Une cloison en briques de terre crue « maison »

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Gwendal Le Ménahèze, journaliste au magazine La Maison écologique, a rénové un pavillon typique des années 1970. De cette aventure, il a rédigé un carnet de bord retraçant toutes les étapes : des préparatifs, aux travaux et enfin le bilan qu’il en tire.
Retrouvez ici son retour d'expérience sur la construction d'une cloison en briques de terre crue « maison ».

G. Le Ménahèze |

Cet article est extrait du livre Ma rénovation écologique de A à Z de Gwendal Le Ménahèze.

 

Malgré le temps et l’énergie qu’elle réclame, je tiens absolument à ériger une cloison en briques de terre compressée (BTC). Et quitte à lui consacrer tant de travail, autant lui offrir une place de choix : elle trônera majestueusement en plein milieu de la maison. Au-delà de l’indéniable esthétique qu’elle offre au salon et au couloir (ainsi qu’aux autres pièces d’où elle est visible), son rôle est aussi important pour le confort de vie.

 

Une alliée thermique hiver comme été

Chaque BTC pèse environ 7 kg. Cette masse (1 400 à 2 200 kg/m3) apporte de l’inertie thermique : elle emmagasine la chaleur – celle du soleil, quand il donne directement dessus à travers les baies vitrées qui lui font face, ou celle produite par le poêle – et la restitue ensuite doucement, comme un radiateur sans électricité. Cette chaleur qui se diffuse par rayonnement est bien plus agréable que celle qui se propage par convection, donc par mouvements d’air. Cette inertie lisse les écarts de température, retardant les allumages du poêle et offrant une chaleur plus homogène.

En été, elle évite aussi les pics de chaleur en stockant les calories en excès le jour, puis en les relarguant dans la nuit lorsque les températures baissent. On peut alors ouvrir les fenêtres pour créer une surventilation nocturne qui évacue ces calories.

Vincent, artisan-formateur spécialiste de la terre crue, me confie une technique pour transformer ce mur de BTC en « climatiseur naturel » : « Quand il fait trop chaud, tu l’arroses régulièrement au pulvérisateur, sans excès pour que l’eau ne ruisselle pas dessus. La terre crue, notamment grâce aux argiles qu’elle contient, peut absorber une quantité impressionnante d’eau. En s’évaporant du mur, cette eau crée du froid quand elle passe de l’état liquide à l’état gazeux. » C’est le phénomène de changement de phase de l’eau. À l’inverse, quand la température ambiante baisse l’hiver, une partie de l’eau contenue dans l’air ambiant condense entre les plaquettes d’argile en libérant de la chaleur.

 

Une arme anti-humidité et anti-odeurs

Cette capacité de la terre à absorber l’humidité en fait un autre atout pour la qualité de l’air intérieur, dont elle régule naturellement l’hygrométrie. Quand l’air qui l’entoure est trop humide, la terre absorbe l’excès d’humidité. Quand il est trop sec, elle la lui rend. Et la terre crue améliore l’acoustique et absorbe les odeurs.


L’architecte consultée pour nous prodiguer ses conseils dans l’organisation du chantier nous a mis en contact avec un « passionné de la terre » qui vit dans la commune voisine. Agriculteur, André nous livre pour seulement 20 € (frais de transport de son tracteur) 4 m3 de terre récupérée sur le chantier de terrassement d’une zone d’activité à 3 km de chez nous.
G. Le Ménahèze |

 

Quelle terre utiliser, une question à creuser

Les BTC s’achètent prêtes à l’emploi, mais par souci d’économie, d’impact environnemental et d’autonomie, je préfère une fabrication « maison » (0,25 à 0,60 € la brique contre 1 à 4 € dans le commerce). Encore faut-il trouver la terre adaptée ! Cette terre à bâtir se trouve à peu près partout, sous les 20 à 50 cm de la couche de terre « végétale » qui forme la surface du sol. Celle-ci contient de la matière organique, humus, racines, vers et insectes ; c’est le sol « vivant ». Pour la construction, nous avons besoin de la terre minérale, mélange naturel de minéraux argileux, limons, sables, graviers et cailloux.

Des tests permettent de déterminer la part de ces divers grains, dont les différences de calibres offrent au matériau sa cohésion. Une proportion d’au moins 10 à 15 % d’argile représente une « colle » (liant) suffisante pour la construction.

