Semez au bon moment pour respecter la température optimale de levée de vos semis.
O. Puech |
Cet article est extrait du livre Mes premiers pas au potager avec Olivier Puech de Olivier Puech.
Quand on débute, les semis peuvent vite tourner à la déroute. Autant vous prévenir : pour les réussir, il faut de l’attention, du temps, et surtout bien connaître et maîtriser certains paramètres que nous allons aborder. Je me souviens très bien de ma première tentative, une anecdote qui, je pense, va vous parler. La première année où j’ai voulu produire mes propres plants, je m’étais installé dans une pièce vide de la maison, celle qui allait plus tard accueillir notre premier enfant. J’étais très excité à l’idée de me lancer, d’apprendre ces gestes, avec l’espoir de belles récoltes à venir. J’ai installé une table, deux tréteaux, quelques barquettes, et j’ai semé tomates, poivrons, aubergines…
Dix jours plus tard, miracle : les semis avaient germé ! J’étais si heureux… mais la catastrophe est vite arrivée. Les jeunes plants se sont mis à filer dans tous les sens avec des tiges toutes fines et allongées, à s’affaiblir. En moins d’une semaine, ils se sont recroquevillés et ont fini par mourir. J’avais tout raté. Je n’avais aucune conscience, à l’époque, de l’importance capitale de la lumière dès que les semis sortent du terreau. Avec une seule fenêtre orientée plein nord, la pièce que j’avais choisie était à mille lieues d’offrir la luminosité nécessaire.
C’est pour éviter ce genre de mésaventure, et pour que vous réussissiez vos semis du premier coup que j’ai écrit cet article. Nous détaillerons les paramètres essentiels : la température, la lumière, l’humidité, le terreau à utiliser, la saisonnalité, le matériel… Avec ces bases, vous aurez toutes les clés en main pour réussir vos semis.
Sachez qu’il est bien entendu possible de semer en pleine terre. Les paramètres détaillés ci-dessous et à prendre en compte sont les mêmes que pour des semis en contenant. Vous devrez cependant veiller à assurer une bonne préparation du sol et à vous prémunir au maximum des ravageurs. Les fiches cultures vous donneront davantage de précisions sur les spécificités des semis en pleine terre de chaque légume.
La température, la résistance au gel
Premier paramètre à maîtriser sur le bout des doigts : la température de germination et de croissance des semis. Avant la levée, c’est de loin le facteur le plus important (avec l’humidité du terreau). La lumière ne compte pas encore : seule la température est décisive. Chaque culture a sa préférence, et les écarts sont importants. C’est d’ailleurs ce qui explique la saisonnalité du potager, avec des légumes qui aiment le frais du printemps et d’autres qui réclament la chaleur de l’été.
On observe que les températures optimales de germination varient de 15°C à plus de 25 °C. Cela explique pourquoi laitues, mesclun, oignons, petits pois, fèves, épinards… s’épanouissent au printemps. Ils se sentent bien à 15 °C mais souffrent vite à 25 °C. C’est pour cette raison qu’ils font partie des premiers semis possibles en extérieur, dès février-mars sous climat doux.
Les semis de poivrons germent à une température comprise entre 18°C et 26°C.
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En contenant (barquettes, plaques alvéolées, godets), ces cultures se sèment donc très tôt, car elles demandent peu de chaleur et résistent au froid. Leur température minimale de germination (souvent 5°C à 10 °C) est vite atteinte dans une serre, même en fin d’hiver. Elles résistent en plus au gel : inutile donc de viser 20°C pour les réussir. En revanche, plus la température se rapproche de l’optimum, plus la germination est rapide. Par exemple, une laitue lève en 4 à 5 jours à 15°C, mais en 10 à 15 jours à 5-10°C. Chaque degré compte : plus c’est rapide, meilleur est le taux de réussite, et moins longtemps il faut surveiller le semis.
