S. Lapouge |
BIEN CHOISIR
Un bulbe doit être sain. Une évidence me direz-vous, mais qui n’est pas toujours si facile à vérifier car, si la tulipe arbore un épiderme lisse facile à “lire”, l’inspection se complique avec les anémones aux formes tarabiscotées. Voyons comment s’y retrouver !
- N’achetez pas de bulbe taché, c’est-à-dire marqué de taches circulaires blanchâtres, de moisissures grisâtres ou bleuâtres ou de nécroses. C’est fichu d’avance pour lui et la maladie peut s’étendre à d’autres végétaux.
- L’aspect peut varier dans un même sachet : le fait d’avoir des teintes non homogènes n’est pas un signe de dégénérescence, mais de variation de coloris de la fleur. Chez les tulipes ou les jacinthes, on peut avoir des bulbes beige, marron ou d’un violet fluo un peu angoissant. Rien d’inquiétant si les coloris sont diversifiés, sauf si vous souhaitez un massif d’une seule couleur !
- L’enveloppe des tulipes, crissante comme du papier de soie, peut être effritée ou avoir disparu au cours des manipulations. Là encore, si tout le reste est normal, ce n’est pas grave. Le bulbe s’enracinera quand même.
- Certains bulbes (anémones, fritillaires) ont l’air vraiment mort, avec un aspect “crotte de chèvre” peu engageant. Pas de panique, ils sont déshydratés pour la conservation et reprendront un aspect plus sympathique au trempage. Par contre, s’ils présentent sous le doigt des parties molles, c’est signe d’un début de pourriture. N’achetez pas.
- Certains bulbes, notamment ceux stockés trop longtemps à la lumière en jardinerie, commencent à pousser. Il est toujours tentant de les acheter en se disant “ils sont vivants !”, mais si le germe dépasse le centimètre, laissez-les. Ils ont déjà dépensé une partie de leurs réserves et auront du mal à s’enraciner et à fleurir dans la même année. Vous pouvez quand même acheter ainsi de petits bulbes faciles à naturaliser comme les crocus, alliums, perce-neige, fritillaires meleagris, mais en soldes… S’ils ne fleurissent pas au premier printemps, ce sera pour le suivant !
- Parlons-en d’ailleurs, des soldes. Ces fins de stocks à moitié prix sont toujours tentantes. Mais il faut redoubler de vigilance en triant le bon grain de l’ivraie. Vous pouvez essayer quelques achats, en régions à hivers cléments, jusqu’à Noël. Le problème est d’arriver à les faire raciner dans un sol déjà refroidi où ils risquent de pourrir. Sachez que les espèces botaniques auront plus de chances de reprise.
- Certains bulbes sont chers. En dehors de la rareté de la variété, il faut savoir que le prix est directement lié à la grosseur du bulbe, dont dépendra la taille de la fleur. La fleur d’une tulipe triomphe, calibre 12, sera plus grosse (et plus chère) que la même en calibre 11/12, mais est-ce forcément plus joli ? C’est affaire de choix de chacun. En tout cas, pour les petits bulbes, la dépense ne se justifie pas. Pour les narcisses, par contre, cela peut être intéressant car les gros calibres donneront plus de hampes florales.
- Pour que vos bulbes durent longtemps et se naturalisent, choisissez des espèces adaptées à votre sol. On n’y pense pas assez : il n’est pas raisonnable de vouloir implanter des fritillaires en terre sèche ou des tulipes clusiana en sol humide (voir tableau plus bas).
- Achat en jardinerie ou par correspondance ? Tout dépend déjà de ce que vous trouvez à proximité. En jardinerie, si vous pouvez vérifier la qualité de visu, vous risquez plus l’achat d’impulsion et de vous retrouver avec des bulbes dont vous ne saurez que faire ! Par correspondance, vous pouvez mûrir au calme vos choix et les associations avec d’autres plantes. Les enseignes connues sont généralement sérieuses et vous pouvez toujours faire des réclamations si la qualité n’est pas au rendez-vous.