 

Ajuster la composition de la terre

La taille des granulats contenus dans la terre doit être inférieure à 10 % de la largeur de brique. Je fabrique donc des tamis avec du grillage à maille de 10 mm enserré par un cadre en chutes de tasseaux. Et nous appelons à la rescousse amis et famille pour accélérer cette tâche, simple mais gourmande en temps, qu’est le tamisage.

Nous écrasons bien les boulettes d’argile contre le grillage afin de ne pas perdre cette précieuse « colle » naturelle et n’écarter que les plus gros cailloux. Un atelier sain et ludique, parfait pour les enfants, même tout petits. Tels des chercheurs d’or, ils comparent les plus belles pépites qu’ils dénichent !
Une fois la terre tamisée, nous lui ajoutons un cinquième de sable 0/4 pour réduire le risque de retrait au séchage, donc de fissure, en cas de trop forte proportion d’argile. Le sable est ici issu d’une carrière aux teintes rougeoyantes qui ajoutent à l’esthétique des briques.

 

Chaux devant !

Nous additionnons le tout d’un peu de chaux. Cet ingrédient est facultatif et si c’était à refaire, je m’en passerais sans hésiter. Bien que d’origine naturelle, le calcaire est chauffé à environ 900 °C pour donner cette poudre blanche. Antibactérienne, elle est aussi résistante à l’eau, contrairement à la terre crue qui peut difficilement être utilisée en extérieur sans protection. Mais pour une cloison intérieure, cette propriété n’a pas vraiment d’utilité. Et son caractère irritant impose de bien se protéger les mains, les yeux et les voies respiratoires quand on la manipule. Enfin, elle complique la recyclabilité de ces briques ou leur retour à la terre si la cloison est un jour démolie.

Je l’utilise surtout pour « stabiliser » mes BTC, par sécurité, car je n’ai pas vérifié avec précision si la proportion d’argile dans ma terre est optimale. La chaux permet aussi d’éclaircir la terre afin d’obtenir un effet plus lumineux dans la pièce de vie. Mais finalement, la différence de teinte entre les briques et le mortier qui sert de joint – lequel est fait de la même terre sans ajout de chaux – est quasi nulle. Et la solidité de la terre seule une fois durcie est on ne peut plus satisfaisante.

De surcroît, la chaux n’effectuera pas bien sa « prise » et asséchera le mélange trop rapidement. Ce défaut de prise de la chaux est dû à un oubli de ma part. Nous aurions dû bâcher les briques (en les humidifiant si besoin de temps en temps au pulvérisateur) durant les 2 ou 3 premières semaines de séchage afin que ce dernier ne soit pas trop rapide. Cette « cure humide » aurait laissé le temps à la chaux d’interagir avec l’eau dont elle a besoin pour se solidifier progressivement (carbonatation). Les arêtes abîmées seront heureusement faciles à rectifier au moment du lissage du mortier d’assemblage des BTC.
Pour cette raison, lors de la fabrication des BTC, si la terre manque d’humidité ou que la chaux l’assèche trop, nous mouillons bien le sable avant de l’ajouter. Et nous conservons la terre (puis les briques) à l’abri de la pluie, mais aussi du soleil et du vent.


Il faut anticiper la fabrication des BTC, puisqu’elles doivent sécher tranquillement plusieurs semaines avant d’être mises en œuvre. Elles sont écartées de quelques centimètres afin que l’air circule bien.
G. Le Ménahèze |

 

300 briques pressées à la force des bras

La presse Géo50 nous est louée (10 c€ par BTC) par un artisan chez qui je vais la chercher à 35 km de mon chantier. Il la charge facilement dans ma remorque avec un transpalette, mais pour la décharger chez nous, vu le poids impressionnant du bestiau, nous devons faire appel au tracteur de nos voisins agriculteurs !

Les réglages de la machine ne sont pas toujours évidents, celle-ci présentant notamment un défaut d’inclinaison de la pièce qui vient presser le dessus des briques. Les faces inférieure et supérieure ne sont donc pas parallèles et les briques sont légèrement plus hautes d’un côté que de l’autre. Cette différence sera compensée lors de la pose grâce à l’épaisseur du mortier qui constitue les joints.

