ZAD à venir ? | 4 saisons n°239

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L'édito des 4 saisons n°239 par Marie Arnould, rédactrice en chef.
ZAD à venir ? | 4 saisons n°239

C’est une histoire comme on en connaît tant depuis cinquante ans. D’abord, ce furent des supermarchés. Puis des hypermarchés. Puis des centres commerciaux et des zones commerciales. Maintenant, ce sont des mégacomplexes qui sont projetés, tel EuropaCity, à Gonesse (Val-d’Oise), gigantesque cocktail de commerces, équipements culturels, hôtels et espaces de loisirs. Dans un sursaut de lucidité – ou plutôt, devant les levées de boucliers ! –, les promoteurs ont abandonné le projet de piste artificielle de ski…
Partout en France, ces dernières années, des “villages de marques” ont fleuri dans les campagnes, multipliant à l’infini les boutiques de faux luxe où l’on vend les mêmes vêtements, les restaurants où l’on mange les mêmes burgers, les multiplexes où l’on voit les mêmes films. À la clé, l’urbanisation des sols, la disparition des terres arables, la perte de biodiversité, l’hyperconsommation, l’agonie des commerces de centre-ville, la saturation des transports… À Gonesse, à 15 km au nord de Paris, ce sont 80 hectares de cultures céréalières qui sont menacées par EuropaCity. Plus largement, 280 hectares de champs entre les aéroports de Roissy et du Bourget doivent être aménagés dans le cadre de la zone d’aménagement concerté (ZAC) du Triangle de Gonesse.

ZÉRO ARTIFICIALISATION

Comment peut-on, en 2019, alors que les constats se font de plus en plus alarmants de tous côtés – accélération des changements climatiques et de la perte de biodiversité –, continuer à faire comme si de rien n’était et engager de tels aménagements ? Et ce, alors même que la France s’est fixé l’objectif de zéro artificialisation nette des sols, inscrit dans le plan biodiversité de juillet 2018 ? Le gouvernement semble avoir pris la mesure du symbole que pourrait devenir EuropaCity – et du risque politique de nouvelle ZAD, à la manière de Notre-Dame-des-Landes. Il pourrait envisager d’y mettre un coup d’arrêt, mais sans complètement remettre en question l’aménagement de la ZAC et la construction de la future ligne 17 du Grand Paris Express censée desservir le complexe. Ailleurs, on s’interroge sur la pertinence de ces projets d’un autre temps. Près de Tours, à Sorigny, un projet de village de marques suscite la controverse. Dans l’agglomération grenobloise, c’est le futur centre commercial Neyrpic qui est montré du doigt. Les villes de Brive, Tulle, Terrasson et Périgueux, elles, se sont prononcées contre un village de marques envisagé dans le Lot voisin. Allons-nous enfin quitter ce modèle de développement qui a montré qu’il menait à l’impasse ?

 

Marie Arnould

Crédit photo : J.-J. Raynal

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