BIEN PLANTER
“Dis-moi comment tu plantes tes bulbes, je te dirai qui tu es…” La façon d’agencer la plantation des bulbes est très révélatrice du caractère de chacun ! Ainsi, il y a :
- Les très organisés, qui ont médité leurs compositions à l’avance et assemblent formes et coloris avec des feuillages de vivaces, de bisannuelles, d’arbustes…
- Les classiques, qui achètent deux ou trois couleurs qui vont avec tout (jaune primevère, saumon, prune) et les dispersent en quelques points stratégiques où ils seront bien visibles.
- Les écureuils, qui disséminent un peu de tout un peu partout (dès qu’il y a un trou à combler !) et savourent à l’avance l’idée de ces surprises oubliées, un peu comme les œufs de Pâques !
Dans tous les cas, la technique de plantation sera la même.
- Commencez par décompacter le sol en profondeur à la fourche-bêche ou à la griffe. C’est très important car le bulbe doit raciner vite. Profitez-en pour enlever toutes les mauvaises herbes.
- Si votre sol est pauvre, ajoutez un demi-seau de compost très mûr (sans fumier) ou de terreau de feuilles. Incorporez-le entièrement à la terre.
- Placez les bulbes, soit en suivant un plan, soit en vous en remettant au hasard en les lançant sur le sol ici et là (dans ce cas, l’effet sera forcément naturel). Pour obtenir un bel effet, il faut de la densité : espacez-les de 2 ou 3 centimètres pour les petits et de 5 à 8 centimètres pour les gros.
- Enfoncez-les en vous aidant d’un transplantoir pour creuser et former un fond plat (le plantoir à bulbes n’est pas du tout une nécessité et même est néfaste dans une terre argileuse où il va mouler une cheminée en “béton,” idéale pour macérer dans l’eau !).
- La profondeur de plantation est indiquée sur les sachets. En général, comptez deux fois la hauteur du bulbe. Dans le doute, enfoncez-le un peu plus, cela ne l’empêchera pas de sortir.
- Positionnez bien la pointe en haut. Pour certains petits bulbes, on peut avoir un doute. Dans ce cas, ce sera la partie la plus plate vers le bas, ou encore le bulbe à plat. De toute façon, la jeune pousse montera.
- Les bulbes d’anémones et de cyclamens doivent être mis à tremper une journée dans de l’eau tiède pour se réhydrater, puis être plantés à plat.
- Si votre terre retient beaucoup l’eau, un peu de sable dans le trou de plantation est insuffisant. Creusez un large trou de plantation (30 x30x 25 centimètres de profondeur). Disposez au fond un drain de galets de 5 centimètres, puis la terre mélangée à du sable grossier (1/3 de sable). Pour en profiter, vous y planterez deux couches de bulbes (des tulipes ou narcisses en dessous et des muscaris, anémones ou chionodoxa au-dessus) afin de profiter de la succession de deux floraisons.
- Marquez toujours l’emplacement des plantations d’une étiquette de couleur profondément enfoncée.
- Inutile d’arroser en cette saison, il ne reste qu’à les oublier…
APRÈS LA FLORAISON
Ôtez les fleurs fanées des tulipes, narcisses etc. La meilleure fumure reste le compost distribué en surface en fin d’hiver dans les plates-bandes. Les bulbes s’y alimentent comme les autres plantes. Attendez que le feuillage soit complètement desséché pour le couper. Il aide le bulbe à faire des réserves pour l’année suivante. Si vous ne supportez pas la vue de ces feuillages passés, alternez bulbes et vivaces à feuillage opulent (rudbeckia, asters, achillée…).
NATURALISER LES BULBES
Les bulbes ont deux façons de se disséminer dans la nature : soit ils se sèment, soit ils produisent à partir du bulbe principal des bulbilles qui, une fois devenues assez grosses, au bout de quelques années, seront aptes à leur tour à produire des fleurs. Dans ce cas, les guides de jardinage préconisent généralement l’arrachage des bulbes après la floraison, puis la division des bulbilles, leur mise en nourrice et le retour au jardin une fois acquise la taille adéquate. Ces opérations m’ont toujours parues fort complexes pour un jardinier amateur, et je trouve bien plus profitable de sélectionner des variétés de bulbes qui vont proliférer et grossir tous seuls sans avoir besoin d’être arrachés. Ils coloniseront le jardin en s’étendant un peu tous les ans, comme une touffe d’asters. Certains voyagent également, poussés par la malice des taupes qui les déposent ici et là !