Conclusion : pour ces légumes de printemps, pas besoin de tapis chauffant ni de semis collés au radiateur ou à la cheminée. Trop de chaleur ferait filer les plants dès la levée. Contentez-vous de la température ambiante d’une pièce ou d’un abri froid (serre, châssis).
Les épinards, eux, germent entre 7°C et 18°C.
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Pour les cultures estivales, la donne change complètement. Les tomates, poivrons, aubergines ou piments réclament 20°C à 25°C pour germer, avec un minimum autour de 15-20°C. À 25 °C, les graines lèvent en moins d’une semaine. À 15°C, il leur faut 20 à 25 jours… et parfois elles pourrissent faute de chaleur suffisante. Elles apprécient souvent un coup de pouce : tapis chauffant, nappe chauffante, proximité d’un radiateur, voire la chaleur de la box Internet (témoignage véridique !). Mais attention : sitôt la germination réussie, il faut basculer les semis dans un endroit très lumineux, ce qui est rarement le cas à l’intérieur de la maison. Nous y reviendrons dans le chapitre sur la lumière.
Voici comment j’essaie de gérer au mieux mes semis en contenant. Avec les années, je me suis peu à peu équipé. Au début, j’installais mes semis à la maison, derrière une grande baie vitrée. La chaleur y était correcte, mais pas idéale, et surtout je manquais rapidement de place. Ensuite, j’ai investi dans une serre : d’abord en polycarbonate, puis dans une serre en verre, bien plus performante. Je l’utilise avant tout comme serre à semis, plus que comme lieu de culture. J’y installe en début de saison mes semis de petits pois, fèves, mangetouts, choux, betteraves, blettes… Même si parfois je les entrepose dans un premier temps à la maison pour les faire germer plus rapidement. Il y fait tellement plus chaud en février, mars, surtout la nuit ! Mais sitôt les semis germés, je privilégie la lumière et mes semis transitent alors dans la serre.
Je débute souvent mes semis de cultures estivales à la maison pour leur permettre de germer de façon optimale. Je donne donc priorité totale à la température, et j’utilise parfois des tapis chauffants pour accélérer la germination, notamment pour les poivrons, piments et aubergines qui sont les plus demandeurs en chaudes températures. Une fois ces semis germés, deux options se présentent : soit un transfert dans le meuble à semis équipé de lumières LED, soit un stockage dans la serre, quitte à ce que les nuits soient parfois un peu trop fraîches pour ces semis. Mais ils le supportent. Il faudra simplement compter quelques jours supplémentaires pour avoir de beaux plants, avec une vigueur de croissance un peu ralentie. Quoi qu’il en soit, un chauffage de chantier disposé dans la serre se déclenche si jamais la température approche des 5°C, ce qui est assez rare chez moi. En complément de cette solution de chauffage énergivore, on peut utiliser des voiles d’hivernage pour couvrir les semis la nuit. Chaque épaisseur fait gagner un à deux degrés d’isolation. Ils sont à installer le soir, et à retirer le matin.
Attention au gel : si les cultures de mi-saison les tolèrent parfois, il est fatal pour les semis de cultures estivales En dessous de 5°C, on observe vite un stress ou un blocage de croissance. Les maraîchers professionnels maintiennent leurs plants au-dessus de 12-14°C la nuit. Nous, jardiniers amateurs, pouvons viser moins haut : j’ai vu quantité de plants de tomates s’en sortir malgré des nuits fraîches entre 5°C et 10°C. Ils poussent simplement plus lentement. Comptez alors 8 à 10 semaines pour obtenir un plant bien formé, au lieu de 6 à 8 semaines. En résumé :
- à 0°C, rien ne germe ;
- à partir de 5°C, certaines cultures de mi-saison lèvent, mais lentement ;
- à 10°C, la germination se fait en 15 à 20 jours pour les cultures hors estivales ;
- à 15°C, presque toutes les cultures peuvent démarrer ;
- entre 20°C et 25°C, les cultures d’été germent vite et bien.
Une fois la germination obtenue, la priorité devient la lumière.
