Lumbago : comprendre le mal de dos aigu et agir efficacement

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Douleur brutale du bas du dos, sensation de blocage, difficulté à bouger… Le lumbago, souvent appelé « tour de reins », est une affection fréquente mais rarement anodine. Comprendre ses causes, savoir quand consulter et adopter les bons gestes permet d’éviter la chronicisation et de préserver durablement sa qualité de vie.

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Ces explications sont issues du livre Le guide Terre vivante de la santé au naturel de Dr Christine Cieur.

 

Qu’est-ce que c’est ?

Le lumbago est la plus fréquente des lombalgies aiguës (douleur de la colonne lombaire). Il est lié à la détérioration débutante du disque intervertébral, et caractérisé par une douleur médiane ou latéralisée siégeant dans le bas du dos, d’intensité variable (de simplement gênante à intolérable) avec irradiation possible jusqu’à la région fessière. La douleur s’accompagne d’une limitation des mouvements : sensation de blocage total ou partiel.

Ce fameux « tour de reins » survient classiquement de façon brutale, au détour d’un effort (parfois minime) pour soulever ou lever une charge, ou d’un banal geste de rotation ou encore lors d’une flexion en avant.

Causes possibles : postures répétitives ou activités physiques inadaptées, troubles de la statique, surpoids, stress, surmenage, antécédents familiaux, vieillissement, grossesse, etc.

La plupart du temps, le lumbago guérit en quelques jours (moins d’une semaine), mais il peut aussi devenir invalidant et chronique (douleur persistant plus de 3 mois) ou se transformer en sciatique. La prise en charge doit être la plus rapide possible afin d’éviter toute évolution péjorative vers la chronicité dont le risque majeur est le fort retentissement sur la qualité de vie (vulnérabilité, dépendance, dégradation par multiplication des situations de handicap).

Le lumbago s’exprime souvent au printemps, lorsque l’activité de la glande surrénale couplée à celle de l’axe génital augmente naturellement dans l’organisme à cette saison. L’état congestif latent est alors susceptible de créer, au moindre faux mouvement, une inflammation locale d’une ampleur plus importante qu’à un autre moment.

 

Quand consulter ?

La consultation établit le diagnostic différentiel et élimine les autres affections grâce à la recherche de signes de compression d’un nerf (sciatique), d’une tendinite, d’une arthrose, ou de toute autre pathologie plus sévère : fracture, atteinte des voies urinaires, calculs rénaux, maladie infectieuse ou inflammatoire, ostéoporose, atteinte tumorale, etc. Toute douleur intense ou accompagnée de fièvre, amaigrissement, difficultés urinaires doit obligatoirement conduire à une consultation, de même si la douleur touche un enfant ou un adolescent chez qui les lombalgies sont rares et donc potentiellement graves.

Enfin, tout mal de dos persistant et inexpliqué doit faire rechercher une cause parfois surprenante : mauvaise position des dents, déséquilibre de la mâchoire, contractions utérines, etc.

 

Conseils alimentaires et d’hygiène de vie

  • Stress : Comme le montrent différentes études, les facteurs émotionnels sont au premier plan dans la survenue d’un lumbago ou d’un mal de dos : instabilité familiale ou professionnelle, insatisfaction au travail, fatigue, stress, etc. Évitez le stress prolongé, le surmenage, la prise de poids (mauvais état musculo-abdominal).
  • Postures : Attention aux efforts répétés ou excessifs, aux postures prolongées, aux vibrations (en particulier dans la sphère professionnelle). Veillez à l’hygiène « posturale » en apprenant les gestes qui préservent le dos et en corrigeant régulièrement les mauvaises postures (voir Encadré page suivante).
  • Matelas : Choisissez un bon matelas (fermeté moyenne).
  • Sport : Pratiquez une activité physique régulière (natation, marche, yoga, gymnastique…) afin de conserver des muscles dorsaux en bonne forme capables de compenser les faiblesses de la colonne vertébrale. Étirez-vous matin et soir ou dès qu’une tension apparaît.
  • Soutien : Le port d’une ceinture lombaire de soutien bien ajustée soulage la douleur, mais elle ne doit pas être portée en continu au risque d’impacter la mobilité du bassin (portez-la lors d’un long trajet en voiture, d’un travail de force, etc.).
  • Alimentation : Optez pour une alimentation équilibrée, riche en antioxydants (légumes et fruits) car elle participe au maintien de la résistance et de la souplesse des articulations (ralentissement du vieillissement général).

