En métropole, la chayotte est encore peu cultivée.
O. Puech |
Cet article est extrait du livre Mes premiers pas au potager avec Olivier Puech de Olivier Puech.
Voilà une culture exubérante ! Il y a encore six ou sept ans, je ne la connaissais pas. Comment ai-je pu passer à côté d’une telle plante ? Elle est incroyable à tous points de vue.
Vous plantez une chayotte, et vous en récoltez 100, 200 cents, parfois plus ! Les fruits ont un goût délicat, qui se marie aussi bien avec des féculents que des viandes, poissons ou même des œufs. Le feuillage, quant à lui, est spectaculaire : un seul plant peut former une véritable jungle, couvrant plusieurs mètres carrés. C’est dire si la chayotte est à réserver aux grands potagers… ou à contenir soigneusement dans les plus petits, en la faisant grimper sur une clôture, une pergola ou toute structure prête à accueillir du végétal.
Voyons comment réussir sa culture, et quelles conditions réunir pour remplir des brouettes entières de ce légume aussi surprenant que généreux.
Le choix variétal
Le choix variétal est très limité sous nos latitudes. Dans la plupart des jardineries, on ne trouve qu’un seul type de chayotte, généralement une variété verte classique. Le véritable éventail de formes et de couleurs se rencontre en Amérique centrale, aux Antilles, à La Réunion ou encore en Asie du Sud-Est, où la plante est cultivée depuis des siècles. C’est donc logiquement que je cultive depuis plus de cinq ans cette variété verte, la plus adaptée à nos climats moins tropicaux.
Je sais qu’il existe aussi une variété blanche, réputée plus goûteuse et encore plus tendre. Il faudra que je l’essaye ces prochaines saisons. Mais la chayotte verte, avec sa forme de poire aplatie, nous satisfait déjà amplement. Épluchée, découpée en dés et revenue à la poêle, elle révèle toute sa valeur.
Pour vous procurer une chayotte à planter, il existe plusieurs solutions :
- Fouiller les sites Internet de semenciers, qui en proposent bien souvent.
- Chercher en jardinerie (où j’en ai déjà vu, hélas à un prix souvent excessif : 5 ou 6 € pour une chayotte !).
- Beaucoup plus économique : acheter une chayotte au rayon exotique des magasins bio. Choisissez-la de préférence issue de l’agriculture biologique, afin d’éviter tout risque de traitement antigerminatif. Là, le prix tombe bien souvent à moins d’un euro l’unité.
- Dernière option : demander à un ami jardinier qui la cultive déjà. Une seule chayotte conservée de la saison précédente suffit pour lancer la culture l’année suivante. Encore faut-il réussir à la garder tout l’hiver sans qu’elle ne pourrisse.
Une chayotte vous permet de faire pousser un plant, grâce auquel vous obtiendrez des récoltes abondantes.
O. Puech |
Faire ses propres plants
C’est presque un jeu – surtout avec les enfants – de faire pousser son plant de chayotte. Je dis bien « son » plant, car un seul suffit pour obtenir des récoltes très abondantes. Inutile d’en faire plusieurs, sauf à vouloir ouvrir un commerce de chayottes !
Au mois de mars, installez une chayotte dans un gros contenant. Choisissez un pot d’au moins cinq litres, rempli de terreau ou d’un mélange terre-terreau. Placez le légume couché, enterré aux trois quarts, en laissant la partie supérieure affleurer la surface. Arrosez pour humidifier le terreau : le plus gros du travail est fait.
Quelques attentions sont toutefois nécessaires. La chayotte va germer, puis développer des tiges capables de courir sur plusieurs mètres. Installez donc rapidement un système de tuteurage : par exemple, j’installe deux morceaux de roseau reliés par du grillage à mouton. Cela peut être aussi de la ficelle ou des cordes qui feront parfaitement l’affaire pour offrir des points d’accroche aux jeunes pousses.
Gardez le pot à l’intérieur, à température ambiante : en mars, il fait encore bien trop froid dehors, même sous abri, pour espérer une germination et une croissance régulières. Offrez au plant un maximum de lumière : derrière une baie vitrée, une fenêtre ensoleillée ou dans une véranda. Cela permet une photosynthèse optimale avec un feuillage bien vert, une croissance soutenue.
Deux mois plus tard, vous aurez un magnifique plant de chayotte prêt à être installé au potager, avec des lianes parfois grandes de plusieurs mètres !
Bien planter
Il s’agit d’une culture très gourmande : les clés de fertilité sont indispensables pour espérer de belles récoltes. Plantez votre chayotte en l’isolant, à au moins un mètre de distance d’avec les cultures voisines. La plante développe des racines vigoureuses, à la fois en profondeur et en périphérie. Il faut dire qu’un seul pied produit à la fois une quantité impressionnante de fruits et un feuillage luxuriant : il lui faut de l’énergie pour nourrir tout cela. Prévoyez donc un mètre carré de surface de sol bien riche par plant.
Avant la plantation, enrichissez généreusement :
- compost : 3 à 5 kg par mètre carré ;
- paillage varié : il se décomposera peu à peu, nourrissant le sol tout en maintenant l’humidité ;
- engrais organique complet : une poignée suffit à la plantation (je me contente même d’un tiers de poignée, le compost et le paillage apportant déjà leur lot de minéraux au fil des semaines).
À la plantation, décompactez largement, sur deux à trois fois la taille du pot. Ameublissez le sol pour assurer drainage, oxygénation et bon enracinement.
