Les plantes médicinales sont en danger

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S’engager pour la planète, proposer des solutions pour l’avenir… Entre coups de cœur et coups de griffes, des auteurs, autrices, acteurs et actrices de Terre vivante prennent la plume et livrent leur vision sur un thème qui les touche particulièrement. Aline Mercan, médecin, anthropologue et passionnée d’ethnobotanique, alerte sur l’utilisation abusive des plantes médicinales, souvent produites dans des conditions désastreuses.
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Les plantes médicinales disparaissent, comme l’ours polaire ou le rhinocéros, mais de façon beaucoup plus discrète et insidieuse. À nous, thérapeutes, et à vous, usagers des plantes, de réclamer qualité et éthique.

Vous aimez sans doute la nature, comme moi, et nous trouvons logique d’y chercher une partie de notre pharmacie, en particulier sous forme de plantes qui nous soignent depuis nos origines. Mais la logique économique globalisée, qui prévaut à l’exploitation de la nature, les a transformées en une pure marchandise. 80 % du marché des plantes médicinales est d’origine sauvage car la plante pousse toute seule et il n’y a plus qu’à (mal) payer un cueilleur d’un pays pauvre pour réaliser une confortable plus-value lors de la transformation et de la vente. Le cueilleur, sous-payé, est aussi peu formé, poussé à ne pas ramasser ce qu’il faut, là où il faut, quand il le faut, et peu respectueux des rares recommandations et législations de protection qui existent, quand l’état de la ressource est connu.

Une plante, même cultivée – et toutes ne le sont pas –, n’est ainsi pas protégée d’un marché à la logique purement comptable, qui préférera toujours le sauvage à peu de prix. Le statut de complément alimentaire, le plus souvent choisi par les entreprises, est de plus peu regardant sur la qualité et la traçabilité des produits finaux. Les plantes médicinales disparaissent, comme l’ours polaire ou le rhinocéros, mais de façon beaucoup plus discrète et insidieuse.

2022 : PRISE DE CONSCIENCE… ET NOUVELLES LÉGISLATIONS

La phythothérapie que nous voulons, c’est une phytothérapie qui respecte l’homme et la femme, celui ou celle qui travaille pour produire cette plante, pour des raisons éthiques, et aussi pratiques, car c’est le prix de la qualité qui se joue dans cette première étape. C’est aussi une phytothérapie qui respecte la plante et l’environnement en privilégiant des filières courtes et traçables et le respect de bonnes pratiques. C’est enfin une manière de soigner qui n’occulte pas que notre santé, c’est d’abord notre mode de vie et que nous devons commencer par nous interroger, individuellement et collectivement, sur ce que nous faisons manger, respirer, ressentir, se mouvoir, espérer, aimer, penser, à notre ensemble corps-esprit. Comment pouvons-nous être sains si rien autour de nous et en nous ne l’est, y compris les “remèdes naturels” produits dans des conditions désastreuses ?

2022 sera consacrée à favoriser la prise de conscience par les soignants qui utilisent des plantes, par le public et par les acteurs de la production, qu’un changement de paradigme est indispensable. De nombreuses formations professionnelles ont décidé d’intégrer cette notion à leur cursus de formation. Le grand public manifeste son intérêt et répond présent car il a bien compris que c’est l’ensemble de la biodiversité qui est en danger, plantes médicinales comprises.

2022 sera aussi l’occasion d’agir, à travers de nouvelles législations sur l’impact environnemental des aliments et des compléments alimentaires (qui sont le statut de nombreux produits à base de plantes). Les repenser est l’occasion d’introduire la question de la ressource si longtemps négligée par les acteurs économiques. Plusieurs laboratoires du secteur ont d’ores et déjà manifesté leur désir de revoir leur pratique, au-delà, espérons-le, d’un petit peu de greeenwashing. À nous, thérapeutes, et à vous, usagers des plantes, de réclamer qualité et éthique.


Aline Mercan, médecin et insatisfaite de l’approche symptomatique et purement médicamenteuse de la discipline, s’est tournée vers la phytothérapie puis l’anthropologie médicale. Cette approche lui a permis de penser la santé en intégrant la dimension environnementale, en particulier la question de la surexploitation de la ressource végétale.

 

Titwane |

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