A. Borowski |
Cet article est extrait du livre Panique au potager de Jérôme Jullien.
Diagnostic
Originaire d’Asie (Iran, Caucase, Turkestan), l’épinard est un légume-feuille qui craint peu l’adversité. Mais quelques ravageurs et maladies, ainsi que les fortes gelées, les sols gorgés d’eau et la sécheresse prolongée, peuvent menacer sa vitalité et diminuer le potentiel de récolte. En jours longs, par températures supérieures à 25 °C, plusieurs variétés montent à graines. Les bonnes pratiques de culture et la vigilance sont donc de mise.
Prévention
La règle de base est d’effectuer une rotation culturale de quatre ans sans Chenopodiacees – arroche, betterave, poirée ou bette, épinard, quinoa… – pour éviter tout foyer parasitaire. Il est intéressant d’associer l’épinard avec le céleri, la chicorée, le chou, le haricot, la fève, le fraisier, la laitue, le pois ou le radis. L’épinard peut produire presque toute l’année si on choisit la bonne variété et si on sème au bon moment, en place, sous abri ou en plein air selon la saison, en lignes distantes de 25-30 cm. En zone nord, semez de février à avril pour récolter de mai à août, de fin juillet à septembre pour récolter en hiver, en septembre-octobre pour récolter en mars-avril. Les graines ont une faculté germinative jusqu’à cinq ans, mais peuvent la perdre facilement. Semez à 2 cm de profondeur, recouvrez peu les graines, plombez sur la ligne, puis arrosez. Éclaircissez sur le rang lorsque les plantules ont quatre à six feuilles, l’épinard de printemps ou d’été à 10-15 cm de distance et l’épinard d’hiver à 15-20 cm. Dans le Midi, on sème soit de mi-janvier à mars pour récolter d’avril à mai, soit de mi-août à octobre pour récolter d’octobre à mars. Aux beaux jours, optez pour une situation semi-ombragée.
Principaux ennemis
TACHES BRUNES FOLIAIRES : plusieurs maladies fongiques sont à surveiller (voir encadré). On les prévient en semant des graines de qualité et des variétés tolérantes, telles que ‘Butterfly’, ‘Matador’ (ou ‘Viking’), ‘Gamma’, ‘Palco F1’, ‘Regiment F1’, ‘Renegade F1’. Sur varieté sensible, évitez la bouillie bordelaise, l’épinard la supporte mal. Contre le mildiou, préférez du chlorhydrate de chitosan (5 à 10 g pour 10 l d’eau). Pour prévenir les autres maladies, pulvérisez une décoction (voir p. 123) ou du purin de prêle dès le stade plantule. Supprimez au plus tôt les feuilles malades. Ne récoltez pas trop tardivement.
PÉGOMYIE : cette mouche mineuse de la betterave et de la poirée, gris-brun, de 7 mm de long, attaque aussi l’épinard. Elle vole en avril-mai par temps chaud et sec et pond en mai-juin. On compte trois générations larvaires par an. La première est souvent la plus nuisible. Des galeries translucides ou blanchâtres, parfois assez larges, se forment entre les deux épidermes foliaires. Le feuillage se dessèche et brunit. Paillez ou désherbez. Laissez agir les auxiliaires naturels (petites “guêpes” parasitoïdes d’œufs, entraînant leur avortement). Pulvérisez un insectifuge : purin de fougère, rhubarbe, lavande, pyrèthre ou tanaisie. Supprimez les feuilles infestées.
Dégâts larvaires de mouche mineuse (pégomyie)
J. Jullien |
Problèmes moins fréquents
LIMACES ET ESCARGOTS : des morsures et du mucus brillant sur les feuilles indiquent leur présence. Préparez le sol sans bêchage ou labour profond pour préserver les insectes prédateurs (carabides, staphylins…). Piégez avec une boîte semi-enterrée, remplie de bière et d’eau à parts égales ou disposez des planches sur le sol, puis ramassez les limaces capturées. Epandez des copeaux de bois, des coques de noix concassées ou de la poudre de roche. Sinon, des granules au phosphate ferrique.
CHENILLES : des larves de noctuelle peuvent dévorer les feuilles. En cas de forte attaque, traitez avec du Bacillus thuringiensis.
Noctuelle défoliatrice
J. Jullien |
PUCERONS ET VIRUS : on peut observer des tâches, une crispation des feuilles, des colonies de petits insectes, noirs ou verdâtres selon l’espèce, dont certains sont ailés. Sur les feuilles se distinguent des dépouilles de mues blanches (exuvies), du miellat et de la fumagine noirâtre. La mosaïque du concombre ou la jaunisse de la betterave peuvent aussi apparaître, de manière surprenante, entraînant la décoloration ou le jaunissement des feuilles, voire une déformation. Supprimez les feuilles infestées dès l’apparition des premières colonies ou pulvérisez un insecticide à base d’huile de colza.
DIAGNOSTIC : Identifier les maladies foliaires
Par temps frais et humide, l’alternariose forme des taches brun foncé à noires, d’aspect velouté, surtout sur les vieilles feuilles infectées par d’autres maladies ou carencées. Dans les mêmes conditions, mais plus rare, le mildiou provoque des taches décolorées et arrondies de 1 à 2 cm de diamètre sur le dessus des feuilles, avec un feutrage gris violacé sur le dessous, et des lésions jaunes sur les feuilles âgées. Transmissible par les semences, cette maladie confère un mauvais goût aux feuilles en conserve. La cladosporiose génère de petites taches claires disséminées sur les feuilles, puis des taches brun clair circulaires dont le centre se couvre d’un feutrage noirâtre avant de se perforer. Les feuilles âgées jaunissent avant de flétrir. La cercosporiose occasionne des taches circulaires (2-5 mm de diamètre), à centre gris clair et à bordure brune, se perforant à terme. L’anthracnose, grave maladie de fin de cycle (une à deux semaines avant la récolte), est favorisée par des températures inférieures à 20 °C en présence d’humidité : taches brunes arrondies, dont le centre se nécrose avant de se perforer ; certaines fusionnent, formant des plages brunes, et affectent aussi les pétioles, les racines (nécroses), les inflorescences et les graines, sur lesquelles se conserve le champignon, ainsi que sur les résidus de culture.
Jérôme Jullien










