F. Schmidt |
Cet article est extrait du livre Le jardin aux 3 zones – Le concept Hortus en pratique de Markus Gastl.
Dans la pratique, il suffit de créer trois zones en appliquant les principes fondamentaux mentionnés dans cet article. Chacune de ces zones est clairement définie, remplit des fonctions bien précises et se caractérise également par un réseau d’interconnexions très dense. Peu importe la surface, vous pouvez créer, grâce à ces trois zones, un réseau de biodiversité et des cycles de vie complets pour les plantes et les animaux. Les jardins peuvent varier en taille, allant de 200 m² à un hectare par exemple.
À noter
Si le concept de base fonctionne indépendamment de la taille ou de la forme du jardin, tout n’est pas possible partout. Par exemple, sur une parcelle de 400 m², on ne peut pas laisser des cochons en liberté, pour éviter de retourner la terre ; et sur un demi-hectare, il faudrait faire appel à un grand nombre de canards (coureurs indiens) pour venir à bout d’un problème d’escargots… Par ailleurs, un jardin de ville n’est que partiellement adapté à l’autosuffisance alimentaire et doit répondre à des exigences différentes de celles d’une arrière-cour à la campagne.
La fameuse poule aux œufs d’or – capable de satisfaire tous les souhaits et besoins tout en n’exigeant aucun effort – n’existe pas, ni dans les jardins ni dans aucun autre domaine. Cependant, si vous souhaitez que votre jardin se distingue par :
- une véritable biodiversité ;
- une beauté naturelle ;
- et des bénéfices multiples…
… mettez en place un jardin aux 3 zones !
Les trois zones, de l’extérieur vers l’intérieur de la parcelle, sont les suivantes :
- La zone A (ou zone tampon) est une haie diversifiée composée d’espèces indigènes avec des habitats complémentaires spécifiques, située en bordure de la parcelle, avec des fonctions équilibrantes sur le plan spatial et nutritif.
- La zone B (ou zone maigre « hotspot ») est un espace de prairie et de rocailles conçu pour maximiser la biodiversité. Elle accueille le plus grand nombre possible d’insectes et de fleurs dans un jardin.
- La zone C (ou zone de production) est un potager central, géré de manière durable selon les principes de la permaculture, pour un apport complémentaire en aliments sains autoproduits.
Différentes dispositions sont possibles pour les trois zones. Il est important de procéder de l’intérieur vers l’extérieur : au centre, la zone C ; à l’extérieur, la zone A ; et entre les deux, la zone B.
Dans l’idéal, les zones sont disposées en cercles concentriques, mais elles peuvent aussi prendre la forme de demi-lunes ou de structures parallèles. Dans le meilleur des cas, les zones peuvent s’étendre sur une grande surface ; à l’inverse, elles peuvent concerner de très petites surfaces, comme une terrasse ou un balcon… Le concept des trois zones est donc applicable indépendamment de la taille du terrain. Cependant, une chose est certaine : plus la surface aménagée est étendue, plus l’impact positif sur la biodiversité sera important, et plus l’équilibre qui en résultera sera stable !
Les trois zones de votre jardin sont à aménager simultanément. Au fil des années, vous les développerez et les étofferez progressivement. En procédant ainsi, vous permettez dès le départ l’établissement d’interconnexions, qui se densifieront avec le temps. Peu importe la situation initiale, l’aménagement des trois zones est réalisable – que vous partiez d’une prairie surfertilisée, d’un terrain en friche dans un quartier en construction, d’un jardin existant qui ne vous plaît plus ou d’une jungle envahie par la végétation. Dans tous les cas de figure, il s’agit de superposer le concept des trois zones à la situation existante.
Avant d’entreprendre des changements dans un jardin où poussent déjà des arbres et des arbustes, où l’espace est aménagé, prenez le temps de le parcourir lentement et souvent. Imprégnez-vous des lieux, observez tous les éléments avec attention. Si vous reprenez un jardin déjà aménagé, réjouissez-vous ! Chaque jardin est unique dans son expression, façonné et entretenu pendant des années, voire des décennies. Son charme irremplaçable mérite peut-être d’être partiellement préservé.
Le passé de votre jardin
La structure du terrain et le choix des plantes en disent long sur le précédent propriétaire du jardin.