La lumière
Si la température est l’élément clé pour réussir une belle germination, la lumière devient essentielle après la levée. Sitôt qu’elle manque, les jeunes plants s’étiolent : ils s’allongent à l’excès pour chercher la lumière, leurs tiges deviennent si fines qu’elles finissent par retomber et mourir. C’est souvent le baptême du jardinier débutant : avoir un semis qui file.
En pratique, plus un semis a besoin de chaleur pour germer, plus il demandera de lumière ensuite. Logique : les cultures d’été veulent la lumière… d’été ! À l’inverse, les semis de mi-saison supportent une lumière plus faible, comme celle du printemps ou de l’automne.
Autrement dit, une fenêtre plein sud, une véranda ou une serre suffisent pour ces dernières. Attention toutefois aux semis de laitues qui demandent une lumière plus soutenue. Derrière une petite fenêtre exposée au nord, elles filent presque systématiquement. Je reçois des dizaines de témoignages de jardiniers désespérés chaque saison !
En plaçant vos petits plants sous une serre ou sous un châssis, vous leur apportez la lumière nécessaire à leur croissance.
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Pour assurer cette luminosité, deux solutions existent :
- Augmenter la lumière : sortir les semis en extérieur dès qu’il ne gèle pas, ou les placer sous serre/véranda.
- Réduire la température : car moins il fait chaud, moins le semis pousse vite… et moins il risque de filer. Pour les laitues, je conseille souvent de privilégier un environnement un peu trop frais plutôt que trop chaud.
Pour les cultures estivales semées tôt, le défi est d’assurer assez de lumière. Une première solution, la plus répandue, consiste à transformer un coin de son salon ou de sa salle à manger en jardinerie ! Une étagère, une grande fenêtre et c’est parti. Les plants poussent lentement mais ça marche. J’ai fait ainsi durant plusieurs années, même si mes aubergines et poivrons prenaient parfois trois mois à atteindre une belle taille. La deuxième solution est d’utiliser une véranda ou une serre, idéales car la lumière y entre de toute part. Pour les nuits froides, il faut prévoir des voiles d’hivernage, des tapis chauffants ou un chauffage d’appoint. Enfin, la solution la plus efficace est d’investir dans des lampes de culture (souvent des LED). Elles apportent une lumière intense et régulière, proche de celle d’un plein été. Avec elles, la croissance est deux fois plus rapide, et les plants ne filent jamais. Dans ce cas-là, pensez à acclimater vos plants à la lumière extérieure, sinon ils risquent de griller à la première pleine journée dehors. Sortez-les d’abord deux heures le premier jour, puis quatre heures le lendemain, six heures le surlendemain.
Me concernant, j’utilise deux dispositifs pour ces semis de cultures estivales :
- en février et mars, un meuble à semis équipé de tapis chauffants et de lampes LED, que j’ai fabriqué moi-même. L’investissement principal est l’éclairage, mais il s’amortit sur des dizaines d’années. Les tapis chauffants consomment très peu, tout comme les lampes LED.
- à partir d’avril quand la lumière extérieure devient suffisante, ma serre. J’y installe alors mes plants, en veillant à les protéger du gel grâce à un petit chauffage de chantier relié à un thermostat.
Et si ce n’est pas suffisant, ne vous acharnez pas : achetez vos plants directement en jardinerie ou chez un petit producteur local.
L’humidité
Troisième facteur clé pour réussir ses semis : l’humidité. Elle doit être idéale et permanente. J’aime la comparer à celle d’une éponge essorée : votre terreau ne doit être ni dégoulinant (trop d’eau), ni sec (manque d’eau). Sa couleur est un bon indicateur : plus elle s’éclaircit, plus l’humidité diminue. Le poids du godet aussi : s’il devient très léger, c’est que l’eau manque. Et bien sûr, vos plants parlent d’eux-mêmes : s’ils commencent à se courber ou à perdre de la vigueur, c’est qu’ils souffrent déjà. L’idéal est d’arroser avant ces signes de stress.
