Zéro phyto : les nouveaux combats de Joël Labbé | 4 saisons n°234

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Joël Labbé est à l'origine de la loi “Zéro phyto”. Depuis le 1er janvier 2019, elle interdit la mise sur le marché, la délivrance, l’utilisation et la détention de produits phytosanitaires à usage non professionnel. Le sénateur Europe écologie-Les Verts (EELV) ne compte pas s'arrêter là. Projet de fond d'indemnisation des victimes des pesticides, cantines bio, relocalisation de la production alimentaire... Joël Labbé a encore de nombreux combats à mener.
Zéro phyto : les nouveaux combats de Joël Labbé | 4 saisons n°234

A. Bosse-Platière |

Le sénateur Joël Labbé a reçu les 4 saisons au palais du Luxembourg. Après avoir évoqué la genèse de la loi “Zéro phyto” (interview à retrouver dans le n° 234 des 4 saisons), le Morbihannais s’est aussi exprimé sur les sujets qui le mobilisent aujourd’hui. Morceaux choisis.

Projet de fonds d’indemnisation des victimes des pesticides

« Sa création s’est heurtée à de très fortes oppositions. Il va falloir revenir à la charge. Je pense notamment à la scandaleuse contamination au chlordécone dans les Antilles qui va avoir des conséquences énormes pendant des décennies. »

Les cantines bio

« C’est une bataille difficile. La loi Alimentation a fixé l’objectif de 20 % de bio dans les cantines en 2022 mais les produits bio sont encore absents dans de très nombreux restaurants collectifs. Lors du vote au Sénat, j’ai demandé un scrutin public pour que tout le monde assume son vote et il n’a manqué que deux voix pour l’unanimité. »

La relocalisation de la production alimentaire

« Je travaille sur ces questions. Chaque pays devrait être capable de s’auto-suffire pour la plus grande partie de son alimentation. Je pense notamment à nos importations de soja OGM du Brésil pour nourrir notre bétail, alors qu’on pourrait développer notre filière protéagineux. Je pense aussi aux poulets surgelés bas de gamme qu’on exporte par exemple au Burkina à prix écrasés et qui empêchent le développement sur place de filières artisanales. Au niveau des territoires, la loi d’avenir pour l’agriculture d’octobre 2014 a mis en place des outils très intéressants pour avancer dans ce sens : les projets alimentaires territoriaux. J’y travaille dans le Morbihan. Cela peut permettre de court-circuiter la grosse industrie agro-alimentaire et de faire en sorte que les producteurs fassent de la qualité et que les plus-values restent chez eux. »

La réhabilitation du métier d’herboriste

« Pour avoir une chance d’y aboutir face au très puissant lobbying de l’industrie pharmaceutique des pharmaciens, il faut faire en sorte que ça ne soit pas qu’un débat d’hémicycle ; il faut mobiliser les gens autour d’un débat national et en leur demandant d’interpeler leurs élus pour qu’ils se positionnent publiquement. J’espère y arriver avant la fin de mon mandat. Pour le moment je m’occupe de la reconnaissance des plantes médicinales comme patrimoine mondial par l’Unesco. »


A. Bosse-Platière |


La loi Labbé en détail

Loi n° 2014-110 du 6 février 2014 visant à mieux encadrer l’utilisation des produits phytosanitaires sur le territoire national, complétée par la loi n° 2015-992 du 17 août 2015 qui en a avancé les dates d’application. L’utilisation des pesticides chimiques de synthèse dans les espaces publics (parcs et jardins, forêts, promenades, voiries…) est interdite à partir du 1er janvier 2017 ainsi que la vente de pesticides pour les jardiniers amateurs à partir du 1er janvier 2019. La loi concerne l’État et les collectivités territoriales ainsi que les établissements publics.

Cas particuliers :

  • les cimetières et terrains de sports sont concernés seulement s’ils sont considérés comme des promenades ou des espaces verts avérés (c’est le cas par exemple du cimetière du Père Lachaise à Paris) ;
  • des dérogations sont possibles pour l’entretien des voiries dans les zones étroites ou difficiles d’accès comme les bretelles, les échangeurs ou les terre-pleins centraux pour des raisons de sécurité du personnel ;
  • le ministère de l’Agriculture peut délivrer des autorisations temporaires de traitement classique afin de lutter contre une infestation comme le charançon rouge des palmiers ou Xylella fastidiosa sur les oliviers.

Le non-respect de la loi peut être passible de 6 mois d’emprisonnement et de 150 000 € d’amende.

À partir du 1er juillet 2022, la loi Labbé sera étendue aux  copropriétés, parcs des résidences hôtelières, campings,parcs d’attraction, zones commerciales, lieux de travail, établissements d’enseignement, établissements de santé, sociaux et médico-sociaux ainsi qu’aux cimetières. Elle concernera aussi les équipements sportifs, avec une dérogation jusqu’en 2025 pour les équipements sportifs de haut niveau.

« Une véritable avancée pour la santé et la biodiversité, qui témoigne d’une évolution culturelle forte », pour Joël Labbé, sénateur écologiste du Morbihan, qui pointe néanmoins les risques à continuer d’utiliser les pesticides SDHI, fongicides toxiques largement utilisés dans les stades. Les forêts privées, les voies SNCF, les autoroutes et les zones techniques ou de stockage des entreprises ne sont également pas concernées par le texte.


 

Antoine Bosse-Platière et Marie Arnould