Sentez-vous qu’il avait plaisir à travailler au jardin, ou était-il animé par une obsession maniaque de l’ordre ? Les plantes ont-elles été choisies et plantées à bon escient ou s’agissait-il d’achats irréfléchis ? L’agencement existant comprend-il une haie brise-vue ou le jardin est-il offert aux regards ? Voyez-vous de la vie, des animaux… et où se trouvent-ils ? Peut-être y a-t-il de grands arbres ou des zones ombragées, dominées par des orties, de la mousse ou d’autres plantes. Peut-être des endroits où des légumes ont déjà été cultivés, modifiant le sol au fil du temps. Voyez-vous des zones humides ou sèches ? Le terrain est-il en terrasses, avec des bosses et des creux, ou est-il plat ? Y a-t-il une pente avec une exposition au sud ou une ombre profonde au nord ?
Les réponses à toutes ces questions vous aident à ressentir et à comprendre le jardin dans son essence et à le métamorphoser avec un minimum de perturbations.
Les terrains « nus » sont également des points de départ pour l’aménagement d’un jardin. Une friche, un champ ou un terrain remblayé, décaissé avec des monticules sont de parfaits candidats pour un jardin aux trois zones. Soyez heureux de commencer sur un terrain nu, car vous vous aventurez en terre vierge et pouvez tout façonner dès le départ, sans avoir à tenir compte de choix maladroits du passé.
Les trois étapes vers le jardin aux 3 zones
Avant de commencer, gardez à l’esprit que le terrain sur lequel vous jardinez ne vous est confié que pour quelques années, ou tout au plus quelques décennies. Vous ne posséderez jamais cette terre, car après votre départ, elle sera toujours là. Il serait illusoire de croire qu’un successeur prenne soin du jardin dans l’esprit que vous lui avez donné. Le jardin est donc, quoi qu’il arrive, soumis à un changement dynamique et finira tôt ou tard par se transformer. Un jardin ne peut donc être rien d’autre qu’une expérience limitée dans le temps et reste toujours un système artificiel. La véritable nature ne pourra jamais s’exprimer pleinement, car les durées sont trop courtes pour cela.
Cependant, il est possible, dans certaines limites, de reproduire la fonctionnalité de la nature, ce qui est précisément l’objectif du concept des trois zones. L’idée d’un état immuable est, dès le départ, une impasse intellectuelle. Le gazon anglais impeccablement tondu, les arbustes taillés en formes diverses et variées, et la haie soigneusement entretenue sont, sur le long terme, une utopie. Dès que vous relâchez, ne serait-ce qu’un tout petit peu, vos efforts pour maintenir un état stable et souhaité, la dynamique de la nature se manifeste et l’évolution prend une autre direction. La force de la vie trouve toujours son chemin ! La nature se transforme constamment ; le changement la caractérise. C’est pourquoi vous allez expérimenter et, ce faisant, découvrir les merveilles de la faune et de la flore locales. Considérez votre jardin comme une expérience temporaire, vous en êtes le maître d’œuvre. Lancez-vous avec audace dans les premières transformations !
Si vous partez d’un terrain nu
Les deux premières étapes ci-dessous n’ont pas lieu d’être. Réfléchissez plutôt à la distribution spatiale de la qualité de votre sol. Sur une portion de prairie, le sol est généralement assez homogène, mais sur un terrain de construction neuve, des différences importantes dans la teneur en nutriments peuvent exister selon les endroits, car la matière organique et les substrats divers ont été déplacés et mélangés. Cette hétérogénéité du sol jouera probablement un rôle dans la conception des trois zones, lorsqu’à la troisième étape, vous diviserez l’espace dans le jardin.
Première étape : l’inventaire
Faites l’inventaire des plantes de votre jardin. Réfléchissez à ce que vous souhaitez absolument garder lors d’une restructuration. Soyez intransigeant dans votre questionnement et laissez-vous surprendre par les réponses.
Pourquoi ce coin vous plaît-il tant et celui-ci pas du tout ? Quelles plantes se développent majestueusement, et lesquelles ont « mauvaise mine » ? À votre avis, pourquoi a-t-on planté ici et non là-bas ? Était-ce pour couper la vue des voisins, fournir de la nourriture ou comme décoration ? Ouvrez un guide botanique et comparez vos plantes avec les illustrations. Renseignez-vous sur leur origine, leur utilité, leur famille botanique et leur fréquence. Lorsque vous êtes certain de connaître les plantes présentes et leur valeur écologique, vous êtes prêt pour l’étape suivante.