Le terreau de vos semis doit rester humide comme une éponge essorée.
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Alors, à quelle fréquence arroser ? La réponse est la même que pour les besoins en eau au potager : cela dépend de la météo. En plein soleil et par forte chaleur, il faut parfois arroser deux fois par jour. Par temps doux (autour de 20°C), un arrosage quotidien suffit. Par temps gris et frais (15°C), un arrosage peut tenir presque une semaine tellement les besoins en eau sont minimes, presque nuls (peu de transpiration, d’évaporation). La taille des contenants joue aussi : plus ils sont petits, plus la réserve d’eau s’épuise vite.
La fréquence d’arrosage doit s’adapter aux conditions météorologiques.
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De mon côté, j’arrose quasiment tous les jours quand il fait beau et 20°C. À 30-35°C, souvent deux fois par jour. À l’inverse, en période grise et pluvieuse, je n’arrose pas du tout : les godets restent humides plusieurs jours. C’est d’ailleurs dans ces moments-là qu’on commet souvent une erreur : garder la routine d’arroser chaque matin. Résultat : le terreau finit saturé d’eau, sans air, et les racines s’asphyxient. Échec garanti. La fréquence d’arrosage doit donc s’adapter aux conditions.
Pour arroser, privilégiez une méthode douce. Un pulvérisateur est idéal pour ne pas déranger les graines. Un arrosoir à bec de cygne, qui délivre un filet fin, est très bien aussi : c’est ce que j’utilise le plus. Certains percent une bouteille en plastique, ce qui marche très bien aussi. Une fois les plants plus robustes, vous pouvez passer à un arrosage plus franc, à l’arrosoir classique.
Attention à la température de l’eau. Arroser avec une eau glacée est une erreur que j’ai faite bien trop souvent. Trop pressé le matin, je remplissais l’arrosoir directement au tuyau extérieur, avec une eau à 5-6°C en mars. C’est un choc énorme pour les jeunes plants, l’équivalent pour nous d’une douche glacée ! Mieux vaut laisser l’arrosoir au soleil pour que l’eau atteigne la température ambiante avant d’arroser.
Idéalement, utilisez de l’eau de pluie. Si vous arrosez avec l’eau du réseau, laissez-la reposer quelques heures pour que le chlore se dissipe. J’ai d’ailleurs installé une grande cuve dans ma serre : je la remplis et j’y plonge mes arrosoirs. En fin de journée, j’arrose ainsi avec une eau tempérée, sans chlore, bien meilleure pour mes semis.
Le terreau ou la terre à utiliser
Le choix du terreau est un paramètre capital. Les différences entre un terreau et un autre sont parfois énormes. Un mauvais terreau peut suffire à faire rater un semis. Dans le meilleur des cas, il donnera des plants, oui… mais deux fois moins beaux que ceux obtenus avec un bon terreau.
Alors, qu’est-ce qu’un bon terreau ? Plusieurs indications figurent au dos des sacs, et elles sont cruciales :
- Le taux de matière organique. Plus il est élevé, plus le terreau est fin, meuble, sans éléments grossiers. Certains terreaux n’affichent que 40 ou 50 % de matière organique : c’est faible et signe d’un produit grossier. Cela peut convenir pour remplir de gros pots ou semer de grosses graines, mais pas pour des semis délicats. Si j’achète du terreau, c’est pour sa finesse, pas pour retrouver la même grossièreté que dans ma terre de jardin ! À titre d’exemple, mon terreau de référence affiche 70 % de matière organique : parfait.
- Le taux de rétention en eau, souvent lié au taux de matière organique : plus le terreau est fin et léger, mieux il retient l’eau. Un bon terreau monte à 70-80 % de rétention, contre 40-50 % seulement pour les terreaux bas de gamme. Résultat : vos arrosages sont bien mieux valorisés. Mon terreau retient 70 % d’eau : idéal.
