Conseils pour créer une forêt-jardin | 4 saisons n°240

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En quête d’autonomie, Philippe Boudias s’est installé il y a onze ans sur un terrain de 5 hectares, près d’Issoire, dans le Massif central. Chaque année, il a planté près de 200 arbres. Voici ses conseils pour des jardiniers qui souhaiteraient créer une forêt-jardin.
Conseils pour créer une forêt-jardin | 4 saisons n°240

Sous les arbres (il en a planté 2000 et plus de 4 000 ont poussé tout seuls), Philippe Boudias installe de la vigne. 
J.-J. Raynal |

Les conseils de Philippe Boudias

  • Densifier : planter des kiwis et des vignes au pied des arbres. La vigne et le kiwi s’entendent bien : la vigne protège le kiwi en lui faisant de l’ombre, car il n’aime pas le soleil direct. Faire aussi pousser des courges sur un arbre.
  • Se concentrer sur sa micropépinière : récupérer un maximum de noyaux pour les semer, le maximum de variétés différentes et même des noyaux de fruits qu’on a achetés, pour apporter une génétique différente. Ne planter que la moitié des noyaux qu’on a récoltés : certaines années, cela marche, et d’autres pas. Les noyaux n’ont pas forcément besoin de stratifier : l’asiminier, par exemple, a besoin de sec assez longtemps et nécessite un arrosage uniquement à la fin ; son temps de dormance est assez long. Ensuite, transplanter partout, dès la première année, sauf les plants fragiles (néflier du Japon par exemple). Penser à bien noter les plantations : les étiquettes ayant tendance à vriller dans l’arbre, je recommande plutôt de faire un plan, avec des cercles désignant chaque arbre, où l’on écrit le nom de la variété.
  • Apprendre à greffer : cela permet d’adapter les variétés à son sol. Pêcher, amélanchier et arbousier supportent des sols pauvres ; par contre, le figuier aime l’eau en profondeur, le néflier du Japon aussi. Commencer les greffes près de son habitat et aller de plus en plus loin.
  • Ne pas entreprendre sur une trop grande surface : 5 000 m2, pas plus. Au début, c’est amusant, c’est une passion ; mais après, c’est trop, on sature. Mieux vaut bien entretenir un petit espace et laisser le reste à la vie sauvage.
  • Clôturer : le chevreuil est vraiment l’ennemi. Installez des piquets tous les 10 m et clôturez avec du fil électrique. Sinon, toutes les greffes et tous les semis seront mangés. Plus radical, le remède du permaculteur autrichien Sepp Holzer, une infâme pâte noire qui sent la mort : pour la fabriquer, prendre un vieux seau en métal ou une vieille cocotte – qui restera inutilisable -, l’enterrer et ajouter un verre d’eau. Mettre 3 kg d’os dans un autre seau métallique (ou une autre cocotte), recouvrir ce seau d’une grille et le renverser au-dessus du premier. Bien obstruer les interstices entre les deux seaux avec une pâte d’argile, recouvrir d’un peu de terre et construire un grand feu au-dessus. Faire brûler ce grand feu pendant une ou deux heures et laisser refroidir pendant une journée. Collecter ce qui reste dans le seau inférieur et en badigeonner les arbres : selon Sepp Holzer, qui a mis en œuvre cette méthode extrême, l’odeur est tellement pestilentielle qu’aucun chevreuil n’y touchera jamais plus !

 

Marie Arnould