Deuxième étape : la séparation
Ce processus peut être douloureux, mais il est généralement nécessaire pour améliorer les choses. De quoi voulez-vous, pouvez-vous et devriez-vous vous séparer ? Soyez systématique et intrépide ! Trois priorités sont particulièrement importantes :
- la luminosité et l’ensoleillement ;
- le patrimoine végétal indigène ;
- un jardin facile à entretenir à l’avenir.
Après avoir repéré le sud, d’où vient théoriquement le plus de lumière, commencez par un éclaircissage ciblé. Un grand et magnifique rhododendron, même s’il vient d’Asie, sera apprécié et conservé, car il a mis des décennies à développer sa splendeur. En revanche, ce sapin bleu planté il y a dix ans sous forme d’arbrisseau, qui atteint aujourd’hui 5 m de haut et ombrage largement une partie du jardin, sera abattu sans hésiter. Car dans dix ans, cet arbre aura doublé de taille et vous aurez besoin d’une entreprise spécialisée pour son abattage. Dans presque tous les jardins, on trouve des arbres (souvent des conifères) qui, en grandissant, sont devenus ingérables de par leurs proportions préoccupantes, en hauteur comme en largeur. Les arbres qui restent véritablement petits sont onéreux et, pour cette raison, rarement présents dans les jardins. De plus, la valeur écologique des conifères est faible. Ils n’ont ni fleurs, ni fruits, ni feuilles capables de nourrir une multitude d’animaux.
Lorsque vous commencez à scier et à abattre des arbres et des arbustes, vous accumulez des branches, du bois mort et des troncs. Dès la phase de séparation, épargnez-vous du travail : le bois n’est ni transporté vers un autre lieu, ni débité pour le chauffage, mais utilisé pour créer vos premières structures en faveur de la biodiversité.
En quelques années seulement, de petits conifères peuvent ombrager de vastes zones d’un jardin. L’abattage d’un seul arbre fait de nouveau entrer la lumière. Pour cela, on fera appel à des personnes familières avec l’usage d’une tronçonneuse en toute sécurité.
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Que faire avec le bois coupé ?
Empilez des tas de branchages ou de bois mort. Faites appel à votre créativité dès le début de votre nouveau jardin ! Pourquoi ne pas empiler les branchages, non pas en tas brut, mais en forme de serpent, symbole protecteur de la diversité naissante ? Ou préférez-vous les façonner en claies qui structurent les chemins et protègent l’accès aux espaces ainsi créés ? Les troncs peuvent être entassés en pyramides ou transformés en simples bancs et les branches les plus longues utilisées pour délimiter un massif surélevé ou d’autres structures.
Les branches et brindilles de petit diamètre pourront peut-être aller dans des buttes de culture. Les gros troncs servent à créer de futurs tas de bois mort. Laissez libre cours à vos idées : ce bois peut être utilisé pour des clôtures, des tas de branchages, etc.
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Des arbustes sont recépés, c’est-à-dire que vous coupez ou pincez toutes les branches près du sol, ou que vous déterrez complètement les arbustes exotiques. Mises à l’air, ces souches enrichissent immédiatement la diversité structurelle et peuvent être laissées directement sur place : elles sont du futur bois mort.
Le gain de lumière est considérable : l’ancienne structure du jardin redevient visible et le chalet est dégagé de nouveau. On se retrouve avec de grandes quantités de troncs, de branches et de brindilles.
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Selon les situations, votre degré de radicalité et vos goûts, voici ce qui quittera votre jardin :
- Tous les conifères, c’est-à-dire les plantes qui conservent leurs aiguilles en hiver (thuyas, cèdres, épicéas, cyprès, sapins, douglas…). En effet, la plupart des conifères ne sont pas indigènes, ne se trouvent naturellement qu’en altitude et ne fournissent pas de précieuses feuilles en automne – la seule exception est le mélèze, qui perd ses aiguilles chaque automne.
- Tous les arbustes ornementaux exotiques, comme le forsythia, dont les fleurs dépourvues de nectar sont inutiles, ou la corète du Japon à fleurs doubles, sans intérêt pour les insectes pollinisateurs. Cela inclut aussi les arbustes introduits dans nos jardins depuis seulement une trentaine d’années. Il s’agit d’assortiments standard, écologiquement insignifiants, car leur courte présence n’a pas permis d’établir des interactions avec les insectes, par exemple. Parmi eux, on trouve le callicarpe, l’aubépine à fleurs rouges, le deutzia, le kolkwitzia, le lyciet, les Philadelphus, le sumac et les spirées.
