Panique sur la betterave

Article publié le
Si les ennemis de la betterave souterrains sont redoutables, ce sont souvent ses feuilles qui lancent l'alerte : taches foliaires, galeries de mineuses ou appétit vorace des limaces peuvent compromettre la récolte. Cet article, extrait du livre Panique au potager de Jérôme Jullien, vous apprend à décoder ces signes précoces. Découvrez les meilleures stratégies de rotation, les associations de plantes protectrices et les remèdes naturels pour garantir des racines saines et une conservation longue durée.

J. Valentin |

Cet article est extrait du livre Panique au potager de Jérôme Jullien.

 

Diagnostic

La betterave potagère est exposée à plusieurs maladies et ravageurs, dont les plus graves sont racinaires, donc difficiles à identifier, mais peu fréquents. En revanche, les bioagresseurs du feuillage sont courants et plus faciles à maîtriser, par des interventions raisonnées.

 

Prévention

Respectez de bonnes pratiques culturales (voir bonnes pratiques en bas de l’article). Associez la betterave au chou-rave, à la coriandre ou à l’oignon. Amendez le sol dès l’automne précédant la culture, avec du fumier décomposé (2 à 3 kg/m2) ou du compost mûr, puis fractionnez les apports de fumures en période végétative : engrais organique azoté après le premier binage au stade 5-6 feuilles, puis engrais potassique au début du grossissement des racines. Paillez sur le rang.

 

Principaux ennemis

TACHES FOLIAIRES : les deux principales maladies fongiques des feuilles sont la cercosporiose (tâches circulaires, souvent nombreuses, de 2-5 mm de diamètre, à centre gris clair et à bordure brun rougeâtre ou rouge violacé, d’abord sur les vieilles feuilles, se perforant à terme et desséchant le limbe), transmissible par les graines, et la ramulariose (tâches foliaires brun clair, dès la fin juillet, plus larges et irregulières que celles causées par la cercosporiose et parsemées de petits points blancs visibles à la loupe, dessèchement des tissus, surtout des feuilles les plus âgées). Contre ces deux maladies, préférez des variétés tolérantes comme ‘Bolivar’, ‘De Detroit 2’ ou ‘Rouge globe améliorée 2’. Les traitements à base de soufre réalisés contre l’oïdium limitent uniquement la ramulariose.


Cercosporiose


Ramulariose
J. Jullien |

MOUCHE MINEUSE : l’asticot de cette mouche, appelée “pégomyie”, fore des galeries d’aspect blanchâtre entre les épidermes des feuilles, qui se dessèchent. Après la nymphose émerge une petite mouche gris brun aux ailes claires. Cet insecte hiberne dans le sol sous forme de pupe. On compte jusqu’à trois générations par an. Disposez des panneaux jaunes englués au-dessus de la culture pour piéger les adultes avant la ponte. Laissez agir les auxiliaires naturels, notamment des petites guêpes qui pondent dans les œufs de la mineuse, entrainant leur avortement. Pulvérisez du purin de fougère, rhubarbe, lavande, pyrèthre ou tanaisie. Supprimez les feuilles infestées.


Dégâts de pégomyie
J. Jullien |

LIMACES ET ESCARGOTS : ces défoliateurs sont très actifs par temps humide. Ils dévorent les feuilles en laissant derrière eux des traces de mucus, contrairement aux chenilles. Piégez-les avec une boîte semi-enterrée, remplie de bière et d’eau à parts égales ou déposez des morceaux de légumes (pomme de terre, navet, carotte…) sous une tuile, une planche ou un pot de fleurs, dont le bord est relevé, puis éliminez les captures. Épandez sur le sol de la cendre ou de la sciure de bois. Sinon, traitez le sol avec du purin d’absinthe ou de fougère non dilué ou, en dernier recours, épandez des granules à base de phosphate ferrique.


Limace
J. Jullien |

 

Problèmes moins fréquents

PUCERONS : avant que ces insectes ne crispent les feuilles, pulvérisez du purin de fougère, rhubarbe, lavande, tanaisie ou une solution à base d’huile de colza ou d’huile essentielle d’orange douce.

NOCTUELLES DÉFOLIATRICES : morsures des feuilles et du cœur par des chenilles glabres, beiges, grisâtres, verdâtres ou brunes, avec des rayures ou des tâches, selon l’espèce et le stade. Nombreuses déjections agglomérées. Les semis précoces y sont moins exposés. Traitez si besoin avec du Bacillus thuringiensis.


Noctuelle défoliatrice
J. Jullien |

OÏDIUM : à partir de juillet, par températures de 23-26 °C en situation orageuse ou après la rosée, revêtement blanc poudreux sur les deux faces des feuilles, jaunissement et dessèchement. Raisonnez les apports de fumure azotée. Si besoin, pulvérisez du soufre ou une décoction de prêle.

POURRITURE RACINAIRE : plusieurs agents pathogènes peuvent altérer le pied de betterave. Les feuilles jaunissent, puis s’affaissent sur le sol. Certaines maladies (rhizoctone violet, sclérotiniose) poursuivent leur développement sur les betteraves récoltées. En cas d’attaque, éliminez rapidement les plantes atteintes.

LARVES DU SOL : plusieurs insectes (noctuelles, taupins, tipules…) rongent le collet ou la racine pivot. Dès la détection de dégâts, déterrez le plant atteint et détruisez la larve.

 

BONNE PRATIQUE : Bien cultiver pour éviter les maladies

Avant de traiter l’oïdium, la rouille et autres taches indésirables, il est essentiel de respecter quelques bonnes pratiques de culture pour limiter les risques de développement. Tout d’abord, une rotation pendant trois à quatre ans sans plantes de la famille des Chénopodiacées (arroche, betterave, poirée, épinard, tétragone). Le semis se fera de février à juillet (surtout d’avril à juillet) selon les régions et les variétés, à bonne densité (30-35 cm entre les lignes, deux éclaircissages sur les rangs, au stade 2-3 feuilles puis 5-6 feuilles, pour laisser un plant tous les 15 cm). Un repiquage est également possible. Optez pour un arrosage localisé au pied, ou par aspersion tôt le matin. Enfin, stockez les betteraves récoltées dans un silo propre, frais et aéré ou dans du sable lavé.

 

Jérôme Jullien

 

À lire aussi
Potager
24,90