Quels savoirs et savoir-faire pour demain ?

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S’engager pour la planète, proposer des solutions pour l’avenir… Entre coups de cœur et coups de griffes, des auteurs et acteurs de Terre vivante prennent la plume et livrent leur vision sur un thème qui les touche particulièrement. Dans cette tribune de juin 2021, Grégory Derville, auteur et conférencier sur la permaculture, s’intéresse à la transmission des savoir-faire anciens… et aux métiers de demain.
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Il serait prudent de ne pas trop tarder pour (ré)apprendre l’essentiel de ce que l’énergie abondante et bon marché nous a dispensés de savoir et de savoir faire.

La “grande requalification”, quésaco ? C’est une formule que l’on utilise au sein du mouvement des villes en transition, pour désigner une stratégie destinée à faire en sorte que les citoyens se réapproprient des savoirs et des savoir-faire dont ils auront probablement de plus en plus besoin dans le monde incertain qui nous attend.

La modernité a rendu obsolètes une foule de savoir-faire autrefois très communs, mais qui sont devenus plus ou moins inutiles pour la quasi-totalité d’entre nous. En ville notamment, on peut parfaitement vivre sans savoir faire pousser la moindre plante, ni greffer un arbre fruitier, ni reconnaître et utiliser des plantes médicinales, ni forger un outil, ni battre une faux, etc.

Le résultat est que, mis à part quelques personnes qui ont “de l’or dans les mains”, les Occidentaux d’aujourd’hui forment sans doute la génération la plus incapable de l’histoire en termes d’aptitudes pratiques. En comparaison avec nos arrières-grands-parents, la plupart d’entre nous ne sait pas faire grand-chose de ses dix doigts. Certes, nous savons taper sur un ordinateur, utiliser une carte bancaire, configurer un smartphone et rouler en voiture. Mais dans quelques décennies, peut-être même plus tôt, ces savoir-faire-là risquent fort d’être rendus inutiles par le pic du pétrole et des métaux, alors que nous aurons à nouveau besoin des savoir-faire “d’antan”.

Il se passera à peu près la même chose au niveau professionnel. D’un côté, beaucoup de métiers vont se raréfier, voire disparaître, par exemple dans la logistique, le tourisme, le marketing ou la communication. De l’autre côté, il faudra énormément de bras dans les secteurs de l’agriculture et de la foresterie (maraîchage, élevage, scierie…), du bâtiment (charpenterie, installation de poêles de masse ou de toilettes sèches…), de l’artisanat (menuiserie, cordonnerie, textile…), de la réparation, du réemploi et du recyclage, du petit commerce (quincaillerie, mercerie…), de la santé (herboristerie…). Comme on le voit, la liste des “métiers de demain” nous emmène très loin de la révolution numérique et de l’intelligence artificielle !

Bien sûr, il est impossible de prévoir avec précision quand cette bascule aura lieu, ni combien de personnes elle concernera. Mais il serait prudent de ne pas trop tarder pour (ré)apprendre l’essentiel de ce que l’énergie abondante et bon marché nous a dispensés de savoir et de savoir faire.

Moi qui suis enseignant, je suis convaincu que cette “grande requalification” devrait absolument être mise en œuvre dans l’ensemble du système éducatif. Les enfants et les jeunes devraient consacrer une part beaucoup plus significative de leur temps à apprendre et expérimenter dans les domaines de la biologie, de l’écologie, de la physique, mais aussi (et surtout ?) des travaux manuels. Et ce dans toutes les filières.

Mais la “grande requalification” pourra aussi venir des citoyens eux-mêmes. Le mouvement des villes en transition invite à développer sur chaque territoire des dispositifs d’éducation populaire visant à échanger et diffuser les compétences dont nous aurons besoin bientôt, dans tous les domaines – le jardinage, l’écoconstruction, la phytothérapie, etc. En fonction de la difficulté du thème abordé et du nombre de personnes intéressées, la forme prise par ces “événements de requalification” peut être très variée : des conférences, des ateliers pratiques, des chantiers participatifs, des stages ou des formations ou, pourquoi pas, une “école de la transition”. Peu importe la forme que cela prend, du moment que l’on en sort plus informé et plus habile qu’on y est entré, et mieux capable de sensibiliser, d’informer et de transmettre autour de soi.


Quels savoirs et savoir-faire pour demain ?

Grégory Derville, enseignant à l’Université de Lille, spécialisé en politiques environnementales, auteur et conférencier sur la permaculture ; auteur de Permaculture, en route vers la transition écologique (2018) et de Réussir la transition écologique (2019), éditions Terre vivante.

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