- La richesse nutritive. Un bon terreau contient toujours une dose d’engrais, organique s’il est bio, parfois de synthèse sinon. Les terreaux « premiers prix » n’en contiennent pas : c’est un problème, car vos semis manqueront vite de nourriture pour aller jusqu’au stade de beaux plants de 30 à 40 cm. La richesse est exprimée en grammes d’engrais par mètre cube. Mon terreau en affiche une dose très correcte.
Terreau à semis, universel, horticole ?
On trouve dans le commerce des sacs de terreaux « spécial semis », souvent vendus bien plus chers que les terreaux universels. Deux différences principales les distinguent : ils sont plus fins et plus rétenteurs d’eau. Ils sont aussi moins riches en engrais, car les besoins des jeunes plants sont très faibles au départ. Pour des professionnels, ce choix peut se comprendre.
Pour nous, jardiniers amateurs, nous pouvons nous en passer sans problème. Un bon terreau universel ou horticole (j’ai bien dit un « bon » terreau avec un « bon » taux de matière organique) fait parfaitement l’affaire. Au besoin, tamisez-le pour éliminer les gros morceaux si vous semez de très petites graines. Gardez les éléments plus grossiers pour le fond des godets, où ils serviront de drainage.
Avantage supplémentaire : le terreau universel contient un peu plus d’engrais. Si vous ne faites pas de repiquage, vos jeunes plants auront ainsi de quoi se nourrir jusqu’à la plantation.
Remplissez vos contenants d’un bon terreau.
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Faire son propre terreau avec terre, compost, sable ?
C’est une question qu’on se pose souvent quand on voit le prix d’un sac de terreau : « Et si je le faisais moi-même ? » En tamisant de la terre, en mélangeant compost et sable… L’idée est séduisante, mais plusieurs inconvénients apparaissent vite.
1. Un substrat non stérile
Le grand avantage d’un terreau du commerce est sa stérilité : aucun germe indésirable, aucune graine parasite. Avec de la terre ou du compost maison, c’est une autre histoire. Je me souviens d’une année où j’avais utilisé de la terre du jardin : impossible de retrouver mes plants de tomates dans la barquette ! Des dizaines de graines inconnues avaient germé et envahi tout l’espace. On peut contourner ce problème par un « faux semis » : humidifier le substrat, attendre une semaine, laisser lever les adventices, puis les arracher avant de semer. Mais c’est contraignant et demande de s’y prendre deux semaines à l’avance.
2. Une texture inadaptée
La terre est parfaite… en pleine terre ! Mais une fois en contenant, elle perd son équilibre biologique, se compacte, devient lourde, mal aérée. Rien à voir avec un terreau léger, meuble et rétenteur d’eau. Un mélange moitié terre, moitié terreau est envisageable, mais vous gardez malgré tout ces inconvénients : lourdeur, graines indésirables, risque de maladies, champignons ou virus.
3. Le compost : utile mais imparfait
Si vous souhaitez utiliser du compost maison, mené à froid, attention : il contient presque toujours des graines. J’en ai fait l’expérience : mes semis étaient envahis !
Le compost de déchèterie, mené à chaud, est stérile, mais moins rétenteur que du bon terreau et d’une texture souvent trop grossière. Bien tamisé, il peut dépanner.
4. Le sable et les « recettes miracles »
Le sable alourdit le mélange, ce qui le rend peu adapté aux semis. On comprend pourquoi il est quasiment absent des compositions de terreaux du commerce. Quant aux recettes qui circulent, avec du marc de café notamment, prudence. Le marc est un inhibiteur de croissance s’il est utilisé frais et en forte proportion. J’ai fait l’essai en en intégrant 50 %, 40 %, 30 % : résultats catastrophiques. Les plants étaient chétifs et pâles. À éviter, sauf après un long compostage.
Un terreau maison ne remplace pas un terreau professionnel.