LES BONS GESTES

  • Lors du lever : se tourner sur le côté en position allongée, puis s’asseoir latéralement en poussant sur le bras et en maintenant le dos d’un seul bloc.
  • En position assise : hanches et genoux doivent former un angle droit ; face à l’ordinateur, avancez la chaise au maximum sous le bureau pour être bien au-dessus du clavier.
  • Dans les activités de la vie courante, évitez la position debout penché en avant (aspirateur, vaisselle, etc.) et gardez le plus possible le dos droit en pliant la jambe avant et en gardant la jambe arrière tendue. Pour faire le lit, adoptez la position du « chevalier servant » (un genou à terre). La table à repasser doit idéalement arriver à hauteur de ceinture et, au besoin, posez un de vos pieds sur un petit escabeau (hauteur d’une marche) placé sous la table.
  • Pour porter une charge, pliez les genoux en contractant les abdominaux avant de ramasser l’objet et ramenez-le, le plus près possible du ventre, en vous relevant bien droit : ceci permet de porter l’effort sur les jambes sans écraser les disques ni tirer sur les ligaments. Au lieu de tirer une charge lourde, poussez-la !

 

Que faire ?

Les conseils décrits ici concernent uniquement le lumbago ou le mal de dos occasionnel.

La stratégie de l’immobilisation complète est désormais obsolète, sauf situation exceptionnelle. Les activités habituelles doivent être reprises, dans la mesure bien sûr où elles sont compatibles avec la douleur, car elles sont préventives de la chronicisation de celles-ci.

Le but du traitement est d’éliminer rapidement la douleur grâce à la prise orale de plantes antalgiques et/ou anti-inflammatoires associée à une prise en charge locale antalgique et relaxante.

L’ostéopathie douce est possible en période aiguë car, pratiquée avec discernement (la manipulation n’est pas forcément nécessaire), elle permet de remobiliser le bassin, ce qui brise le cercle vicieux de la douleur qui déclenche une contraction réflexe de protection de certains muscles du dos visant à empêcher la zone lombaire de bouger… Des séances de kinésithérapie (méthode Mézières) ou d’acupuncture sont parfois préconisées.

 

Traitement oral

Phytothérapie

Le traitement s’articule autour des plantes anti-inflammatoires et antalgiques. Prenez-les à dose maximale pendant 5 à 7 jours, sous forme de gélules, teintures mères, extraits fluides, en choisissant une association de 2 plantes. Par exemple : saule-harpagophytum ou curcuma-harpagophytum ou saule-gingembre ou curcuma-gingembre, etc.

En cas de très forte douleur, n’hésitez pas à associer d’autres plantes plus connues pour leurs propriétés calmantes, anxiolytiques ou sédatives, mais qui s’avèrent intéressantes comme myorelaxantes, c’est-à-dire comme décontracturant musculaire.

Exemple : la valériane (racine) ou la passiflore (partie aérienne) : 1 à 3 prises par jour de la plante choisie.
⚠ Attention, ces deux plantes sont contre-indiquées chez la femme enceinte ou qui allaite et l’enfant de moins de 12 ans.
La valériane peut altérer la vigilance (ne pas conduire !) et est déconseillée chez l’insuffisant hépatique.

 

Tisanes

Tisane anti-inflammatoire « tout-en-un » :

  • Saule (écorce) : 40 g
  • Cassis (feuille) : 25 g
  • Frêne (feuille) : 15 g
  • Vergerette du Canada (partie aérienne) : 20 g

Mode opératoire : mettez 2 cuillères à soupe du mélange pour 750 ml d’eau bouillante ; couvrez et laissez infuser 10 à 15 minutes ; filtrez et buvez 3 tasses par jour ; en cure de 15 jours, renouvelable si besoin après 1 semaine de pause.

⚠ Attention, tenir compte des contre-indications mentionnées :

  • Le saule est contre-indiqués en cas d’allergie vraie aux salicylés et de syndrome de Reye. Sans avis médical, les deux plantes ne sont pas recommandées durant la grossesse et l’allaitement ni en association aux salicylés ou autres anti-inflammatoires médicamenteux.
  • Le saule peut augmenter l’effet des anticoagulants et doit être utilisé avec précaution en cas d’insuffisance rénale ou hépatique sévère et de troubles de la coagulation.
  • Contre-indications : 3e trimestre de la grossesse, ulcère gastrique en évolution, asthme (risque d’aggravation), déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase (risque de destruction des globules rouges).

 

Gemmothérapie

Cassis (bourgeon) : Vous pouvez compléter le traitement avec ce bourgeon, grand anti-inflammatoire et surtout soutien de la capacité adaptative de l’organisme au niveau corticosurrénalien : suivant le type de macérat, prenez 10 à 15 gouttes (macérat mère) ou 100 gouttes (macérat dilué en 1 DH), matin et midi, de préférence à jeun, pendant 15 jours. La dose sera ensuite réévaluée avec le médecin phytothérapeute.

 

Homéopathie

Pendant la crise et selon les modalités de la douleur, prenez 3 granules du ou des remèdes sélectionnés, au choix, 2 à 5 fois par jour, en espaçant les prises dès l’amélioration :

  • Arnica montana 9 CH : douleur survenant suite à un effort physique ou liée à une position répétitive (penché, assis, etc.).
  • Chamomilla 9 CH : douleur intense et intolérable ; hypersensibilité personnelle à la douleur.
  • Dioscorea 5 CH : douleur soulagée à l’extension et aggravée en se penchant en avant.
  • Magnesia phosphorica 5 CH : douleur intense et brutale améliorée lorsqu’on est plié en deux (à associer éventuellement avec Colocynthis 9 CH).

