Lutte bio contre la rouille grillagée du poirier

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Ce champignon au cycle étrange, qui passe du genévrier au poirier, est responsable de sérieux dégâts, affaiblissant les arbres souvent moins “protégés” des jardiniers amateurs. Si un poirier se retrouve malencontreusement planté près d’un genévrier, il faut alors prendre des mesures de prévention ! Purins, bouillie bordelaise ou suppression de sujets, découvrez comment lutter contre la rouille grillagée du poirier.
Photo d'une poire sur une branche

Symptômes et dégâts de la maladie cryptogamique

Dessin d'une feuille de poirierprésentant une tache orange

Feuille de poirier présentant une tache orange, parsemée de petites pustules.
© Vincent Jeannerot

Vous avez peu de risques de vous tromper, les symptômes de cette maladie sont bien reconnaissables. Des taches orange de 5 à 10 mm parsemées de petites pustules noirâtres apparaissent sur la face supérieure des feuilles avant ou pendant l’été. Puis d’étranges protubérances verruqueuses vont se développer, cette fois sur la face inférieure des feuilles. Il s’agit des fructifications de ce champignon qui finissent par libérer leurs spores : une poussière brune disséminée par le vent.

Dessin d'une feuille atteinte de la rouille grillagée du poirier

 La face inférieure est ensuite infestée d’étranges protubérances verruqueuses.
© Christian Galinet

Les attaques importantes provoquent la chute prématurée des fruits et des feuilles. Les rameaux sont également infectés et présentent des renflements brunâtres. L’arbre est affaibli et peut même dépérir en cas d’attaques répétées.

Le champignon à l’origine de l’infection

La cause de cette maladie est un champignon nommé Gymnosporangium sabinae, de la grande famille des rouilles, que l’on retrouve un peu partout dans le règne végétal. La rouille grillagée du poirier est une maladie assez ancienne devenue peu fréquente chez les professionnels. Elle a tendance à se développer dans les vergers amateurs pour deux raisons :

  • ils sont peu “protégés” par les traitements fongicides au printemps ;
  • les récentes années anormalement chaudes semblent favoriser le développement de ce champignon.

Dessin d'un Juniperus affecté par la maladie (rouille du poirier)

 Ce champignon hiberne sur les rameaux du genévrier d’ornement.
© Vincent Jeannerot

Le cycle de ce champignon est assez curieux puisqu’il a impérativement besoin de deux hôtes successifs pour se développer. Ce sont d’abord les rameaux du genévrier d’ornement (il semble que le genévrier commun ne soit pas concerné), sur lesquels le champignon hiberne, puis développe, au printemps, de petits cônes gélatineux qui se nourrissent de leurs tissus ligneux. Pour que le cycle se poursuive, les spores libérées doivent ensuite trouver sur leur chemin des feuilles de poirier. De même, celles émises par les fructifications de la rouille grillagée sur la feuille du poirier devront à leur tour retrouver un genévrier. Les chances – ou plutôt les risques – de boucler le cycle dépendent donc à la fois des vents dominants et de la proximité des deux essences. Les spécialistes estiment cette probabilité élevée dans un rayon de 30 à 50 mètres ; elle devient très faible dès que l’on dépasse 500 mètres.

Moyens de lutte biologiques

La présence d’un seul genévrier d’ornement dans le voisinage proche risque fort de ruiner tous vos efforts pour récolter quelques poires. Faute de convaincre vos voisins de remplacer leurs Juniperus par des souches résistantes au champignon, vous devrez renoncer à planter des poiriers. Une décision difficile à prendre… Si vous êtes plusieurs dans ce cas, une démarche collective amiable, voire l’appui du maire, peuvent faciliter les choses.

Si les attaques ne sont qu’épisodiques, c’est que le genévrier est plus éloigné. Les mesures préventives peuvent alors se montrer efficaces :

  • en préventif, le purin d’ortie lutte contre l’apparition de rouille et de maladies fongiques. On le pulvérise sur l’ensemble de l’arbre au printemps.
  • traitement au cuivre (bouillie bordelaise à 15 grammes/litre ou oxychlorure à 5 grammes/litre) au printemps à partir de la mi-mai, tous les 15 jours. On ne traite que si la température ne dépasse pas 25° C et hors période de floraison. Une deuxième pulvérisation peut avoir lieu en automne, au moment de la chute des feuilles de poirier. La bouillie bordelaise constitue un traitement préventif mais aussi une fois la maladie installée.
  • enlevez et brûlez les premières feuilles atteintes. Mais l’arrachage des genévriers reste le seul moyen réellement efficace.

→ Bon à savoir : le même type de phénomène se produit entre le pin et le groseillier. Pour ces essences, il s’agit du champignon Cronartium ribicola qui se développe grâce à deux hôtes qui se succèdent. Il est responsable de la rouille vésiculeuse du pin blanc. Des mauvaises associations qu’il faut garder en tête au moment de la plantation !

 

 

Des variétés de poiriers plus résistantes que d’autres

Vous adorez les poires mais vous craignez que vos poiriers ne soient atteints ? Pire, certains ont déjà trépassé à cause de la rouille grillagée du poirier ? Ne vous privez pas de vos fruits préférés mais choisissez des cultivars plus résistants. C’est le cas de ‘Dr Jules Guyot’, ‘Beurré Hardy’, ‘Doyenné du Comice’ et ‘Joséphine de Malines’, entre autres.

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Antoine Bosse-Platière