs. Néanmoins selon eux, « c’est l’ensemble du système qu’il faut remettre en cause : stopper l’agrandissement des exploitations, les diversifier, réassocier l’agriculture et l’élevage, arrêter l’élevage industriel, remettre en cause la course au rendement, alimenter les ruminants à l’herbe », mais également « comprendre enfin que l’on ne pourra pas changer l’agriculture si on ne change pas aussi les habitudes alimentaires, notamment en diminuant drastiquement la consommation de produits animaux et en particulier de viande ». Pour Claude Aubert et François Veillerette, « il est urgent d’agir, et le temps des demi-mesures est révolu ».

Si vous vous demandez comment agir à votre niveau, dans votre jardin, vous pourrez en apprendre davantage dans le livre Pour en finir avec les pesticides, aux éditions Terre vivante.

 

Madeleine Goujon

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