Bulbes à naturaliser
| Espèce | Caractéristiques |
| Bonne terre ordinaire | |
| Iris de Hollande | Très rustique. |
| Jacinthe Hyacinthus orientalis | En terre acide ou neutre. |
| Jacinthe Hyacinthus sibirica (scille de Sibérie) | Ne craint pas le calcaire. |
| Narcisses poeticus, obvallaris, pseudonarcissus et leurs hybrides | Il est essentiel de ne pas couper le feuillage avant qu’il soit tout à fait sec. |
| Tulipes hybrides de fosteriana : ‘Candela’, ‘Madame Lefeber’, ‘Purissima’ | Elles ressemblent aux tulipes classiques de jardin. Leur culture est possible dans l’argile suffisamment drainée. |
| Terrains secs | |
| Chionodoxa luciliae | Fleurs bleues, roses ou blanches ; se ressèment énormément. |
| Tulipe turkestanica | Plusieurs étoiles blanches à cœur jaune. Supporte bien le calcaire. |
| Tulipe clusiana | Jaune, extérieur des pétales rouge. A l’aise en terrain sableux. |
| Allium moly | Plein soleil, supporte le sable. |
| Terrains humides | |
| Fritillaire “œuf de vanneau” (Fritillaria meleagris) | Facile à intégrer à une prairie humide. A réserver aux terrains neutres ou acides. |
| Scille d’Espagne (Hyacinthoïdes hispanica) | Les bulbes grossissent vite et on peut diviser les touffes au transplantoir, comme pour des vivaces, quand le feuillage a jauni. Supporte bien l’argile. |
| Perce-neige | Naturalisation par semis naturels et propagation des bulbes très rapide. |
Brigitte Lapouge-Dejean
Coups de cœur
Je les ai choisis dans des gammes variées et adaptables partout. Pour aller plus loin et partir à la découverte de la grande famille des bulbes, explorez les catalogues, les ouvrages donnant des précisions sur le mode de culture, l’origine géographique, les terrains de prédilection afin d’offrir à votre jardin des bulbes parfaitement adaptés qui lui seront fidèles.
Messager du printemps, dès février, l’Iris reticulata affronte les frimas pour s’épanouir même sous la neige. Grande fleur bleu indigo aux sépales tachées de jaune, il est la fidélité même et le bulbe idéal pour fleurir une rocaille, où il trouvera la terre drainée nécessaire à sa bonne santé.
Tulipes ‘Sweetheart’
S. Lapouge |
La tulipe ‘Sweetheart’ arbore, début avril, de grandes corolles vanillées qui durent longtemps et se marient bien à toutes les petites bisannuelles de printemps. C’est vraiment la tulipe sans histoire et sans entretien, qu’on oublie hors sa période de floraison et qui multiplie ses fleurs avec constance. Les tulipes ont besoin d’une période sèche en été : évitez donc de les installer sous des vivaces copieusement arrosées. Dans tous sols, sauf les sols détrempés.
Narcisses ‘Pipit’
S. Lapouge |
Dans les narcisses faciles à naturaliser, vous pouvez compter sur ‘Pipit’, à petite corolle jaune et crème qui ne craint pas les intempéries et dure longtemps. A installer en colonies avec des arbustes à feuillage persistant. Dans tous sols.
L’ail de jardin Allium bulgaricum
V. Klecka |
L’ail de jardin, c’est ravissant mais parfois fragile et un peu cher pour tenter trop d’essais. Je vous conseille Allium bulgaricum (Nectaroscordon siculum) qui s’installe sans façon, résiste très bien au froid, se multiplie seul rapidement et profite du transport de dame taupe pour aller s’installer ici et là. A mêler aux roses anciennes pour un duo de charme. Dans tous terrains.
Bien les conserver
Vous rentrez du magasin bulbes en poche, que faire ? Évidemment les planter au plus vite, mais la nature décide et les pluies d’automne contrarient parfois les projets. En attendant que le sol soit ressuyé, stockez les bulbes en sacs papier, à l’obscurité et au frais. Le bas du réfrigérateur est parfait, à condition de ne pas les y oublier jusqu’au carême. Un cellier fait également l’affaire.













