Editions Terre Vivante – L’écologie pratique

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La culture sur buttes

© Jean-Jacques Raynal
legende © Jean-Jacques Raynal
En France, la culture sur buttes a été popularisée par les belles images du jardin d’Emilia Hazelip, une pionnière de la permaculture, qui a mis en place des buttes recouvertes de paille et non labourées.
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Au contraire du jardinier qui chaque année remet sa terre à nu et la travaille avant de semer, le permaculteur cherche à éviter toute dépense d'énergie inutile, par souci écologique, mais aussi par volonté de laisser faire le plus possible la nature, de cocréer le jardin avec elle.

Il laisse sa butte en place, presque toujours recouverte de paille ou de végétaux, comme le sol dans la nature qui est recouvert d'herbe et de feuilles mortes. Cette butte est dite autofertile, bien qu'il y ait quelques interventions humaines, ne serait-ce que pour le paillage.

Les avantages sont nombreux :

  • On recrée du sol. C'est un avantage si l'on cultive une terre remplie de cailloux ou gorgée d'eau.
  • La terre est moins basse ! Pour ceux qui ont mal au dos, c'est un atout, car le sommet de la butte est surélevé d'une cinquantaine de centimètres.
  • Elle se réchauffe davantage car les bords de la butte captent mieux les rayons du soleil obliques. Ainsi, l'on peut produire plus tôt au printemps.
  • Elle est mieux drainée. L'eau pénètre mieux et ne stagne pas. Plus d'inondations, sauf éventuellement au niveau des allées.
  • Les racines se développent mieux, car elles disposent de plus d'espace et le sol est plus aéré.
  • On a davantage de place pour cultiver que sur une surface plane, car l'on peut planter sur les côtés et le sommet et aussi de manière plus serrée, la couche de sol cultivable étant plus importante et les plantes se trouvant moins en concurrence.

Mais il ne faut pas minimiser les inconvénients : la butte nécessite un énorme travail au début, ce qui prend du temps et n'est pas très bon pour le dos ! Elle sèche plus vite, surtout en été, car elle est davantage exposée au vent et retient moins l'eau. Attention aussi au tassement : la butte va s'affaisser au fil des mois, nécessitant des apports réguliers, voire une reconstitution après quelques années.

Créer ses buttes

© Jean-Jacques Raynal© Jean-Jacques Raynal

L'idéal, c'est de réaliser ses buttes au printemps car la terre est souvent plus meuble. Le plus simple, c'est de prendre la terre des allées pour réaliser la butte. Si le sol est dur, on peut le décompacter à la grelinette, ou encore l'arroser, ou mieux, intervenir après une pluie. Une fois celui-ci ameubli, on creuse avec une bêche et on monte la butte avec la terre que l'on a pelletée.

Si l'on est sur une pelouse ou une prairie, on peut choisir d'enlever l'herbe ou de la laisser, mais dans ce cas, il faudra bien la recouvrir de terre pour qu'elle se décompose à l'intérieur de la butte. Pour améliorer la fertilité du sol, notamment s'il est très caillouteux, certains ajoutent du compost ou du fumier décomposé. D'autres incorporent des branchages ou des rondins de bois.

La hauteur de la butte dépend surtout de la nature du terrain, des matériaux disponibles et des capacités de bêchage du jardinier. Si le sol est lourd et compact et si vous n'avez pas de compost, vous serez tenté de faire des petits monticules de 20 ou 30 cm de hauteur. Mais si vous pouvez faire des lits surélevés de 50 cm ou plus, ne vous privez pas. Plus ils seront hauts et plus la terre sera exposée aux rayons du soleil. Mais attention aux bords : si la pente est trop forte, elle risque d'être davantage soumise à l'érosion, surtout en sol sableux. Il peut être alors utile de maintenir vos buttes avec des bordures en bois, en pierre...

Pour bénéficier d'une bonne surface de culture, une largeur d'1 m à 1,20 m est conseillée. Quant aux allées entre les buttes, on peut choisir de les faire étroites, ce qui permettra de travailler à califourchon sur une planche posée entre deux buttes, ou de les espacer d'une cinquantaine de centimètres afin de pouvoir se mettre à genoux, voire de 70 cm si l'on veut passer avec une brouette.

Une bonne couverture

Il est indispensable de bien couvrir le sol, car cela va éviter à la terre de se dessécher. En outre, en se décomposant, ce mulch va favoriser l'activité des bactéries, des vers de terre, des insectes... et nourrir le sol. On peut la laisser en permanence ou bien l'enlever au début du printemps pour que la terre se réchauffe plus vite.

On peut utiliser des feuilles mortes l'hiver, des tontes de gazon l'été, de la paille, des roseaux, des fougères si l'on en a. Les adventices font aussi un très bon couvre-sol. Il suffit de les couper à ras et de les laisser sécher sur la butte. De même, les parties des plantes que l'on ne mange pas (fanes de radis, de carottes, tiges et feuilles des fèves...) constituent une protection de choix, riche en azote. Au fil du temps, la butte a tendance à se tasser, mais grâce à cet apport continu de matériaux, cela limite ce phénomène et améliore le sol qui se renouvelle sans cesse.

Carine Mayo

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