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En conclusion, on peut fabriquer un terreau maison, mais il comportera de nombreux inconvénients. Après de nombreux essais, je préfère investir dans un terreau professionnel, conçu pour offrir tout ce qu’un jeune plant attend : légèreté, finesse, rétention d’eau, nutriments. Certes, la plupart contiennent encore un peu de tourbe, ressource qu’il faut préserver. Mais les fabricants de terreaux bio réduisent progressivement cet élément, en le remplaçant par des alternatives comme les fibres de coco ou d’autres résidus végétaux. Avec l’espoir, d’ici peu, de se passer totalement de la tourbe.
La saisonnalité
Autre paramètre logique mais essentiel pour réussir ses semis : respecter la saisonnalité. Trois grands types de climats :
- Climat doux (Sud et littoral méditerranéen) : hivers courts et peu marqués, fin des gels vers mi-avril.
- Climat tempéré (Centre, Ouest, régions intermédiaires, Paris…) : hivers un peu plus longs et plus froids.
- Climat frais (Nord-Est, zones d’altitude, régions aux hivers très rigoureux) : gel possible jusqu’à fin mai.
Bien sûr, ces repères doivent être ajustés à votre microclimat local et à la météo de l’année. Par exemple, si vous subissez un hiver très froid et prolongé, décalez vos semis de petits pois de quinze jours. Lors d’une année avec un printemps très précoce et une absence de gel dès la mi-avril, vous pouvez anticiper vos plantations de tomates.
Ne pas respecter la saisonnalité, c’est s’exposer à un risque de gel et donc de mort du plant.
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Retenez surtout la distinction entre les cultures précoces, de mi-saison, et estivales. Et attention à ne pas semer trop tôt les légumes à croissance rapide (courgettes, courges…), qui risquent de filer avant d’être plantés. Retrouvez dans les fiches légumes les détails de saisonnalité pour chaque culture.
Les graines
Le taux de germination
Pour réussir vos semis, il faut également de bonnes graines. Le critère le plus important est celui du taux de germination espéré. Il est bien souvent autour des 90 à 95 % une année après la récolte. C’est le taux que mettent en avant la plupart des semenciers sur Internet. Mais attention, sitôt que le temps passe, le taux de germination baisse, même si les graines sont conservées dans de parfaites conditions, à l’abri de l’humidité et de la lumière. La chute de ce taux de germination est plus ou moins marquée selon les cultures.
Vous trouverez ci-dessous un tableau qui synthétise cette baisse de germination.
Retenez donc qu’un critère de réussite est d’utiliser des graines récentes. Plus elles sont fraîches, meilleur est leur pouvoir germinatif. Si vos graines datent de plusieurs années, semez alors en surdensité : seule une partie lèvera. C’est ce que je fais systématiquement avec les sachets ouverts depuis longtemps. Exemple : pour des haricots semés en godet de 7 cm, je mets cinq graines quand elles sont récentes. Mais si elles ont plus de cinq ans, j’en mets plutôt huit à dix. Sans cela, le semis manquerait clairement de densité et donc de productivité.
Plus un sachet de graines est ancien, moins son taux de germination est élevé.
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Des graines F1 ou non ?
Les variétés hybrides (F1) proviennent du croisement de deux lignées distinctes. Elles offrent des plants souvent plus productifs, plus homogènes et parfois plus résistants aux maladies. Mais elles ne sont pas reproductibles à l’identique : si vous récupérez les graines, la descendance sera très variable. C’est pourquoi on déconseille de faire ses propres semences à partir de F1. J’en utilise ponctuellement, par exemple pour certaines betteraves ou aubergines. C’est vrai que les rendements sont bons, avec un goût tout à fait correct quand on récolte en frais. Mais la plupart de mes choix se portent sur des variétés non hybrides, dites « population » ou « anciennes ». Ce sont elles qui offrent le plus de diversité, d’authenticité et surtout… de goût ! Les tomates en sont l’exemple parfait : les variétés anciennes, reproductibles, sont à mes yeux les meilleures.
