Panique sur le fraisier | 4 saisons n°244

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Si vous observez des taches ou des boursouflures sur les feuilles de vos fruits ou légumes, ou encore la présence de mucus, de galeries voire de larves, tout n’est pas perdu ! Pas de panique… peut-être vos pratiques culturales, vos choix de variétés ont-ils un impact ? Nos conseils pour mieux connaître et faire face aux ravageurs et maladies du fraisier.
Petit élevage : septembre/octobre | 4 saisons n°244 8

DIAGNOSTIC

Tous les problèmes ne viennent pas des maladies et ravageurs. On peut noter, par exemple, que la production de fraises dépend du vent, mais surtout des insectes pollinisateurs, dont l’activité est meilleure par beau temps. Le fraisier est également sensible à des carences nutritives en calcium, fer ou magnésium, qui décolorent les feuilles et appauvrissent les récoltes. Le port rampant du fraisier l’expose à des ravageurs comme les limaces. Parmi les insectes nuisibles, on distingue les larves des fruits (drosophile asiatique), des larves souterraines (noctuelles, otiorhynques, hépiales, taupins), dont les dégâts racinaires sont plus rares mais peuvent être fatals. On surveille aussi les pucerons, notamment les vecteurs de virus. Du côté des maladies, les taches foliaires cryptogamiques sont moins graves que les pourritures des fruits.

PRÉVENTION

Qu’il s’agisse de variétés précoces printanières ou de variétés estivales remontantes, on prévient les carences nutritives (chloroses) en préférant un terrain frais, bien drainé, assez riche en humus, à tendance acide (pH 5,7 à 6,5). Attendez cinq ou six ans avant de replanter des fraisiers au même endroit. Proscrivez les zones très ombragées, l’irrigation par aspersion, ainsi que l’excès de fumure azotée. Amendez le sol plusieurs mois avant la culture, avec du fumier mûr ou un engrais de fond organique. Laissez 30 cm entre les plants et 30 à 40 cm entre les rangs (six plantes/m²). Pour les variétés vigoureuses, respectez 40 à 50 cm entre chaque plant. Paillez le sol dès la plantation ; attention, les cosses de fèves de cacao favorisent la pourriture grise. En culture sous abri, aérez la journée pour limiter l’hygrométrie. Préférez les plants certifiés, reconnus exempts de maladies. Associez fraisier et ail, chicorée, épinard, haricot, laitue, oignon, menthe, phacélie, poireau, pyrèthre, thym ou tomate, mais évitez le chou.

PRINCIPAUX ENNEMIS

  • Pourriture grise : nuisible aux fleurs et aux fruits, cette maladie fongique fait brunir les tissus, puis forme un feutrage grisâtre par forte hygrométrie. On l’observe avant ou après récolte. Botrytis cinerea est aussi un pathogène de blessures et de faiblesse, virulent sur les fraisiers mal cultivés (plants trop serrés, excès de fumure azotée, manque d’aération sous abri). Proscrivez l’arrosage par aspersion en présence de fruits, supprimez régulièrement les vieilles feuilles. Si besoin, traitez avec Bacillus amyloliquefaciens (Amylo-x jardin), Bacillussubtilis (Texio), laminarine (Vacciplant jardin) ou Saccharo-myces cerevisiae (Julietta garden).
  • Taches foliaires : les deux maladies les plus fréquentes sont dues à des champignons : Marssonina fragariae (petites taches circulaires, d’abord rouges, puis pourpres à brun foncé, dont l’aspect rappelle des marques de stylo feutre), Mycosphaerella fragariae (petites lésions sur les jeunes feuilles, puis taches rouges plus ou moins arrondies à centre gris clair ou blanc, se perforant en fin de cycle ou provoquant un dessèchement). Traitez les variétés sensibles avec de l’hydroxyde de cuivre, de l’oxyde cuivreux ou du sulfate de cuivre (bouillie bordelaise). Supprimez les feuilles malades et desséchées en fin de production.
  • Pucerons : colonies de petits insectes jaunes, verts, rosâtres ou bruns, selon les espèces. Feuilles et jeunes pousses poisseuses, recouvertes de miellat, puis de fumagine noirâtre. Le puceron vert du fraisier apparaît le premier, mais le puceron jaune est le plus nuisible, car il peut transmettre le virus de la maladie du bord jaune des feuilles, avec un léger enroulement. Piégez avec des plaques jaunes engluées disposées au-dessus des fraisiers. En culture sous serre, en particulier pour les maraîchers, équipez les ouvrants de filets anti-insectes à mailles fines, en renforçant au besoin par des lâchers de larves de chrysope verte (Chrysoperla carnea) ou de pupes de syrphe (Sphaerophoria rueppellii). Laissez agir les auxiliaires naturels (mycoses d’insectes, prédateurs, parasitoïdes). Sinon, traitez les foyers avec un insectifuge à base de purin de fougère, lavande, pyrèthre, rhubarbe ou tanaisie. 

Panique sur le fraisier 3

J. Valentin |


Bonne pratique : Maîtriser la drosophile asiatique des fruits

Originaire du Japon, la drosophile asiatique (Drosophila suzukii) sévit en France depuis 2009. Seuls les mâles (3 mm) possèdent une tache sombre à l’extrémité de chaque aile. Les petites larves blanches (asticots, photo du haut) parasitent la chair des fraises en cours de coloration. On compte six à dix générations par an. Pour éviter toute pullulation, raisonnez la fertilisation, n’espacez pas trop les cueillettes car les fruits à pleine maturité sont plus exposés aux pontes, veillez à la bonne aération des plantations (suppression des vieilles feuilles) et ramassez les fruits trop mûrs afin d’éliminer les pupes. Piégez pour identifier les vols et capturer ces moucherons en masse, un mois avant la date de maturation prévue des fruits. Pour cela, perforez une bouteille en plastique rouge, sur la partie haute et une seule face (vingt trous de diamètre 3 à 5 mm). Remplissez le fond de la bouteille avec un mélange attractif – 1 volume de vinaigre de cidre pour autant de vin rouge et d’eau, et quelques gouttes de produit vaisselle –, puis stockez au froid (5 °C). Installez le piège au niveau des fruits et relevez-le une à deux fois par semaine (selon le niveau de capture et de salissement de la solution). Seuls les mâles sont à comptabiliser. Dès les premières prises, installez un filet anti-insectes à mailles de 1,4 x 0,8 mm. Sinon, pulvérisez une solution à base de kaolin (argile blanche). Si besoin, renouvelez le traitement huit jours plus tard, sur feuillage sec et par vent faible.


 

 

Jérôme Jullien

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J. Jullien |