Banc d’essai : films de forçage

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Retour sur une expérimentation de six semaines réalisée au centre Terre vivante, visant à vérifier l’utilité et l’efficacité des voiles de forçage les plus courants.
Banc d'essai: films de forçage

Les jardiniers de Terre vivante ont tenté de mesurer l’influence des voiles de forçage sur la croissance de radis et salades.   
JJ. Raynal |

Le forçage consiste à hâter ou prolonger une culture en augmentant la température extérieure (air et sol) par différents procédés, du plus simple (planches surélevées) au plus sophistiqué (couche chaude, serre). Les voiles de forçage, assurant une bonne efficacité pour un minimum de contraintes, semblent un bon compromis. Pour tester leur utilité dans les jardins de Terre vivante, nous avons mis au point un protocole simple limité à six modalités sur trois planches divisées en deux, avec en plus un témoin non protégé. Nous avons choisi de mesurer l’influence de différents voiles sur des semis de radis ‘Flamboyant’ (le 28 mars) et sur la croissance de batavias ‘Rouge grenobloise’ après repiquage le 15 avril, jusqu’au 16 mai, date de l’enlèvement des films.

Les modalités de l’expérimentation

Planche n° 1  deux films posés au sol :

  • Climatex en polypropylène non tissé 17 g/m2, le classique P17, perméable à l’eau et à l’air, se déchire facilement après deux saisons.
  • Climatex bio en PLA, polymère d’acide polylactique non tissé à base de maïs, certifié compostable et assez solide pour durer trois ou quatre saisons. Trop cher, il n’est plus distribué en jardineries. La Ferme de Sainte Marthe l’a encore à son catalogue 2014.

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Le but de l’expérimentation, testé l’efficacité et les inconvénients des différents voiles.  
JJ. Raynal |

Planche n° 2, un rang témoin de radis non protégé et deux films posés au sol :

  • Hivertex en polypropylène non tissé 30 g/m2, appelé aussi P 30, souvent utilisé pour protéger plantes et arbustes sensibles au gel mais aussi au sol ;
  • Climair film en polyéthylène de 40 microns d’épaisseur, avec 500 trous au m2 pour laisser passer l’air et l’eau.

Planche n° 3, deux films posés sur des arceaux formant un petit tunnel :

  • Climafilm en polyéthylène de 50 microns d’épaisseur étanche à l’eau et à l’air, durabilité deux saisons (ou plus si très soigneux).
  • Climafilm Pro le même mais plus épais (70 microns), utilisé par les maraîchers, durabilité trois ou quatre saisons.

Les résultats

Pour les radis, l’écart entre les films les plus efficaces et le témoin n’a été que de 8 jours, alors qu’on parle souvent d’un gain possible de 10 à 15 jours. Peut-être aurait-on pu obtenir des écarts plus importants en améliorant l’étanchéité périphérique et la tenue au vent, par exemple en enterrant les bords ou en utilisant des liteaux. La levée a été la plus rapide avec les deux films Climatex de la planche n° 1. L’écart de 6 jours avec les deux films posés sur arceaux peut s’expliquer par la présence du volume d’air à réchauffer. À la récolte, les faibles écarts (entre les planches 1 et 2) se sont estompés tandis que les radis sont restés plus petits pour le témoin et les deux films sur arceaux. Pour les salades, peu de différences visibles, hormis un léger retard avec le voile Hivertex, le plus lourd et le plus épais qui semble avoir eu un léger effet dépressif sur leur croissance (poids, manque de lumière).

Inconvénient

Ces films demandent beaucoup de manipulations : dès que le temps se réchauffe, il faut les enlever le jour pour éviter les surchauffes et les remettre la nuit. Le vent peut provoquer des déchirures. Le film à trous Climair nécessite un peu moins de manipulations grâce à son aération et il est le plus facile à plier ou déplier. Mais leur principal inconvénient est d’ordre écologique: voiles ou films plastiques constituent à la fin de leur courte vie d’importants tonnages de déchets. Comme ils sont abondamment souillés par de la terre (jusqu’à 75 % du volume), cela ne facilite pas leur recyclage.

Le Climatex bio en PLA est une première réponse, imparfaite, des industriels à ce défi écologique: le produit est certifié “OK compost”, mais doit pour cela monter à 80 °C dans des installations de compostage adaptées, peu répandues aujourd’hui. Et il est issu de cultures intensives de maïs à l’écobilan discutable. Une filière de recyclage des films plastiques agricoles usagés en polyéthylène s’est mise en place en 2009 avec l’aide de l’Ademe, pour aboutir aujourd’hui à un taux de collecte en maraîchage de 95 %, dont 98 % sont recyclés. Une belle performance, financée par une écocontribution sur le prix des films neufs. Reste à organiser la même chose pour les films plastiques horticoles (pépiniéristes et collectivités) et pour les voiles intissés en polypropylène. Pour les jardiniers, la seule solution est d’amener ces films usagés en déchetterie où ils seront dirigés soit vers des centres d’enfouissement soit vers des usines d’incinération. En attendant que les industriels nous proposent des films réellement biodégradables et compostables.

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Certains voiles comme le Hivernes P30, trop épais ont ralenti la croissance des salades par rapport à la planche témoin.  
JJ. Raynal |

Les lecteurs ont testé

François, abonné des 4 saisons « J’habite dans les Vosges pour moi le voile de forçage et très bien au printemps pour la protection contre le gèle tardif et très efficace contre les insectes sur les crucifères et carottes. »

 

Détail des résultats 

Retrouvez le détail des résultats ici. 

 

Le forçage autrement

Côtières et ados : le sol de la planche de culture est incliné vers le sud et recouvert d’un terreau sombre pour optimiser le réchauffement . Adossé contre un mur qui stocke la chaleur et protège du vent, c’est encore plus efficace (avance de 15 jours environ) et sans aucune contrainte.Planches surélevées, buttes et lasagnes : la surélévation facilite le réchauffement du sol (3 ou 4 degrés) et son drainage. Les lasagnes et les buttes de la permaculture sont encore plus efficaces (présence d’importantes
quantités de fumier ou de matière organique). Mais leur élaboration demande pas mal de travail.

Cloches et cônes de forçage : maniables et efficaces, ils doivent cependant être surveillés de près pour éviter les surchauffes.

Mini-tunnels maraîchers (chenilles ou accordéon) : il en existe de nombreuses sortes, recouverts de films étanches, perforés ou non-tissés.Très efficaces mais ils demandent pas mal de manipulations (arrosage, désherbage, aération).

Mini-tunnels rigides : légers et plus maniables, certains permettent aussi l’arrosage (4 Saisons n° 198, p. 19) mais ils sont assez coûteux.

Châssis et couches chaudes : très efficaces mais de moins en moins utilisés, car ils demandent beaucoup de travail et de surveillance : éviter les surchauffes, aérer, arroser, couvrir de paillassons le soir…

Serres : recouvertes de verre, de plaques de polycarbonate ou de films plastiques, elles sont coûteuses et chronophages mais quasi incontournables pour les jardiniers
chevronnés dans les régions à hivers longs et froids.


 

Antoine Bosse-Platière