Bienvenue, M. Hérisson ! | 4 saisons n°244

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Vous souhaitez accueillir un hérisson dans votre jardin ? Pas facile, car la bestiole n’en fait qu’à sa tête et ses effectifs sont en chute libre. Avec un peu de chance, vous l’attirerez grâce à un abri aménagé dans un tas de bois, comme l’a testé la jardinière Yolande Letur.
Bienvenue, M. Hérisson ! | 4 saisons n°244

C’est le rêve de tout jardinier qui se respecte. Croiser un hérisson trottant menu, au crépuscule, au moment où l’onagre s’ouvre, lorsque la nuit s’installe et que la petite bête piquante part quêter sa pitance. Mais… le jardinier rêve et la nature dispose. Le hérisson est capricieux, va et vient, ne s’installe guère. L’hiver, il hiberne. L’été, il se balade la nuit, ce qui n’aide pas à le croiser. Ou alors, il faudrait être jardinier noctambule, ce qui n’est pas souvent compatible. Bref, le jardinier hérissonophile est souvent frustré. Mais pas Yolande Letur, qui a installé un abri à hérisson made in La Hulotte et s’est trouvée récompensée de ses efforts.
Si ce modèle d’abri est reproductible et son efficacité éprouvée, il ne garantit pas pour autant l’arrivée d’un hérisson. Mais Yolande avait quelques longueurs d’avance : elle se passionne depuis longtemps pour la faune sauvage. « J’ai fait un contrat dans ma tête avec la nature : j’ai des allées droites dans mon jardin, mais aussi plein d’endroits que je lui réserve –pour la salamandre, pour l’orvet, pour le crapaud, pour la larve de coccinelle… » Son jardin, situé à Cize, un petit village du Jura (700 m d’altitude), est un coin de nature heureuse en bordure de l’Ain. Les cloches des vaches montbéliardes du paysan bio d’en face tintinnabulent dans la prairie à côté. Le blaireau passe parfois. L’écureuil s’est installé dans un nid prévu pour d’autres auxiliaires. Les rougequeues nichent tous les ans. Pour ses 50 ans, Yolande s’était fait offrir tous les numéros manquants de La Hulotte. Un investissement conséquent et une belle preuve d’amour pour « la revue la plus lue dans les terriers », qui nous a tous accompagnés dans notre apprentissage de la nature.

DES BÉBÉS HÉRISSONS DANS LE PARC À TORTUES

C’est dans le n°40 de La Hulotte qu’elle a trouvé les plans de l’abri à hérisson, qu’elle a suivis scrupuleusement : « Il a été expérimenté par plein de gens, notamment des correspondants Athénas, c’est ce qu’il y a de mieux ! ». Car Yolande a une arme secrète : depuis longtemps, elle est membre d’Athénas, le centre de sauvegarde de la faune sauvage du Jura. 
Souvent, elle héberge des tortues d’Hermann qui lui sont confiées par le centre. Un jour, elle a entendu des petits cris dans son parc à tortues : c’était six petits hérissons qui appelaient, en plein jour. « Anormal ! Le bébé hérisson est programmé pour ne pas faire de bruit le jour, sinon les prédateurs le repèrent. Je les ai mis à l’ombre, et j’ai passé toute la nuit à attendre la mère. Mais elle n’est pas revenue, elle a dû être écrasée par une voiture ou tuée par un prédateur. Du coup, je les ai amenés au centre Athénas, qui les a nourris puis relâchés. »
Et pour ses 60 ans, en récompense de son engagement au sein de l’association, Yolande a bénéficié d’un traitement de faveur… L’association a libéré un hérisson au bord de l’Ain, juste à côté de chez elle et de l’endroit où elle avait installé l’abri ! Depuis, ce dernier est habité. « J’ai vu des traces, des feuilles à l’entrée de l’abri, je vois les passages. En plus d’y hiberner, le hérisson utilise aussi l’abri en été pour y piquer un roupillon tranquille, en plein jour. »
Un répit bien mérité pour ce petit mammifère qui arpente un vaste territoire lorsqu’il vit en zone agricole, ce qui est le cas autour de chez Yolande Letur : 5 à 7 ha pour les femelles et 15 ha pour les mâles en moyenne, voire parfois 50 ha ! Au sein de ce domaine, explique Christian Arthur, biologiste et président de la SFEPM (Société française d’étude et de protection des mammifères), dans un article paru dans Le Courrier de la nature, « les animaux utilisent 2 à 15 nids, dont ils changent fréquemment, seules les femelles allaitantes restant plusieurs jours de suite dans un nid à côté de leur portée. Chaque nid n’est utilisé que par un seul animal, mais il peut l’être par des animaux différents à différentes périodes. Durant la nuit, chaque animal parcourt son domaine vital, de façon plus rapide et intensive pour les mâles (de 1 à 3 km par nuit, contre moins d’1 km pour les femelles) ».

