Panique sur le myrtillier | 4 saisons n°276

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Feuilles jaunes, dépérissement, pucerons, chancres… Apprenez à identifier les maladies et ravageurs du myrtillier et à prévenir les problèmes grâce à de bonnes pratiques culturales.
Petit élevage : septembre/octobre | 4 saisons n°244 8

Diagnostic

Il existe plusieurs espèces de myrtillier du genre Vaccinium. La plus cultivée dans les jardins français est le myrtillier arbustif (V. corymbosum), originaire des États Unis, répandue en France à partir de 1985. D’autres, comme la myrtille noire (V. myrtillus), la myrtille bleue (V. uliginosum), l’airelle rouge (V. vitis idaea), la grande airelle rouge (V. oxycoccos) et la canneberge à gros fruits (V. macrocarpon) sont également intéressantes à récolter. Si ces arbustes vivent dans différents habitats, des régions de plaine aux zones montagneuses jusqu’à 3 000 mètres d’altitude, en passant par les sous bois clairs, le pourtour des tourbières et les pentes rocheuses, ils ont en commun d’être très acidophiles (pH de sol inférieur ou égal à 5,5). En cas de non respect de cette exigence, le myrtillier est chétif et donne peu de fruits. Il redoute également l’excès d’azote, qui entraîne un brunissement des feuilles puis un dépérissement des tiges. Cet arbuste appréhende la sécheresse et les vents séchants. Bien qu’exigeant en humidité, il craint les terres compactes et l’engorgement, causes d’asphyxie et de pourritures racinaires. Pour l’arroser, utilisez de l’eau non calcaire, ce qui préviendra la chlorose ferrique (les feuilles carencées en fer jaunissent entre les nervures, puis se nécrosent avant de tomber). Le myrtillier est aussi exposé à une déficience en potassium et au déséquilibre en zinc ou en bore. En années pluvieuses, les baies de variétés sensibles peuvent éclater, comme V. corymbosum ‘Berkeley’ (demi tardive) et ‘Darrow’ (tardive).


V. Jeannerot

Prévention

Le myrtillier apprécie les terrains frais, légers, sablonneux et humifères (anciennes pinèdes, landes à genêts et à bruyères). On plante les sujets achetés en pot de novembre à mai. Distancez les pieds entre eux de 1,50 à 2 mètres.
Évitez les endroits ombragés pour V. corymbosum, car ils atténuent la vigueur végétative et la production fruitière. Cette espèce aime la lumière et le soleil (exposition sud à sud ouest), à condition que ses racines restent au frais. Arrosez dès la première année de culture pour assurer la reprise et paillez le sol (compost, mulch d’aiguilles de pin, copeaux de bois, écorces de pin broyées). Pour avoir une récolte homogène et de beaux fruits, l’idéal est d’installer un système d’arrosage localisé au pied (arrosoir, oya, goutte à-goutte, tuyau microporeux), notamment dans les régions à étés chauds et secs. On effectue une taille de régénération en fin d’hiver, avant le débourrement : supprimez les branches trop basses et les rameaux chétifs, de même que le bois mort pour éclaircir le buisson et redynamiser la feuillaison, la floraison et la fructification.

 

Principaux ennemis


Pucerons noirs sur rameau
J. Jullien |

Pucerons : dès le printemps, on observe des déformations, un retard de croissance et des fourmis attirées par le miellat, associés à des colonies de petits insectes piqueurs et suceurs de sève (verts, noirs ou jaunes selon les espèces). Les températures comprises entre 18 et 25 °C leur sont favorables. Laissez agir les auxiliaires naturels (mycoses d’insectes, hyménoptères parasitoïdes, arthropodes prédateurs). Sinon, pulvérisez du purin d’ortie, de fougère ou de rhubarbe (action répulsive) ou un produit à base d’huile de paraffine ou de colza. Vous pouvez aussi supprimer les pousses infestées.


Botrytis cinerea sur tiges
J. Jullien |


Chancre sur tiges
J. Poutanen |

Chancres fongiques : plusieurs champignons pathogènes sont responsables de taches brunes et de lésions sur les tiges et rameaux. Dans les cas graves, ces maladies entraînent un flétrissement des bourgeons, voire un dépérissement des parties ligneuses. Supprimez et éliminez les organes infectés, puis pulvérisez de la bouillie bordelaise pour prévenir toute nouvelle contamination.

 

Problèmes moins fréquents


Phytophthora sur racines
M. Serdani |


Phytophthora sur jeunes pousses
J. Jullien |

Pourriture brune : une infection par Phytophthora sp. ou Pythium sp. est à craindre dès la multiplication du myrtillier, puis sur les jeunes plants. Ces pathogènes gagnent les racines et le collet en présence d’une forte humidité. Les feuilles s’affaissent et flétrissent. Le cortex racinaire pourrit et l’arbuste dépérit. Phytophthora ramorum, lui, infecte les rameaux, les feuilles et les bourgeons. Cultivez de préférence des variétés tolérantes, telles que V. corymbosum ‘Patriot’. Respectez une densité de culture optimale et raisonnez la fertilisation et l’arrosage. 

 

Jérôme Jullien

 


Prévention : Maîtriser la drosophile asiatique


Drosophile asiatique sur fruit
M. Maspero & A. Tantardini |

Cet insecte ravageur émergent, originaire d’Asie du Sud‑Est, est signalé  en France depuis 2010. Il attaque plusieurs fruits (cerise, fraise, cassis, groseille, raisin…). Dès le début de la maturation des fruits, on détecte un petit asticot blanc crème dans la chair, puis une pourriture fongique ou bactérienne à partir des morsures larvaires. L’insecte adulte est un moucheron jaune orange à jaune brunâtre de 2,5 à 3,5 mm, dont le mâle a une tache sombre à l’extrémité de chaque aile. On compte trois à dix générations par an, de mars à novembre, suivant les régions. La femelle adulte pond sept à seize œufs par jour, jusqu’à trois cents en une génération. L’éclosion a lieu un à trois jours après la ponte. Broyez, enfouissez ou compostez les fruits en surmaturité, pourris, infestés sur l’arbuste ou tombés au sol pour éliminer les pupes. Ne laissez aucun fruit sur le myrtillier si la récolte est compromise et évacuez ces déchets hors des parcelles de culture. Le piégeage permet de capturer les drosophiles adultes : utilisez une bouteille en plastique rouge perforée (d’un côté) de 20 trous de 4 mm de diamètre ; remplissez le fond avec une solution attractive alimentaire composée de 1 vol. d’eau, 1 vol. de vinaigre de cidre, 1 vol. de vin rouge et quelques gouttes de savon liquide. Posez le piège un mois avant la date de véraison (le changement de couleur) prévue. Installez‑le à l’ombre, au niveau des fruits, et relevez‑le une à deux fois par semaine. Dès les premières captures, posez un voile anti‑insecte sur la frondaison des myrtilliers ou pulvérisez une solution répulsive (barrière insectifuge) à base de kaolin (argile blanche, silicate d’aluminium).