Jardin-paysage de Louisa Jones : zoom sur le plan de gestion | 4 saisons n°247

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Comment gérer un domaine de 7 ha en Sud-Ardèche, paradis de la biodiversité ? Pour y parvenir, Louisa Jones fait appel depuis plusieurs années à des intervenants pour l’aider à assurer l’entretien de l’ensemble de la propriété. Voici des précisions sur le plan de gestion, en complément de l’article présenté dans le n°247 (mars-avril) des 4 saisons.
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Partenaire jardinier-paysagiste principal de Louisa Jones, Jean-Marc Rieu intervient trois à quatre fois par an pendant un ou deux jours, sur le domaine de 7 ha situé en Sud-Ardèche. Il est secondé par Rémi Leculier, qui vient régulièrement pour les petits travaux.
S. Lapouge |

Louisa Jones présente ici les points principaux de leurs interventions… efficaces mais qui doivent aussi être “invisibles” !

  1. Nous décidons ensemble des perspectives à soigner (lisibilité des plans, mis en valeur de certains arbres ou pierres) et de l’accessibilité désirée. Il faut entretenir les pistes de l’espèce humaine sur ce pan de colline, tout en respectant les pistes des autres. Un long chemin où passent les sangliers sert aussi aux chasseurs ; on laisse venir ronces et fougères de part et d’autre.
  2. Choisir de conserver, arracher, déplacer ou tailler les semis spontanés (certaines espèces deviennent “envahissantes” : divers chênes, ailantes, acacias, lauriers tins et micocouliers). Nous avons mis au point une méthode d’intervention qui opère par section et par saison. Les ronciers sont conservés en “libre évolution” à une dizaine d’endroits. Dans l’ancienne pinède du haut, suite à la tempête de décembre 1999, j’ai régulièrement enlevé les semis de pins et planté divers feuillus. Ailleurs, les petits semis spontanés évoluent vers le stade pré-forêt. En bordure de muret, on peut simplement maintenir les petits chênes très bas. La taille des haies se fait hors période de nidification des oiseaux.


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  3. Bois mort : on laisse, on trie ou on l’enlève. Le grand eucalyptus de la prairie, presque mort en 2011, reprend vie, et tous les ans la proportion du vivant évolue favorablement. On n’enlève que ce qui pourrait être dangereux. Un peu partout, il y a des tas de bois coupé ; certains datent d’avant 2010. Ils sont beaux et utiles. On a également des composteurs un peu partout.
  4. Tontes des espaces ouverts : les prés naturels sont déjà très riches. Certaines terrasses ne sont jamais tondues ; d’autres, une ou deux fois par an, selon l’évolution des sites, l’hydrométrie, etc. On varie le tracé des chemins, et c’est aussi selon les visiteurs : Jean-Marc tond différemment pour les herboristes (pour avoir des plantes à des stades divers) et pour les architectes. Autour des maisons, la tonte est plus fréquente.


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  5. Circulation de l’eau : Rémi Leculier et Wim Florquin entretiennent les fossés de drainage au pied des murs, le long des axes principaux. Nous essayons tous de rétablir le système par lequel on peut remonter l’eau de la source principale vers le réservoir enterré en haut de la colline, mais ce n’est pas encore gagné.
  6. Jardin productif : Jean-Marc taille les fruitiers et les oliviers au printemps. Mais ils vieillissent et les sangliers et les frelons en profitent plus que moi. Mon potager est envahi de fleurs (sauges sclarées, salicaires, verveines, asters, etc.) appréciées par les abeilles sauvages. Il est peu productif mais ce n’est pas grave ; c’est l’effet de vivre seule, de plus en plus entourée de bons petits producteurs et de marchés… La treille à kiwis produit bien tous les ans.

Ce pan de colline offre un bon terrain d’expérimentations pour la gestion de la nature “sauvage”, en harmonie avec les cultures productives (y compris mellifères).


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Brigitte Lapouge-Déjean


Préserver pour la biodiversité de demain

Le jardin-paysage de Louisa Jones sera préservé grâce au dispositif ORE (Obligation réelle environnementale).
En quelques mots : le principe est simple, il s’agit d’un contrat que des propriétaires de biens immobiliers peuvent conclure avec une structure agissant pour la protection de l’environnement.
Les deux parties définissent ensemble les actions à mettre en place pour favoriser la biodiversité de la parcelle, leurs engagements respectifs et la durée pour laquelle ils souhaitent s’engager.
La particularité du dispositif : ces obligations sont attachées au bien immobilier et se transmettent aux propriétaires ultérieurs du bien.
Dans le cas du jardin de Louisa Jones, le Conservatoire d’espaces naturels Rhône-Alpes s’est engagé à mettre en œuvre les actions nécessaires à la conservation des milieux naturels et de la biodiversité associée à la parcelle.
Et pour aller plus loin, les fiches pratiques.