TROIS HÉRISSONS LÀ OÙ IL Y EN AVAIT CENT ?

En zone urbaine, ce vaste territoire est trois à quatre fois plus petit. D’ailleurs, une étude de la vétérinaire Marianne Verry a montré que le hérisson urbain se déplace bien moins que le rural : 150 à 300 m par nuit seulement. Ce sont en partie ces déplacements importants – avec leur cortège de hérissons écrasés – qui mettent à mal les populations du petit mammifère. Ce qui explique d’ailleurs que, globalement, le hérisson périurbain se porte mieux que le hérisson rural. « Depuis le début des années 2000, on constate une chute des effectifs dans la plupart des campagnes européennes : en Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni », constate Christian Arthur. Une pétition, lancée en 2017 par les centres de sauvegarde des hérissons, sonnait l’alarme : « Là où, dans les campagnes, il y avait cent hérissons, il n’y en a plus que trois à présent ! On estime qu’ils auront quasiment disparu d’ici à 2025, dans à peine dix ans ». Les associations s’appuyaient sur des études inquiétantes outre-Manche, où les populations de hérissons étaient estimées à 1,55 million d’individus en 1995 contre 36,5 millions dans les années 1950.
Toujours au Royaume-Uni, des études montrent que le déclin s’est poursuivi depuis 1995, avec une baisse des effectifs de 30 % dans les zones urbaines et jusqu’à 75 % dans les campagnes ! « En France, malheureusement, aucun suivi ne permet d’avancer une estimation globale, poursuit Christian Arthur. On a quelques indications que, localement, il y a pu y avoir une chute de 80 %. Est-ce extrapolable partout ? Probablement pas. Mais tout le monde s’accorde à dire que c’est catastrophique dans les régions remembrées, avec maïs dominant. Là où le modèle bocage/polyculture a perduré, le problème est moins grave. »
La haie est en effet fondamentale pour le hérisson, en particulier la haie bocagère, basse et fournie. Elle fournit un couvert idéal pour les limaces, escargots et autres rongeurs que le hérisson adore mettre à son menu, et il peut y circuler à l’abri pour arpenter son vaste domaine. Le hérisson est d’ailleurs souvent mis en avant dans les projets de trame verte et bleue visant à recréer des corridors pour la faune sauvage. « Si le hérisson passe dans la haie qu’on a reconstituée, tout le monde passe : l’hermine, les rongeurs… Le hérisson est un symbole de la biodiversité ordinaire, il faut qu’on ait une idée plus claire de sa situation. La SFEPM va lancer en 2021 un projet d’observatoire de ses populations, dans le cadre des programmes de science participative Vigie Nature. » La LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) lance également une enquête Mission Hérisson. Les deux visent à inciter les citoyens à renvoyer leurs observations aux scientifiques, ce qui paradoxalement ne se fait pas encore – alors qu’il existe des observatoires pour les oiseaux, les papillons, les escargots, les bourdons, les pollinisateurs, les libellules… Mais notre noctambule est moins facile à repérer ! 

Lien vers CONSTRUIRE UN ABRI À HÉRISSON

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Longtemps considéré comme “nuisible”, le hérisson est une espèce protégée depuis 1981 : il est interdit de le détruire sous peine d’être poursuivi. Il est également interdit de le détenir chez soi : si vous trouvez un hérisson blessé, amenez-le au centre de sauvegarde de la faune sauvage le plus proche de chez vous.

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Difficile d’attirer les hérissons chez soi car ils sont comme les chats : indépendants. Mais vous pouvez vous exercer à reconnaître leurs traces : elles mesurent entre 2 et 3 cm et les griffes sont bien marquées. L’empreinte de patte arrière (dessin du bas) est plus longiligne que celle de la patte avant. Quant aux fèces, elles ont souvent un bout plus pointu que l’autre.

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