Pour un peu plus de 7 m² de mur, il nous faut 250 briques de 29,5 x 14 x 9 cm. En deux journées et deux soirées, nous en fabriquerons 300 afin de conserver une marge en prévision des casses et découpes.


Quelle satisfaction de démouler ses propres briques constituées de terre naturelle !
G. Le Ménahèze |

 

Protéger le chantier

Avant d’entamer la pose des briques, je protège bien les alentours du chantier, de chaque côté de la future cloison. Aux murs et au plafond, je prolonge le ruban adhésif étanche – que j’applique au ras de la future paroi – par des restes d’emballages d’isolants. Ces bâches en plastique ne sont pas de trop pour éviter les projections sur la peinture flambant neuve, même si la terre se nettoie très facilement (ce n’est après tout qu’un peu de boue !).

Je fais de même au sol, en ajoutant des cartons par-dessus, qui protègent les parquets fraîchement posés contre les impacts d’outils et autres rayures qu’occasionneraient nos chaussures pleines de sable et de cailloux. Ces cartons ne dispensent pas de recouvrir le sol de bâches étanches. Un seau d’eau est si vite renversé ! Et le mortier humide, l’eau du pulvérisateur ou celle de l’éponge auraient tôt fait de faire gonfler le parquet et sa sous-couche…

 

Un chantier-école fait le mur

Le premier mètre de hauteur du mur est maçonné lors d’un chantier-école. J’accueille une dizaine de stagiaires qui suivent la formation « Ouvrier.ère professionnel.le en écoconstruction » de la MFR de Riaillé. Et je profite au passage des consignes et conseils d’Élise et Vincent, les deux formateurs qui encadrent la journée.

Une fois repartie cette joyeuse et bouillonnante troupe, je monte le reste des BTC seul durant les jours qui suivent.


Bâches, adhésifs et cartons protègent le sol et les murs durant le montage du mur.
G. Le Ménahèze |

 

Gwendal Le Ménahèze

 


Pas-à-pas : la cloison en BTC avec verrière de style industriel

  • Durée : 2,5 j (briques) + 3 j (montage mur)
  • Coût : 36 ou 50 €/m²
  • Difficulté : 2/3

Outils :

  • Tamis de 10 mm et 5 mm
  • Seaux et bacs
  • Pelle
  • Malaxeur
  • Presse manuelle à BTC
  • Meuleuse
  • Mètre ruban
  • Niveau
  • Fil à plomb
  • Règle de maçon et cordeau
  • Truelle
  • Marteau
  • Gants, lunettes, masque et casque de protection

Matériaux et coût (TARIFS TTC 2018)

  • Fabrication de 300 briques (à adapter selon les propriétés de la terre locale)
Livraison de 1,5 m3 de terre tamisée 10 mm 20 €
300 l de sable 0/4 mm 26 €
180 l de chaux CL90 (facultatif) 100 €
Location presse 30 €
Total 1 (sans ou avec chaux) 76 ou 176 €
  • Montage du mur
150 l de terre tamisée à moins de 5 mm 0 €
75 l de sable pour corriger la terre 6 €
30 carreaux de terre cuite de 14 x 14 cm sur 2 cm d’épaisseur 22 €
200 pointes à tête plate extra large en acier galvanisé de 3 x 50 mm 30 €
16 m de montants d’ossature en douglas de 45 x 145 mm 130 €
Eau (quantité selon la terre et son humidité, le mortier se travaille à l’état visqueux, sa consistance doit être assez souple)
Total 2 188 €

 

TOTAL 1 + 2 264 ou 364 €
Surface totale de cloison 7,33 m²
Prix au m² (sans ou avec chaux) 36 ou 50 €

 

Nous tamisons la terre qui servira à réaliser les briques (10 mm) et le mortier d’assemblage (5 mm).

Nous mélangeons au malaxeur électrique 25 vol. de terre avec 5 vol. de sable (et ici 3 vol. de chaux en option, 5 à 15 % du volume terre-sable selon la couleur souhaitée). Nous transvasons au moins une fois le mélange dans un autre bac avant de remélanger, sinon une partie de la terre reste collée dans les coins et au fond du récipient sans que le malaxeur la lie aux autres ingrédients.