 

Traitement local complémentaire

Les alternatives locales suffisent parfois à juguler le mal de dos. Les solutions sont multiples :

  • Cataplasme d’argile verte : Réduit l’œdème et l’inflammation, absorbe les liquides lymphatiques tout en soulageant la douleur. Déposez de l’argile en poudre dans un récipient puis versez dessus de l’eau, petit à petit, tout en remuant afin d’obtenir une crème homogène de consistance épaisse mais souple.
    Appliquez la pâte obtenue en couche de 1 à 2 cm sur la région douloureuse (la pâte s’achète également, prête à l’emploi, en tube ou en pot) ; recouvrez d’une compresse humide et maintenez l’ensemble à l’aide d’une bande. Laissez en contact 1 à 2 heures (humidifiez au besoin l’argile en vaporisant de l’eau car elle ne doit pas sécher, au risque de perdre ses propriétés).
    Il suffit ensuite d’enlever l’argile avec de l’eau tiède. Renouvelez l’opération 2 à 3 fois par jour. Diminuez progressivement le nombre d’applications au fur et à mesure de l’amélioration, sans arrêter brutalement. L’action du cataplasme sera renforcée si vous remplacez l’eau par de la tisane de grande consoude (racine), traditionnellement employée en usage externe comme anti-inflammatoire et réparatrice des tissus.
  • Cataplasme de chou : soulage les douleurs rhumatismales, entorse, foulure, lumbago.
    Prélevez 6 à 10 feuilles de chou (selon la taille du chou), lavez-les et enlevez la nervure centrale saillante avant d’écraser au rouleau à pâtisserie les nervures collatérales. Faites tiédir les feuilles sur une source de chaleur (radiateur) ou passez-les rapidement à la vapeur pour les attendrir avant de les appliquer en plusieurs couches sur la zone douloureuse. Maintenez en place par un bandage et laissez poser 1 heure. À renouveler 2 heures plus tard ou matin et soir.
  • Macérat huileux de genévrier : un incontournable de la pharmacie familiale, très facile à faire soi-même ! Idéale comme après-sport, cette huile est souveraine contre les courbatures. Elle soulage efficacement toutes les douleurs musculaires et articulaires.
    Mode opératoire : remplissez la moitié d’un bocal avec des baies fraîches ou séchées préalablement pilées et concassées ; puis recouvrez l’ensemble avec de l’huile d’olive ou de tournesol. Exposez le bocal fermé au soleil durant 21 jours, en remuant régulièrement. Exprimez le jus, filtrez et mettez en flacons opaques. Si vous manquez de temps, utilisez la méthode du bain-marie en chauffant doucement le mélange pendant au moins 1 heure. Se conserve de 1 à 2 ans.

 

Aromathérapie

L’application locale permet de combiner les propriétés anti-inflammatoires, antalgiques, décontracturantes musculaires et relaxantes des HE afin de prendre en compte la composante psychosomatique du mal de dos.

Friction SOS lumbago

  • Huile essentielle de lavandin : 25 gouttes
  • Huile essentielle de katrafay : 25 gouttes
  • Huile essentielle de gaulthérie : 35 gouttes (remplaçable par l’huile essentielle d’eucalyptus citronné)
  • Huile essentielle  de petit grain bigarade : 30 gouttes
  • Macérat huileux d’arnica (ou de genévrier) : quantité suffisante pour 30 ml

Appliquez délicatement sans frotter plusieurs gouttes du mélange sur la région douloureuse, 3 fois par jour. Cette préparation peut s’utiliser seule ou en alternance avec les autres solutions locales.

⚠ Attention : Complexe contre-indiqué pendant la grossesse et l’allaitement, en cas de maladie liée à des troubles de la coagulation et d’allergie aux salicylés ; prudence en cas de prise d’anticoagulants (demandez un avis médical avant utilisation) car l’huile essentielle de gaulthérie couchée ou odorante fluidifie le sang.

 

Symbolique

Le stress et nos émotions jouent un rôle central dans l’émergence d’un lumbago et, d’une manière générale, des douleurs de dos. D’ailleurs, l’expression populaire « j’en ai plein le dos » illustre bien la situation ! Le dos est une grande zone de somatisation qui nous invite à écouter le signal transmis… Le message différerait symboliquement suivant la région atteinte.

Le lumbago pourrait ainsi symboliser un conflit concernant la vie professionnelle ou familiale et affective. Par exemple : insécurité matérielle en se faisant du souci pour ses enfants ; se sentir dépassé dans sa fonction d’être le pilier familial (qui supporte tout et trop !), sachant que l’on ne peut compter que sur soi-même ; tendance à prendre le problème des autres sur son dos. La partie lombaire du dos jouxtant le sacrum, le lumbago peut éventuellement mettre en lumière un conflit relié à la libido ou à la sexualité.

 

 

Dr Christine Cieur