- Toutes les autres plantes exotiques nécessitant beaucoup d’attention et des soins réguliers. Ils sont facilement repérables grâce aux produits vendus spécifiquement, bien visibles dans les rayons des jardineries : terreaux spéciaux, engrais, fortifiants, etc., par exemple pour les rosiers nobles, hortensias, clématites à grandes fleurs et rhododendrons.
- Les haies monospécifiques. Une haie de charmes, par exemple, peut être diversifiée avec d’autres arbustes. De plus, les haies taillées au carré doivent être régulièrement entretenues, elles sont exigeantes en travail.
- Toutes les plantes en pots et en bacs qui sont rachetées chaque année pour leurs couleurs ou qui, étant gélives, doivent être transbahutées à la cave en automne puis remises en place au printemps. Optez plutôt pour des vivaces rustiques, écologiques et esthétiques.
- Toutes les plantes qui vivotent, dépérissent ou qui, pour une raison ou une autre, ne se développent pas bien. Leur habitat n’est pas adapté et elles ne seront jamais belles.
Les arbres fruitiers ont souffert du manque de lumière. Plusieurs éléments du jardin réapparaissent dont un étang et un bassin. La voie est libre pour un nouveau design.
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En revanche, épargnez d’autres plantes qui, elles, restent dans le jardin :
- Les vieux arbres fruitiers (avec ou sans bois mort dans le houppier). La valeur biologique d’un vieux pommier, par exemple, ne peut être remplacée, même par la plantation de 50 nouveaux pommiers. Le bois mort dans ces arbres, dans la cime ou sur le tronc, est un micro-habitat essentiel pour de nombreux êtres vivants. La présence de lichens ou de mousses est un bon indicateur biologique.
- Les saules de toutes sortes peuvent être régulièrement recépés. Repoussant depuis la base, ils ne causent pas d’ombrage excessif. Leur bois tendre nourrit de nombreuses larves d’insectes.
- Les arbustes sauvages indigènes. Roses sauvages, prunelliers, aubépines, arbustes à baies, etc. ont des floraisons magnifiques et n’ont nul besoin d’être entretenus. Avec une taille appropriée au centre, on peut les garder compacts. Leurs fleurs, fruits et feuilles nourrissent une multitude d’êtres vivants.
- Les grands arbres feuillus indigènes, comme les chênes, les érables, les noyers, par exemple, doivent être évalués au cas par cas, en mettant sur la balance le gain de lumière et la perte de l’arbre.
Avec un peu de chance, vous ne vous retrouverez pas face à un terrain complètement dépourvu de végétation une fois la deuxième étape achevée. Vous pourrez alors intégrer les plantes restantes et les nouvelles structures créées dans le concept des trois zones.
Troisième étape : la division de l’espace
C’est maintenant le moment de réfléchir à l’agencement concret de nos trois zones.
Sur une feuille de papier, faites un petit schéma avec les trois zones. Ajoutez-y vos souhaits personnels tels qu’un coin barbecue, une terrasse, un bac à sable, etc. Ainsi, les attentes spécifiques envers votre jardin se refléteront dans votre esquisse. Essayez d’établir une haie sur tout le pourtour de la parcelle. Seule la bordure sud, correspondant à la zone A (zone tampon), sera aménagée de manière plus aérée ou principalement avec des arbustes bas, afin de garantir un ensoleillement maximal. Le potager, soit la zone C, est idéalement situé à proximité de la maison ou de la terrasse, au soleil ou à la mi-ombre pour les jardins plus méridionaux. Le chemin vers vos récoltes ou vos herbes aromatiques fraîches doit être le plus court possible. Toutes les surfaces restantes et les espaces de transition seront à concevoir en zone hotspot (zone B).
Le réseau des chemins et les clôtures
L’ensemble du terrain est doté d’un réseau de sentiers. Dans l’idéal, ces chemins longent les frontières, là où deux zones différentes se côtoient, mais ils peuvent également y mener ou les traverser. Un chemin principal permet de faire le tour du jardin : vous aurez envie de l’emprunter souvent, avec plaisir. Des chemins secondaires et des culs-de-sac desservent les parties du jardin moins fréquentées. Des clôtures et des éléments séparatifs le long des sentiers isolent bien certaines zones du jardin. Pour la protection des animaux et des plantes, ces espaces délimités ne sont que rarement dérangés lors de travaux d’entretien.
