Diminuer la taille de la police (x-small).Augmenter la taille de la police (medium).Augmenter les contrastes en inversant les couleurs. La mise en forme courante correspond à celle par défaut.Imprimer ce document.Ajouter aux favoris Envoyer à un ami

L'Edito du mois n°235 des 4 Saisons - (mars-avril 2019)

Libres et reproductibles

Marie ArnouldPour les amoureux du jardin, les arrière-boutiques des semenciers sont de véritables cavernes d’Ali Baba. Ici, pas de pierres précieuses. En guise de rubis ? Une betterave ‘Robushka’ d’un profond rouge grenat, au goût fruité. En guise de diamant ? Une courgette ‘Blanche de Virginie’, à la saveur douce et à la robe étincelante. En guise d’émeraude, la ‘Surpriz’, une incroyable tomate verte zébrée de rouge fera l’affaire. La plupart de ces variétés paysannes nous font retrouver le goût. Le goût d’avant que les légumes ne soient sélectionnés pour leur rendement et leur aptitude au transport. Derrière ces semences, des passionnés. Que ce soit Essembio, Agrosemens, Kokopelli, Ferme de Sainte-Marthe, Graines del Païs, Germinance, Le Biau Germe, Jardin’enVie… – et tous les autres qui s’y sont mis plus récemment –, ces semenciers bio ont en commun l’amour de ces variétés qui ont failli disparaître sous le rouleau compresseur de la standardisation. Parmi eux, Kokopelli, l’association qui a fait savoir à l’opinion publique, à coups de procès retentissants, que la législation était en train de détruire ce patrimoine. Une association ébranlée depuis 2017 et la parution du livre Nous n’irons plus pointer chez Gaïa.

BRÛLER CE QU’ON A ADORÉ ?

Harcèlement moral, manque de transparence dans la gouvernance, défaut de fiabilité des graines… la charge n’est pas anodine. Certaines de ces critiques trouvent une résonance, notamment sur la qualité des graines et la transparence. Et le personnage du fondateur, Dominique Guillet, un franc-tireur peu soucieux des tracasseries douanières, qui ramenait, dès les années 1990, dans ses bagages toutes sortes de variétés des États-Unis ou d’Amérique du sud, est controversé : son goût pour les thèses complotistes en a éloigné plus d’un. Mais on peut constater deux choses : aucun salarié n’a attaqué l’association aux prud’hommes, et Kokopelli a entrepris des efforts pour améliorer la qualité de ses graines. Alors, faut-il nécessairement brûler ce qu’on a adoré ? Rien n’est jamais tout noir ou tout blanc, ce serait trop simple. Et reste l’histoire : tous les acteurs du secteur en conviennent, Kokopelli a joué un rôle déterminant dans la médiatisation des variétés paysannes. S’il est facile de dire, en 2019, que la semence doit être libre de droit et reproductible, c’était nettement moins évident en 1999, lorsque l’association a été créée. Et ce courage-là, il faut lui rendre hommage.

Marie Arnould, rédactrice en chef des 4 Saisons

© 2008 Terre vivante