Nous versons environ 6 l de mélange de terre dans le moule de la presse. En joignant les cinq doigts de la main, nous appuyons sur la terre dans les quatre angles, puis en ajoutons pour compléter. Cela favorise des arêtes bien nettes, qui ne s’effritent pas.

Nous fermons le couvercle du moule, puis abaissons le manche de la presse afin de comprimer la terre. Nous relevons le manche, puis le couvercle avant d’actionner le mécanisme qui pousse la brique vers le haut, permettant de l’extraire du moule. Les BTC sécheront en quelques semaines selon la terre et les conditions climatiques.

Pour démarrer le montage de la cloison, un cordeau est tendu entre les montants d’ossature : il permet de poser au sol une rangée de carreaux de terre cuite alignée à l’aplomb de la lisse haute en bois fixée au plafond. Ainsi, en cas d’accident, de dégât des eaux ou d’un passage de serpillère trop généreux, l’eau ne sera pas en contact avec la terre crue, qui sans cela risquerait de se transformer en gadoue.

Nous calepinons les briques en calculant l’épaisseur des joints (10 à 15 mm), ce qui permettra de ne pas avoir à recouper la hauteur de la dernière rangée de briques. Nous laissons un peu d’espace pour insérer du mortier entre ces briques et le bois de la lisse haute. Nous traçons sur les montants de l’ossature les repères indiquant la hauteur à laquelle devront s’aligner briques et joints.

Juste avant de poser une brique, nous plongeons brièvement sa face inférieure et ses deux faces latérales dans l’eau afin qu’elle n’absorbe pas trop vite l’eau contenue dans le mortier, ce qui entraînerait une mauvaise cohésion des deux.

Entre deux rangées de briques, deux pointes galvanisées à tête extra large sont enfoncées de moitié dans le bois de chaque montant en guise de pattes de scellement. Noyées dans le mortier, elles empêcheront le mur de basculer quand on cognera dedans.

Avant de poser une brique, nous humidifions la face supérieure de la rangée précédente au pulvérisateur. À la truelle, on étale le mortier dessus (ainsi que sur la face latérale de la brique précédente le cas échéant), puis on y applique la brique suivante. Pour faciliter le chantier, les plus gros grains du mortier ne doivent pas excéder deux tiers de la taille du joint le plus fin.

Nous ajustons la position de la brique et la dimension du joint. Un joint épais (de 1 à 1,5 cm) offre une tolérance pour rattraper les éventuelles variations dimensionnelles des briques. Plus épais, le mortier risquerait de s’affaisser. Je vérifie régulièrement l’aplomb (avec un cordeau ou une règle plaquée contre les montants d’ossature) et le niveau (au niveau à bulle).

D’une rangée à la suivante, nous décalons les joints verticaux d’au moins le quart de la longueur de brique. Il est donc parfois nécessaire de couper les briques en bout de rang ; pour ce faire, nous utilisons une meuleuse et portons des lunettes de protection et un casque anti-bruit.

Le surplus de mortier est ôté au fur et à mesure à la truelle, il servira pour les joints suivants. Quand le mortier a commencé à durcir mais qu’il reste tendre, on nettoie et on homogénéise les joints avec une éponge légèrement humide. Nous nous limitons à une hauteur de 1 m par jour pour éviter que les joints se tassent sous le poids des briques.

Pour encastrer une prise électrique ou un interrupteur, on réalise une entaille dans la BTC avant de la poser ou on ménage un espace entre deux BTC pour y sceller le boîtier dans le mortier. La gaine électrique est noyée dans le mortier des joints ou, quand ce n’est pas possible, elle passe dans des rainures réalisées dans les briques.

On poursuit ainsi jusqu’en haut de la cloison. Les protections étanches sont retirées rapidement afin que l’humidité puisse sécher sans être enfermée dans les parquets et que les adhésifs se décollent facilement sans arracher de la peinture.

Afin de laisser la lumière naturelle pénétrer dans le couloir, je construis une verrière en imitant le style industriel : je peins de fines lattes de bois avec une peinture à l’huile naturelle gris-noir.

J’enserre des vitres entre les lattes de bois peintes. Les vis insérées côté couloir harponnent les lattes de l’autre côté en se glissant dans l’écart laissé entre les plaques de verre.

 

 

 

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