Voici deux types de clôtures simples à mettre en œuvre :
- La clôture en saule. Enfoncez deux pieux dans le sol, puis clouez ou vissez trois planches horizontalement du même côté. La planche inférieure touche presque le sol, la planche supérieure arrive quasiment au niveau du haut des pieux. Tressez ensuite des tiges de saule verticalement à partir du haut, en alternant gauche, droite, gauche. La tige suivante passe d’abord à droite, gauche, droite et ainsi de suite. Si vous enfoncez les tiges dans le sol à environ 5 ou 10 cm de profondeur, beaucoup prendront racine et formeront une clôture vivante. Vous choisissez vous-même l’espacement des tiges. Un tressage serré comme un tressage plus lâche ont chacun leur charme. À la fin, coupez les tiges trop longues et votre clôture créative est terminée.
- La clôture en branchages. À intervalles réguliers, là où doit passer votre future démarcation, enfoncez dans le sol des branches épaisses ou des pieux, en rangée simple ou double. Autour de ces poteaux de soutien verticaux, tressez lâchement d’autres branches horizontalement ou déposez-les entre les poteaux. Avec le temps, un entrelacs de brindilles se forme, gagnant progressivement en hauteur. Coupez simplement les branchettes dépassant sur les côtés. Pour renforcer la stabilité de l’ensemble, des branches plus droites peuvent être insérées en diagonale. Tous les « déchets » de coupe provenant des arbustes et des arbres sont ainsi réemployés dans cette palissade.
Clôture en saule tressée verticalement.
Une clôture en saule peut bien sûr être tressée horizontalement, mais il faut alors enfoncer davantage de poteaux verticaux.
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La ganivelle
C’est une clôture magnifique que l’on trouve dans le commerce. Les échalas et les poteaux sont en bois de châtaignier. Grâce à sa teneur naturellement élevée en tanins, ce bois résiste très bien à l’humidité et aux champignons. Les poteaux sont simplement enfoncés dans le sol et les ganivelles, souvent livrées en rouleaux de 10 mètres linéaires, se fixent à l’aide de clous. Il existe différents écartements entre les échalas et différentes hauteurs. Cette clôture s’intègre harmonieusement dans un environnement naturel.
Les chemins bien encadrés par des clôtures de toutes sortes empêchent également les chats d’attraper les passereaux. Le temps qu’ils franchissent ou contournent la clôture, l’oiseau se sera sans doute envolé. Pour que les sentiers restent praticables, la couverture végétale y est régulièrement tondue (à la tondeuse ou avec d’autres outils de coupe). Vous déciderez de la largeur de ces sentes, tantôt étroites, tantôt plus larges. Leur tracé n’est ni rectiligne ni à angle droit, mais épouse le relief existant, contourne la végétation présente et délimite les trois zones.
Cette clôture en saule tressée verticalement délimite un sentier à travers la zone tampon. Le sentier ne suit pas un tracé rectiligne, il serpente au contraire, s’élargissant par endroits et se rétrécissant
à d’autres.
Avec l’expérience acquise dans le tressage des tiges de saule, il est possible de concevoir des éléments de clôture très créatifs.
Une clôture de branchages, en forme de serpent. Au fil des années et des rajouts
de matériaux, elle prend de la hauteur. La transition vers la haie de Benjes se fait en toute fluidité.
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La configuration des 3 zones
Dans l’idéal, l’habitation et son potager attenant se situent au centre de la parcelle, et les deux autres zones se trouvent autour, un peu comme des anneaux protecteurs. Cette disposition idéale n’est parfois pas réalisable, parce que la maison se trouve en bordure ou à l’extrémité du jardin. Dans ce cas, on dispose les trois zones en demi-lunes. Les trois zones ne sont pas figées dans leur forme, mais s’adaptent à chaque espace. Prévoyez alors simplement des lignes sinueuses ou des structures parallèles. La surface que vous allez attribuer à chaque zone dépend de vos attentes. Si vous souhaitez récolter beaucoup de légumes, la zone C (zone de production) doit être généreusement dimensionnée. Si vous voulez être entouré de papillons et d’autres beaux insectes, la zone B (zone hotspot) aura la part belle. Si enfin vous désirez prendre vos distances avec les voisins, augmentez la largeur de la zone A (zone tampon).
Le potager (zone C) est toujours proche de l’habitation. Ici, la zone potagère n’est pas accolée à la maison afin d’éviter l’ombre de celle-ci si l’on recherche un ensoleillement maximal vers midi.
Les habitants n’ont pas de zone potagère au nord de la maison. Les planches de culture sont à l’ouest ou à l’est du bâtiment.
