Jardin nature : septembre/octobre | 4 saisons n°244

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À la découverte du paon-du-jour sur les massifs d’ortie, du balanin des glands et des baies comestibles du cornouiller mâle. Prendre le temps d’observer la nature, dans son jardin et lors de petites balades à proximité de chez soi, offre de belles surprises. Petit guide pour mieux connaître le cycle de vie des insectes et savoir cueillir les plantes sauvages.
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Le paon-du-jour


J. Valentin

PORTRAIT DE FAMILLE – Très beau papillon commun de 5 à 6 cm d’envergure, le paon-du-jour (Aglais io) commence à voler au soleil dès février-mars pour se nourrir des premiers nectars et se reproduire. La ponte a lieu en avril-mai sur les massifs d’ortie ensoleillés. Les œufs d’environ 1 mm, nombreux (jusqu’à 500), quasi sphériques, vert tendre et côtelés, sont pondus en tas à la face inférieure des feuilles. 

L’éclosion a lieu en deux à trois semaines. Les chenilles (3 mm), grégaires, s’abritent sous une nappe de soie qu’elles quittent plusieurs fois par jour pour se nourrir. Elles passent d’un blanc-vert au marron, puis au noir mat moucheté de blanc, le corps se couvrant d’excroissances épineuses. Après chaque mue, le groupe se fractionne et colonise les pieds d’ortie voisins.

En quatre semaines, les chenilles atteignent 4 cm. Au dernier stade, devenues solitaires, elles se suspendent à un support pour se nymphoser, tête en bas et accrochées à un coussinet de soie par leurs pattes anales. En 24 à 36 heures, la chrysalide se forme et se débarrasse de la peau de la chenille. Le papillon apparaît deux semaines plus tard.

Faciles à reconnaître grâce aux quatre grands ocelles auxquels ils doivent leur nom, ils ont deux générations par an, une seule en montagne où ils vivent jusqu’à 2500 m. La femelle est un peu plus grande que le mâle. En fin d’été, les adultes butinent avidement pour se constituer des réserves et, dès octobre, se réfugient à l’abri d’un endroit sombre – lierre, grenier, crevasse – pour y passer l’hiver.


H. Guyot | OPIE-DR

Bruno Didier, de la revue Insectes


Un intrus dans le gland


J. Valentin

Un gland mûr, avec un ou plusieurs petits trous ronds, aux bords irrégulièrement découpés. Si vous l’ouvrez, il est vide ! C’est l’œuvre de la larve du charançon des chênes, encore appelé balanin des glands. En fait, tout commence quelques semaines plus tôt. Munie d’un long rostre, comme tous les charançons, la femelle perce le gland au niveau de la cupule. Après avoir pondu, elle le rebouche soigneusement avec un peu de matière fécale. Sa progéniture se développe à l’intérieur, jusqu’à ce que le gland tombe à terre. La larve, dodue et sans défense, grignote alors son trou de sortie puis creuse dans le sol une loge, dans laquelle elle passe l’hiver. Elle se nymphose au printemps suivant. Le nouvel adulte ne tarde pas à émerger, prêt pour un nouveau cycle.

Danièle Boone


Récolte de cornouilles


Y. Fourié, extrait de L’herbier boisé, édition Plume de Carotte

LA SAUVAGEONNE – La première fois que j’ai goûté les baies rouge vif du cornouiller mâle, j’ai pensé « tiens, des petites cerises d’automne » ; elles me rappelaient en effet de petites cerises, aigrelettes tant qu’elles ne sont pas mûres. Les cornouilles ne sont matures que de fin août à octobre, selon les régions, alors que les petites fleurs jaunes apparaissent dès février, avant les feuilles. Cet arbrisseau sait prendre son temps pour se reproduire ! Dès que les baies deviennent rouge sombre et molles, la pulpe se charge de sucre. J’attends que les premières tombent au sol pour les ramasser. On en faisait souvent des confitures, gelées et tartes. En Turquie, elles aromatisent les sorbets, alors qu’en Norvège les fleurs parfument un alcool. Je les conserve en saumure, comme des olives, ou encore dans du vinaigre. Maintenant que j’en glane beaucoup, je les congèle aussi et je les mange crues, à peine dégelées dans une salade. À la fois sauvage et cultivé, le Cornus mas s’accommode de tous les sols pas trop lourds, de préférence calcaires. J’ai cru me faire plaisir en achetant un cornouiller mâle à gros fruits : plus gros certes, mais – de loin ! – pas aussi délicieux. À ne pas confondre avec le cornouiller sanguin, aux baies noires et toxiques.

Josiane Goepfert