Panique sur l’aubergine

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Entre pucerons gourmands, pourriture grise et attaques de doryphores, mener ses plants d'aubergine à maturité peut devenir un vrai défi. Extrait du livre Panique au potager de Jérôme Jullien, cet article vous livre toutes les clés pour diagnostiquer les maladies dès l'achat, adopter les bonnes pratiques de rotation et utiliser les auxiliaires naturels contre les ravageurs. Transformez votre potager en un système résilient où fleurs compagnes et purins végétaux protègent vos récoltes.

J. Valentin |

Cet article est extrait du livre Panique au potager de Jérôme Jullien.

 

Diagnostic

Vous achetez vos plants ? Dans ce cas, vérifiez que les tiges sont indemnes de chancre à Botrytis cinerea, agent de la pourriture grise, surtout quand les aubergines sont très seréees entre elles sur les lieux de vente. En période chaude et sèche, observez au moins une fois par semaine les jeunes pousses et le dessous des feuilles pour identifier d’éventuels foyers d’insectes ou d’acariens ravageurs. Cette détection précoce permet d’agir vite pour empêcher une infestation généralisée.


Chancre à Botrytis cinerea sur une tige
J. Jullien |

Prévention

L’aubergine apprécie la compagnie du basilic. Si vous le pouvez, effectuez une rotation culturale pendant quatre ans au minimum sans Solanacees (poivron, pomme de terre, tomate…). Amendez le sol avant de planter avec du compost mûr ou du fumier bien décomposé, jamais frais. Vous pouvez utiliser des pieds d’aubergine greffés. Plus coûteux à l’achat, ils sont vigoureux et résistent à certaines maladies du sol (racines liégeuses) ou vasculaires (verticilliose). Plantez lorsque les températures nocturnes sont supérieures à 12°C, pas avant mi-mai dans la moitié nord de la France. N’enterrez pas le collet. Pour favoriser une bonne aération, espacez les plants de 50 à 60 cm sur le rang, en laissant au moins 80 cm à 1 m de large entre les rangs, et supprimez les feuilles basses à mesure de l’élongation des tiges. Proscrivez l’irrigation par aspersion, surtout en fin de journée. Arrosez au pied avec de l’eau tempérée si nécessaire, en complément d’un paillage.

 

Principaux ennemis

PUCERONS : ces petits insectes piqueurs-suceurs de sève sécrètent du miellat favorable à la fumagine, mais peuvent aussi transmettre des maladies à virus entraînant pied chétif, mauvaise nouaison, décolorations, déformations ou tâches sur feuilles et fruits. Désherbez et usez de la fumure azotée avec modération. Sous abri, installez des filets à mailles fines au niveau des ouvrants pour empêcher les pucerons ailés d’entrer. Laissez agir les auxiliaires naturels (coccinelles, syrphes, chrysopes…). Piégez les pucerons avec des panneaux jaunes englués suspendus au niveau de la végétation. Sous serre, les maraîchers effectuent un lâcher de petites “guêpes” (Aphelinus abdominalis, Aphidius colemani, Aphidius ervi) parasitoïdes de pucerons ou de cécidomyies aphidiphages (Aphidoletes aphidimyza). Vous pouvez à la place pulvériser du purin de fougère, lavande, rhubarbe ou tanaisie.


Pucerons
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POURRITURE GRISE : fréquent en serre, le champignon Botrytis cinerea, agent de la pourriture grise, sévit par temps frais et humide ou avec une forte hygrométrie sous abri. Observez des tâches beiges à brun clair délimitées, formant un chancre sur tige ou rameau, se recouvrant d’un feutrage grisâtre. La lésion peut présenter des arabesques. Le feuillage situé au-dessus jaunit et flétrit. Les fleurs infectées avortent, les fruits pourrissent ou se momifient. En complément de l’aération de l’abri de culture en journée, supprimez les feuilles et les résidus de culture contaminés, ainsi que les pieds très atteints.

 

Problèmes moins fréquents

OÏDIUM : tâches jaunes sur la face supérieure des feuilles, puis duvet blanc poudreux, tissus desséchés, surtout à partir de la fin d’été et en automne, mais également au printemps avec une hygrometrie élevée. Effectuez un traitement préventif avec un produit à base de soufre, une décoction de prêle, du bicarbonate de potassium ou du Cos-Oga (un stimulateur de défenses naturelles des plantes).

SCLÉROTINIOSE : pourriture blanche humide du collet ou de la tige, jaunissement puis flétrissement du feuillage. Proscrivez le fumier frais, fertilisez en potassium si besoin. Éliminez rapidement les pieds atteints.


Sclérotiniose
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TÉTRANYQUE TISSERAND : sous abri, mais aussi lors d’étés chauds et secs, dépigmentation des feuilles sous forme de petites ponctuations jaunes, puis dessèchement. Au revers du limbe, toiles soyeuses le long des nervures, parfois entre les ramifications, abritant des œufs, des larves et adultes d’acariens dotés de quatre paires de pattes, au corps ovoïde jaunâtre avec deux petites tâches noires de chaque côté, devenant rouge orange en été. Pulvérisez du soufre (action répulsive) en début de culture, puis laissez agir les auxiliaires naturels.


Tétranyques tisserands
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ALEURODE : en serre surtout, jaunissement foliaire provoqué par les piqûres de petites larves translucides visibles surtout au revers du limbe, vol de “mouches blanches”, fruits souillés par le miellat et la fumagine. Lutte préventive identique à celle des pucerons.


Aleurodes
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NOCTUELLE : plusieurs espèces rongent le feuillage et les fruits. Attrapez les papillons avec un piège à phéromones. Comptez huit à dix jours après le pic de vol pour traiter les jeunes chenilles avec un produit à base de Bacillus thuringiensis ou détruisez-les à la main.


Noctuelle
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DORYPHORE : très voraces, les larves comme les adultes peuvent défolier totalement l’aubergine. Il y a jusqu’à trois générations par an. Supprimez à la main les œufs jaunâtres sous les feuilles ou les formes mobiles. En cas de forte infestation, traitez avec une solution à base de pyrèthre végétal.

 

BONNE PRATIQUE : Comment éloigner les nématodes nuisibles ?

À côté de l’aubergine, cultivez de l’œillet d’Inde (Tagetes patula), du tagète des décombres (Tagetes minuta) et/ou du souci officinal (Calendula officinalis). Grâce aux substances répulsives et/ou nématicides sécrétées par leurs racines, ces jolies plantes à fleurs empêchent l’infestation de la culture par les nématodes nuisibles qui vivent dans le sol.

 

Jérôme Jullien

 

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