On entend souvent dire qu’avec un petit jardin, on ne peut rien faire pour protéger la nature…
Mais si plusieurs propriétaires se mettent d’accord et planifient de concert
les surfaces en sortant du cadre des parcelles, les interconnexions sont optimales. Chacun sa zone de production et les autres zones sont moins morcelées.
À retenir
L’essentiel est que les trois zones soient toutes présentes et disposées dans le bon ordre : à l’extérieur, la zone A, puis la zone B et, au centre, près de la maison, la zone C. Chacune des trois zones joue, à sa manière, un rôle crucial dans le système global du jardin.
La plantation des arbres
Si vous souhaitez avoir des arbres dans votre jardin, plantez-les en priorité, en tenant compte du volume adulte prévu et de l’ombrage qu’ils projetteront. Réfléchissez longuement avant de planter un arbre, en pesant soigneusement ses avantages et ses inconvénients. Les arbres fruitiers, par exemple, existent dans toutes les variétés courantes en haute-tige vigoureuse, en demi-tige de taille moyenne, en basse-tige compacte ou en arbre colonnaire. Les fruits récoltés sont les mêmes, mais l’espace requis varie considérablement.
La répartition de l’humus
- Un sol fertile, arable, n’est nécessaire que dans la zone C, au potager.
- Comme on le verra un peu plus loin, une bonne terre n’est pas nécessaire, voire indésirable dans la zone B. Ici, le sable, le gravier ou un matériau drainant constituent les substrats de départ les plus adaptés. Ce matériau devra peut-être être acheté ou récupéré puis acheminé dans la zone B par camion ou brouette. Il se peut aussi que vous deviez retirer la bonne terre de cette zone.
- Dans la zone A, la quantité d’humus importe peu : vous pouvez en retirer ou en déposer selon vos besoins.
Une fois que les dimensions du potager, près de la maison, sont définies, retirez la couche de terre fertile de la future zone B et éventuellement de la zone A, à l’aide d’une pelleteuse ou à la main, puis transportez-la vers la zone C. Ainsi, vous évitez d’acheter et de vous faire livrer de la terre végétale pour l’ensemble de votre terrain. Vous déplacez simplement la terre humifère là où elle est utile, c’est-à-dire dans la zone C.
L’humus et les nutriments qu’il contient sont déplacés de la zone B vers la zone A – et surtout vers la zone C. Après la création des trois zones, ce transfert sera maintenu et complété par des interventions régulières. De par les récoltes, la matière organique dans la zone de production (zone C) s’amoindrit ; elle est en partie reconstituée par les déchets de cuisine, etc. Dans la zone hotspot (zone B), grâce à l’énergie du soleil, les plantes poussent… La décomposition de cette matière organique sur place serait préjudiciable à la biodiversité recherchée.
La création de reliefs
Les terrains plats manquent souvent d’intérêt visuel et lassent le regard. Chaque creux et chaque monticule, au contraire, attirent l’attention tout en favorisant la biodiversité. Creuser une fosse fournit le matériau pour une butte, juste à côté, dont le sommet sèche plus rapidement, tandis qu’au fond du creux s’accumulera éventuellement de l’eau. En modifiant le relief, vous créez des pentes exposées au soleil au sud, des zones ombragées au nord… et même des parois abruptes. Lorsque l’on creuse profondément avec une machine, d’autres substrats, comme des pierres ou de l’argile, se retrouvent en surface. Ces matériaux ouvrent de nouvelles possibilités d’utilisation dans certaines parties du jardin. Les enfants adorent ces dénivellations. Le terme « jardin en cuvette » décrit au mieux le résultat obtenu lorsque de grands trous profonds sont creusés. En une heure, avec une pelle, vous serez surpris des transformations apportées. En deux heures, avec une pelleteuse, imaginez tous les changements possibles ! Vous pouvez également entièrement restructurer un terrain en pente avec des murets en pierres sèches et des terrasses, par exemple.
Si vous pouvez faire intervenir une tractopelle pour créer du relief, allez-y ! Pour créer rapidement des reliefs et donner du mouvement au jardin, c’est radical.
En plus de leur intérêt visuel, l’alternance de creux et de monticules, même modestes, correspondent à des zones humides ou sèches, favorisant ainsi la biodiversité.
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Markus Gastl
Pour mettre en place les 3 zones dans la pratique, nous vous invitons à vous référer au livre de l’auteur : Le jardin aux 3 zones – Le concept Hortus en pratique.



























