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La mineuse du marronnier

© Antoine Bosse-Platière
legende © Antoine Bosse-Platière
Si votre marronnier est chauve en fin d’été, c'est peut-être qu'il est attaqué par la mineuse du marronnier, redoutable ravageur venu de l'Est de l'Europe. Que faire ? A l'automne, ramassez ses feuilles et compostez-les soigneusement. Au printemps, apportez à votre arbre du lombricompost.
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Durant tout le XIXe siècle, c'était l'éclosion de la première feuille d'un superbe marronnier d'Inde du jardin des Tuileries qui annonçait l'arrivée du printemps dans la capitale. Scruté par les Parisiens, l'événement se reproduisait régulièrement, à un ou deux jours près, autour du 20 mars, et était annoncé dans les journaux. Cette ponctualité d'horloge se retrouvait dans la spectaculaire floraison du marronnier en grappes dressées comme des chandelles, fin avril, puis dans la chute des feuilles (et des marrons) à l'automne.

Symptômes

Depuis trois ou quatre ans, un minuscule lépidoptère venu d'Europe orientale, la mineuse du marronnier (Cameraria ohridella), bouleverse complètement le cycle de ce bel arbre, provoquant d'importantes défoliations. Le fléau progresse chaque année et couvre aujourd'hui la moitié est de la France. La saison 2002 a été particulièrement favorable au ravageur : les feuilles ont bruni dès le mois de juillet, certains arbres étant totalement dénudés fin août, avec parfois l'apparition de nouvelles feuilles suivies de fleurs début septembre ! De quoi perdre ses repères et nourrir quelques inquiétudes pour la santé de ces géants... surtout quand on a, comme moi, la chance d'avoir à l'extrémité de sa terrasse un magnifique marronnier qui procure tout l'été son ombre bienfaisante.

Carte d'identité

Attaque mineuse
Les larves creusent des galeries sur chacune des feuilles. ©A. Bosse-Platière

Cameraria ohridella a été observée et nommée pour la première fois en Macédoine, en 1985. L'adulte est un minuscule papillon brun ocre de 3 à 5 mm de long, doté de longues antennes, d'ailes étroites et frangées, ornées de bandes claires. C'est sa chenille qu'on a qualifiée de mineuse, car elle se nourrit des tissus situés sous l'épiderme des feuilles en y creusant des "mines". Inféodée au marronnier d'Inde, elle s'en prend aussi parfois aux érables sycomores situés à proximité. Par contre, le marronnier à fleurs rouges (Aesculus x carnea), très commun lui aussi, semble résister à ses attaques.

Mode de vie

Les nymphes, qui ont passé l'hiver au sol dans les feuilles, sortent au printemps, sous forme de papillons. On peut alors en observer d'importantes quantités à proximité des troncs où se produisent les accouplements. Chaque femelle fécondée va ensuite pondre un à un près de 75 œufs à la surface des feuilles, en commençant par le bas de l'arbre. Les jeunes larves pénètrent dans les feuilles aussitôt après l'éclosion des œufs et creusent leurs "mines" qui s'allongent lentement en suivant les nervures, au rythme de leurs différents stades de développement. La fin du cycle larvaire, qui dure environ un mois, est marqué par l'apparition d'un petit cocon blanc à l'intérieur de la mine, où se produit la nymphose. Il en émerge un petit papillon, et le cycle recommence : on observe deux à quatre générations par an, selon les conditions climatiques. Une fois la mineuse installée dans une région, les populations peuvent augmenter très rapidement : on a observé plus de cent mines sur une même feuille, et les plus grands marronniers peuvent devenir complètement chauves en fin d'été. Une partie des chrysalides entre en diapause à partir du mois de juillet. Ces chrysalides resteront tout l'hiver dans les feuilles après leur chute, futurs adultes du printemps suivant.

Antoine Bosse-Platière

Moyens de lutte

Cameraria ohridella compte encore peu d’ennemis naturels. Le plus fréquent est un parasite externe d’autres espèces de mineuses, qui a trouvé là une nouvelle proie. Mais le taux maximum d’insectes parasités dépasse rarement 10 %. Devant l’importance des dégâts, qui perturbent la fonction chloro­phyllienne et empêchent l’arbre de constituer des réserves suffisantes, un programme euro­péen d’étude de ce ravageur a été mis en place.

  • Les traitements chimiques ont très vite montré leurs limites : ils sont peu efficaces, coûteux et difficiles à mettre en œuvre sur de grands arbres généralement situés en milieu urbain. Les injections de produits systémiques (transportés par la sève) n’ont pas été plus probantes.
  • Le principal espoir vient de la République tchèque, où commence à se pratiquer une lutte par confusion sexuelle, grâce à la mise au point de phéromones spécifiques utilisées dans des pièges qui attirent les mâles.
  • Il reste que, malgré des dégâts très spectaculaires, on ne constate encore que très peu de mortalité chez les marronniers, même en Autriche, pourtant touchée depuis 1989. Les infestations connaissent d’inexplicables fluctuations, et les arbres semblent trouver assez de ressources pour résister à ces défoliations sévères.

La Protection des végétaux recommande néanmoins à tous les propriétaires de marronniers un ramassage des feuilles aussi complet que possible et leur brûlage pour détruire les formes hivernantes de la mineuse.

Privilégiez plutôt un compostage bien mené, avec plusieurs retournements, pour ne pas gaspiller l’excellente source de matière organique que constituent ces feuilles à décomposition rapide, car si le ravageur résiste à des températures de – 23 °C, il est assez sensible à la chaleur.
Si l’arbre peine à reprendre le dessus, suivez le conseil d’Eric Petiot (n° 137 des 4 Saisons du jardin bio, p. 41) : creusez des trous de 20 centimètres de profondeur à la tarière (4 centimètres de diamètre) tous les mètres, à l’aplomb de la couronne de l’arbre, et mettez-y du lombricompost à la fin de l’automne ou au printemps.
Vous profiterez ainsi encore longtemps de la puissante ramure du marronnier, de ses magnifiques floraisons, de son ombrage… et des longues séances de ramassage des marrons qu’il vous impose, en juste contrepartie !

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