Potager : janvier/février | 4 saisons n°246

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Installer un récupérateur d’eau, bien conserver ses graines, la bonne coupe des engrais verts, réchauffer la terre, le triton alpestre,... Des repères pour réussir ses cultures au potager mois par mois, avec des suggestions de variétés, des rappels sur les moments-clés, des astuces pour gérer le temps froid et la chaleur, pour nourrir le sol et obtenir une belle production de légumes.
Petit élevage : septembre/octobre | 4 saisons n°244 11

Engrais verts : la bonne coupe


D. Pépin |

LE PAS-À-PAS – N’attendez pas pour couper les engrais verts semés en août ou septembre : il faut qu’ils aient le temps de se décomposer avant les premiers semis de mars.
Ces plantes – phacélie, moutarde, colza d’hiver…(1) – servent à pomper et stocker les éléments minéraux présents en abondance dans le sol en automne, et leurs racines consolident la structure émiettée du sol. Coupez‑les début janvier : encore jeunes, riches en cellulose et pauvres en lignine, elles vont se décomposer rapidement en nourrissant les bactéries, particulièrement efficaces pour transformer une terre compacte en une terre grumeleuse comme du couscous. Si elles sont coupées plus tard, leur taux de lignine sera plus grand et leur décomposition plus lente ; il faudra attendre plus longtemps avant la remise en culture… mais le stock d’humus sera renforcé. Vous pouvez simplement coucher l’engrais vert sur le sol, en cassant les tiges avec un large balai à feuilles (2) ; rapide et efficace. Pour favoriser la digestion de tiges cassées par les bactéries et les lombrics, couvrez‑les avec une couette de feuilles mortes. Coupées avec une binette (3), en plusieurs tronçons, c’est un peu plus long et plus fatigant. La faucille (4) permet d’être plus rapide, mais les tiges sont moins cassées et leur décomposition sera un peu plus lente. Pour une grande surface, broyez‑les avec une tondeuse.


Faut‑il apporter des engrais ?

Les engrais bio vendus en jardinerie sont‑ils vraiment utiles ? Non, la plupart du temps, si vous apportez du compost maison tous les trois à cinq ans sur les futures parcelles des légumes exigeants (cucurbitacées, solanacées, poireau, chou…). Et surtout si vous couvrez la terre le plus souvent possible avec des paillis nutritifs, riches en cellulose et sels minéraux, qui se décomposent rapidement et libèrent azote, phosphore, potasse, magnésium, calcium et soufre dont les cultures suivantes ont besoin. Non, si vous laissez en place le maximum de résidus de culture (dont les racines), s’ils n’ont pas subi de maladie grave. Non, si vous cultivez chaque année des pois, haricots et fèves fixateurs d’azote, et si vous introduisez vesce ou trèfle dans l’engrais vert hivernal. L’excès d’engrais conduit à une plus grande fragilité des plantes face aux maladies et ravageurs (puceron, limace). Utilisez‑les uniquement lorsque vous démarrez un potager sur une terre pauvre, médiocre, rapportée, non cultivée depuis longtemps.


Plants prégermés… ou non


D. Pépin |

Il est utile, de temps en temps, d’acheter des plants de pomme de terre du commerce, certifiés indemnes de virus. Ils se repèrent à l’étiquette bleue marquée SOC (service officiel de contrôle et de certification). On les trouve en jardinerie début février, prégermés (en clayette) ou sans germe (en sac). Les premiers démarrent plus vite et assurent une production homogène et précoce, mais sont bien plus chers. Les seconds, moins coûteux et moins fragiles au transport, doivent être mis à germer pendant quatre à six semaines avant la plantation.
Si vous avez une clayette, ouvrez‑la, étalez délicatement les plants et exposez‑les à la lumière, dans un local frais (moins de 10 °C si possible). Si les tubercules sont en sac – achetés aussi petits que possible –, déposez‑les les uns à côté des autres, à plat ou dressés, à la lumière et au frais, pour forcer le développement des bourgeons (les yeux) et l’émission de germes courts et trapus.


Graines bien conservées


J.-J. Raynal |

Combien de graines, stockées dans un abri de jardin ou un garage – soumis au froid et à l’humidité hivernale, à la canicule et à la sécheresse estivale –, perdent en moins d’un an leurs facultés germinatives ? Les graines sont vivantes… Elles évoluent lentement, continuent à respirer et à mûrir. Pour garder leur aptitude à germer et à produire des plantules vigoureuses, elles doivent être conservées dans un local frais (moins de 15 °C mais hors‑gel), sec, sans grand écart de température et d’hygrométrie entre l’hiver et l’été. L’idéal serait une boîte hermétique, gardée dans le bas du réfrigérateur, avec des sachets bien refermés, étanches si possible. Ou le congélateur, pour les graines rares, semées de temps en temps : bien sèches, elles s’y conservent pendant dix ans.