Prévoyez ensuite une structure conséquente pour accueillir ces lianes envahissantes. Après cinq ou six ans de culture, j’ai changé mes habitudes : au début, je l’avais installée au centre du potager. Mais d’année en année (car la chayotte est vivace et produit sur plusieurs saisons), elle projetait trop d’ombre et concurrençait les autres cultures. Désormais, je la cultive en bordure, où elle court sur mon abri de jardin sans gêner les plantations voisines. Je vous conseille d’en faire de même en évitant une implantation trop centrale, sauf à pouvoir lui laisser beaucoup de place dans un très grand potager.
Je vous conseille :
- de la planter au pied d’une structure existante : pergola, clôture solide, abri de jardin, structures d’ombrage…),
- ou de construire un support dédié, très solide et vaste : piquets, filets, grillages.
La vigueur est impressionnante : chez moi, quand elle était au centre du potager, je la faisais grimper sur des filets, puis sur des canisses, jusqu’à atteindre la cime d’un de mes oliviers… à presque sept ou huit mètres de haut ! C’est dire la puissance végétative de cette culture.
Le plant de chayotte peut atteindre plusieurs mètres en hauteur. Il est donc indispensable de le tuteurer.
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Bien entretenir
Après la plantation, l’entretien est simple : il faut surtout maintenir un sol bien humide. Inutile d’aider le plant à s’accrocher, la chayotte émet naturellement des vrilles qui s’accrochent au moindre support. Vous pouvez éventuellement tailler quelques pousses pour contenir le plant sur quelques mètres carrés plutôt que de le laisser tout envahir. Les récoltes seront alors un peu moins abondantes, mais néanmoins suffisantes : à vous de décider selon la place disponible.
Côté arrosage, le feuillage très dense entraîne des besoins importants en eau. Il faut que toutes ces feuilles puissent transpirer, se refroidir, que le plant fasse circuler la sève le long de ces mètres de lianes. Tout cela demande de l’eau. Dès que le temps devient chaud et sec, comptez un arrosoir tous les deux à trois jours par mètre carré. En période de canicule, à plus de 35 °C, n’hésitez pas à arroser chaque jour.
Enfin, pour l’exposition, privilégiez le plein soleil. Culture d’origine tropicale, la chayotte a besoin de cinq mois consécutifs à la fois de chaleur et sans gel pour fructifier correctement. Seules les régions les plus méridionales peuvent envisager une implantation légèrement ombragée, afin de limiter les risques de brûlure lors des étés particulièrement chauds et secs.
Quantités et espaces conseillés
Côté quantité, c’est vite vu : un seul plant suffit largement ! Si tout se passe bien, vous pouvez espérer récolter une centaine de chayottes, voire beaucoup plus. La météo joue un rôle décisif : plus l’été est chaud, plus la récolte sera généreuse. Certains jardiniers n’en obtiennent que 20 ou 30… mais c’est déjà formidable. À l’inverse, il m’est arrivé plusieurs années de dépasser les 250 fruits sur un seul pied !
Sachez aussi que la chayotte est une plante vivace, mais surtout sous climat tropical ou dans les régions aux hivers doux. Chez moi par exemple [à côté de Béziers], le plant passe sans souci l’hiver : je taille les lianes à ras en fin de saison, je paille le pied, et il résiste à des gels jusqu’à –5 °C. En revanche, sous climat plus froid, c’est difficile : si les hivers descendent régulièrement à –10 °C, il faudra cultiver la chayotte comme une annuelle.
Dans tous les cas, retenez qu’elle a besoin d’au moins cinq mois consécutifs sans gel pour mener sa production à terme.
Bien récolter
Comptez au minimum cinq mois entre la plantation et la récolte. Cela nous mène généralement à la mi-octobre si vous plantez vers la mi-mai. Les récoltes peuvent être un peu plus précoces lors d’un été remarquablement chaud, mais sinon, la patience est de mise pour savourer les premières chayottes. Ne soyez pas surpris si la floraison n’apparaît qu’en septembre. J’ai beaucoup de témoignages de jardiniers inquiets de ne rien voir venir début septembre, alors que c’est normal : tant que le cumul de chaleur n’est pas suffisant, la plante tarde à entrer en fructification.
En plantant mi-mai, la floraison apparaît en septembre…
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Une fois la floraison lancée, tout s’accélère. De minuscules chayottes apparaissent et grossissent rapidement de jour en jour. Le meilleur moment pour récolter est lorsque le fruit atteint le calibre souhaité, souvent la taille d’une paume de main. Les plus gros spécimens dépassent parfois 500 g, mais la plupart pèsent entre 250 et 350 g.
Imaginez : avec 200 fruits, cela représente près de 50 kilos de récolte ! Bien souvent, c’est beaucoup trop, d’autant plus que la conservation est limitée. Dans de bonnes conditions (au sec, à l’abri, au frais), on peut espérer les garder quatre à cinq mois maximum. Je les conserve dans mon abri de jardin : au garage, la température trop élevée fait pourrir les fruits en moins de deux mois.
… puis les chayottes pointent et grossissent très rapidement.
O. Puech |
Quoi qu’il en soit, cette culture conduit presque toujours à une récolte si abondante qu’on en partage la majorité. Nous n’en consommons que 5 à 10 kilos, et tout le reste est offert aux voisins, amis et famille : une belle occasion de faire découvrir ce légume que beaucoup ne connaissent pas encore.
Olivier Puech