Mais si vous êtes confrontés à des échecs trop nombreux sur une culture, peut-être ces graines F1 peuvent-elles être une solution. Charles Dowding, par exemple, n’arrive à réussir ses choux que via des variétés F1 résistantes aux maladies, sans quoi il a trop de dégât sur cette culture.
Sur les réseaux sociaux, ces graines F1 sont souvent dénigrées, ce lobbying provenant de semenciers qui ne vendent que des graines non F1. Là encore, mon approche est de mettre de la nuance, de la réflexion, de se renseigner pour éviter de tomber dans des dogmes stériles. Les graines F1 ont leur avantage, et celles non F1 aussi. Toutes se respectent, et c’est simplement au jardinier de faire le choix qui lui convient le mieux.
Des graines bio ou non bio ?
Les graines bio vendues en France sont de belle qualité, saines et fiables car les normes sont strictes. Elles ont un atout supplémentaire : elles proviennent de légumes cultivés en agriculture biologique, sont garanties sans résidus de pesticides, et leur achat soutient les filières bio. En revanche, leur prix est souvent deux à trois fois plus élevé. Me concernant, j’utilise parfois du non bio, en sachant que mon potager est plus que bio dans ses pratiques. Mais je choisis aussi souvent du bio, pour participer au soutien des maraîchers qui en ont besoin. Quoi qu’il en soit, je ne pointerai jamais du doigt celui qui sème du non bio : semer est déjà en soi un geste noble et précieux. Soyons fiers d’être jardiniers, chacun avec nos choix et nos différences.
Les quatre techniques pour semer en contenant
Pour réaliser vos semis autrement que directement en pleine terre, plusieurs choix se présentent à vous. Celui de semer en godets, en barquettes, en alvéoles ou encore en mottes. Je vous décris rapidement les avantages et les inconvénients de chacune de ces techniques.
Le semis en godet
Il est adapté pour de nombreux semis. On peut faire varier la taille du godet selon la grosseur des graines.
En godet de taille minimum 7 x 7 cm, je vous conseille de réaliser les semis de blettes, betteraves, melons, pastèque, haricots, petits pois, mangetouts, maïs, tournesol. Si les plants doivent patienter alors qu’ils arrivent à taille voulue, repiquez-les dans des godets de plus grandes tailles pour éviter qu’ils ne végètent et que les racines ne s’enroulent trop.
Les godets de cette taillent peuvent aussi servir pour repiquer un semis en barquette de laitues, d’aubergines, de piments, de tomates.
Le semis de courges, courgettes, fèves peut se faire en godet de taille 9 x 9 cm, plus adaptée. En contrepartie, vous devrez utiliser plus de terreau et disposer de plus de place.
Il existe de nombreuses tailles de godets, adaptées à la plupart des semis.
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Le semis en barquette
Il est idéal pour semer dans un petit espace. Cela permet de gagner de la place pendant les premières semaines plutôt que de semer directement une graine par godet. Logistiquement, c’est aussi plus simple : on peut facilement chauffer un semis sur un tapis chauffant pour le faire germer rapidement. J’utilise beaucoup cette technique pour semer les laitues, les tomates, les poivrons, les aubergines, les piments, les choux. Trois semaines après les semis, je repique les plants en godets individuels.
Cette méthode n’est pas adaptée aux semis de grosses graines. Il faut dans ce cas semer directement dans des godets. En effet, les plants issus de grosses graines sont vigoureux et demandent plus d’espace.
Un semis en barquette peut facilement se déplacer.
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Le semis en plaques alvéolées
C’est une technique que j’ai découverte tardivement, il y a trois ou quatre ans seulement. Les plaques alvéolées sont un compromis entre semis en barquette et semis en godet. Ce sont des alvéoles regroupées entre elles, de tailles différentes selon les besoins. Vous trouvez ainsi des plaques avec des alvéoles de tout juste 2 cm de diamètre, d’autres de 3 cm, 4 cm, 5 cm, 6 cm, etc.