Installer un récupérateur d’eau


F. Claveau |

LE GESTE – Pour parer aux prochaines sécheresses, c’est le moment d’installer un récupérateur d’eau à proximité du potager, sur un tuyau de descente de gouttière. Préférez une cuve noire pour limiter l’encrassement, à l’intérieur, par des algues microscopiques ; prévoyez un trop‑plein pour ne pas avoir à surveiller et devoir ouvrir et fermer à chaque grosse pluie. Optez pour un contenant d’au moins 1 m3 – les légumes sont gourmands, quoi qu’on fasse et dise –, voire plus si vous en avez la possibilité. Dans mon cas, à Rennes, une réserve de 1 000 l est suffisante pour un jardin de 50 m2. Ma cuve est branchée sur un hangar de 40 m2 dont la toiture fait 56 m2. Pour la remplir entièrement, il suffit en théorie d’une pluie de 18 mm (soit 18 l/m2) ; mais, compte tenu du rendement du récupérateur inséré dans la descente de gouttière, il faut en réalité 25 mm, soit la moitié d’une pluviométrie moyenne mensuelle. En juillet et août 2020, cette cuve s’est quand même retrouvée vide pendant quatre semaines, faute de pluie.


Réchauffer la terre

Oignon, échalote, ail, pomme de terre, fève, pois : ces cultures précoces ne germent et ne démarrent bien que si la terre est assez chaude (8 à 10 °C) et ressuyée. Or les paillis, si utiles par ailleurs, limitent les écarts de température et retardent en fin d’hiver le réchauffement du sol sous l’action du soleil. Ils freinent aussi l’évaporation de l’eau. Sur ces parcelles, ratissez les paillis dès février pour exposer la terre au soleil et au vent. Couvrez-la de tunnels plastique, entrouverts, posés sur des arceaux pour hâter le réchauffement et l’assèchement superficiel, tout en évitant aux pluies de la mouiller. Quand elle sera plus sèche et chaude, vous pourrez l’émietter sans risque avant de semer et de planter.


Le triton alpestre


J. Valentin |

CONSEIL NATURE – Pourquoi l’appelle‑t-on triton alpestre, alors qu’il est très fréquent dans une grande moitié nord de la France, en ville comme à la campagne ? Qu’importe, ce cousin des salamandres, mesurant de 7 à 12 cm, est une petite beauté de la nature, notamment lors de la période nuptiale qui commence en décembre. Chez les tritons, c’est le mâle qui se maquille pour les amours. Il exhibe alors un ventre orange à rouge uni, des flancs bleu clair parsemés de points noirs et un dos bleuté surmonté, en phase aquatique, d’une petite crête agrémentée de ponctuations noires qui se poursuivent jusqu’à la queue. La femelle, très belle aussi, est toutefois un peu plus terne sur le dos. S’il est présent dans votre secteur, le triton colonise très facilement les mares nouvelles, à la grande surprise des jardiniers. Il ne reste à l’eau que deux ou trois mois et séjourne dans les parties plus naturelles du jardin (haie, paillis de feuilles mortes, tas de bois pourri, au‑dessous de pierres plates posées sur le sol…).


 

Denis Pépin

À faire en janvier

NETTOYEZ serres et tunnels, ratissez les débris végétaux pour réduire les inoculums de maladies.
COMMENCEZ à butter les fèves semées en novembre.
ÉLIMINEZ les limaces réfugiées sous les planches que vous avez étalées sur la terre pour éviter de la tasser lors des récoltes.
TRIEZ les graines ; éliminez les sachets dont la date est dépassée et commandez‑en des nouvelles.
DÉCOUVREZ les nouvelles variétés, souvent plus résistantes, plus productives et plus faciles que les anciennes.

À faire en février

PLANTEZ les gousses et bulbes d’oignon, ail, échalote.
SEMEZ les légumes primeurs : carotte, pois à grains ronds, radis, navet, poireau d’été.
SURVEILLEZ l’arrivée des plants de pomme de terre bio en jardinerie.
SEMEZ, en caissette ou en minimotte, les légumes de printemps : laitue, chou‑fleur, chou brocoli, épinard, tomates précoces à planter en avril.
COMMENCEZ à émietter la terre si elle est suffisamment sèche.

Bocal versus cave

Potager : septembre/octobre | 4 saisons n°244 6

LA FAUSSE BONNE IDÉE DE XAVIER MATTHIAS – Nous voilà au début seulement de l’hiver… et le terrible MAM – l’enchaînement des mois de mars, avril et mai –, le cap Horn des jardiniers, se profile ! Ces trois mois nous rappellent que, si la saison potagère véritable est brève, nous mangeons 365 jours par an… alors que, pendant ce MAM, le potager est encore en grande partie au stade de promesse. La tentation est grande alors d’user, en prévention, des moyens contemporains de conservation fondés sur l’utilisation d’énergies fossiles, congélation et pasteurisation essentiellement. Hélas, les sanctions ne se font pas attendre. Si l’on peut subjectivement déplorer la perte de saveur et de texture des légumes ainsi conservés, on ne pourra objectivement que constater les pertes en matière de valeur nutritionnelle. Alors, aux bocaux de haricots verts, préférons carottes ou betteraves conservées à la cave ou en silo ; aux coulis de tomates congelés, les mêmes tomates séchées, le céleri branche ou les bettes à cardes lactofermentés, etc. Notre potager n’en sera que meilleur, dans tous les sens du terme.