Des soins naturels… à quel prix (écologique) ?

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Se soigner par les plantes, renouer avec une médecine plus naturelle – par opposition à la médecine allopathique, jugée trop chimique – est devenue une tendance de fond. Cette démocratisation de la phytothérapie s’accompagne d’une pression accrue sur les ressources, ayant des conséquences néfastes tant sur l’environnement que sur les humains.
Des soins naturels… à quel prix (écologique) ?

Le millepertuis n’est pas menacé en sauvage. Il peut notamment être utilisé en tisane, en extrait alcoolique ou encore en huile essentielle.
FinjaM | Pixabay

« Déception ou peur vis-à-vis de la médecine conventionnelle, nouvelles maladies, volonté de se soigner autrement », les raisons sont nombreuses pour expliquer l’engouement pour les médecines exotiques et la phytothérapie – le fait de se soigner avec des extraits de plantes, que ce soit en tisane, décoction, poudre, macérat ou encore huiles essentielles. « Il y a toujours eu un attrait pour ce qui vient de loin, ce qui est mystérieux, c’est tout le pouvoir symbolique de l’exotisme, explique Aline Mercan, on a toujours fantasmé sur des plantes lointaines, sauf qu’avant, ces médecines étaient réservées aux riches. Ce qui a changé avec la globalisation, c’est que ça s’est démocratisé. »
 
Autrice d’un nouvel ouvrage sur la phytothérapie écoresponsable, médecin généraliste, anthropologue et ethnobotaniste, Aline Mercan alerte sur la surexploitation des ressources liée à la (sur)consommation des plantes pour se soigner. « J’ai travaillé au Tibet et c’est là-bas que j’ai constaté que les plantes disparaissaient d’un séjour à l’autre », raconte-t-elle. Car si la culture de certaines plantes est possible, la cueillette de plantes sauvages reste bien moins chère, et représente aujourd’hui entre 70 et 80 % de la ressource utilisée sur le marché de la phytothérapie. L’ennui, admet-elle, c’est que « les gens ont vraiment l’impression de faire une démarche beaucoup plus saine et finalement ils ont affaire à des logiques commerciales qui sont exactement les mêmes que dans l’industrie pharmaceutique ». Cueilleuses et cueilleurs mal rémunérés, recherche de rentabilité, volumes intensifs, les pratiques pour répondre à la demande ont de lourdes conséquences éthiques et environnementales : disparition des espèces de plantes, incidences sur les écosystèmes et la faune locale mais aussi perte de qualité des produits, confusions d’espèces ou encore mélanges de lots sont à déplorer. « Cueillir des feuilles de frênes en octobre est pratique, reconnaît la docteure, car elles sont déjà sèches, mais il n’y a plus leurs propriétés dedans, et comment pouvez-vous faire la différence, vous ? »
 
Le livre Manuel de phytothérapie écoresponsable est destiné à sensibiliser les consommateurs et consommatrices, mais aussi les thérapeutes, dans leur utilisation personnelle des plantes, en les invitant à privilégier des produits durables, traçables, en circuits courts et éthiques aux niveaux environnemental et humain. Un chapitre se consacre en effet à répertorier les différentes plantes, leurs propriétés et leur état de conservation actuelle. L’huile d’argan, l’arnica ou l’huile essentielle de bois de rose sont par exemple à éviter pour ne pas épuiser les ressources. Aline Mercan souligne cependant qu’avant « de vouloir avaler quelque chose plutôt que de changer quoi que soit », il vaudrait mieux interroger son hygiène de vie, « réfléchir à la manière dont on mange, dont on bouge, dont on pense, le climat et tout ce qui nous environne ». S’appuyer sur les plantes, non pas uniquement pour du symptomatique, mais comme complément pour travailler sur les causes profondes de nos maux.

 

Madeleine Goujon 

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