Grâce à cette méthode, vous pourrez transporter facilement tout une série de semis, par exemple pour les sortir en extérieur à la lumière et les rentrer la nuit s’il fait trop froid. Elle permet aussi un repiquage efficace en pleine terre avec une reprise vigoureuse : les mottes sont très peu dérangées, très peu délitées, bien compactes. C’est pourquoi bien des professionnels utilisent cette technique.
L’inconvénient est de devoir semer beaucoup pour remplir une plaque entière. A défaut, vous pouvez scier ou découper une plaque en plusieurs morceaux. Je le fais parfois pour semer par exemple une vingtaine de laitues ou des épinards. Plutôt que semer en barquette et ensuite repiquer en godet, je sème directement en petites alvéoles. Je procède de même pour les betteraves et blettes, en utilisant de plus grandes alvéoles de 5 cm de diamètre : je découpe un tiers de plaque pour y semer une vingtaine de betteraves ou blettes.
Si vous souhaitez semer en quantité, les plaques alvéolées sont la meilleure solution !
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Le semis en mottes pressées
Le semis en mottes pressées consiste à former, à l’aide d’un presse-mottes, de petits cubes de terreau sans pot ni godet. On y sème directement les graines. Des mottes se tiennent seules grâce à leur cohésion et à l’humidité. Il faut d’ailleurs un terreau bien humide (comme une éponge qui dégouline) et bien fin pour réaliser au mieux ces mottes.
Ce procédé est principalement utilisé par les professionnels, à moindre mesure par les jardiniers amateurs. Néanmoins, il a ses fidèles. Il permet une reprise très vigoureuse en terre avec des plants très peu dérangés, des racines bien maintenues dans les mottes. Les mottes se tiennent d’elles-mêmes, ce qui permet d’éviter l’utilisation du plastique. Cependant, il faut bien maitriser la technique en remplissant le presse motte. Il faut aussi acheter l’appareil qui coûte souvent plus d’une quarantaine d’euros, sachant qu’il en faut deux si on veut des mottes de petite taille, 3 à 4 cm, et des mottes de grandes tailles, au moins 5 cm.
J’ai souvent testé cette technique ces dernières années et je me suis procuré des presses-mottes de toutes les tailles. De la plus petite, 1 cm, jusqu’à 5 cm. C’est intéressant mais j’y vois un gros désavantage. Les mottes sèchent vite. Il faut alors les installer dans un récipient qu’on peut remplir d’eau pour arroser par capillarité. Il faut aussi bien « serrer » les mottes pour éviter qu’elles ne se désagrègent. Vous pouvez essayer pour vous faire votre propre avis. Les professionnels l’utilisent avant tout pour un gain de place par rapport aux godets, mais aussi pour un gain de temps et donc d’argent : la reprise est plus rapide en terre. Pour nous, amateurs, si le plant reprend avec un peu moins de vigueur, c’est à mon sens peu important.
Le semis en mottes pressées demande du matériel et une bonne technique, mais il permet une reprise vigoureuse en terre.
O. Puech |
Vous pouvez retrouver toutes les techniques de semis dans le tableau présenté en annexe (p. 264) du livre Mes premiers pas au potager avec Olivier Puech. Il vous donne pour chaque culture, les différentes façons de s’y prendre. Par exemple pour la tomate, vous retrouvez la possibilité de semer en barquette et la suite à donner au semis. La possibilité ensuite de semer en mottes avec là aussi les indications de taille de motte, que faire par la suite. Et enfin la possibilité de semer en plaque alvéolée, avec quelles alvéoles et quelques conseils. Les techniques non adaptées à telle ou telle culture sont aussi précisées. Ce tableau est le fruit de dix années d’expériences durant lesquelles j’ai essayé toutes ces techniques sur l’ensemble des cultures, parfois aussi de témoignages reçus. Vous pouvez vous y fier sans faille.
Olivier Puech



















