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Le ver et le robot

Par Claude Allet, Nîmes (30)

Un ver alerté par un bruit tapageur

Découvrit l'intrus qui semait la terreur.

Un robot de belle facture

Circulait à toute allure,

Pulvérisant un herbicide radical

Sur tout ce qui semblait végétal.

Mais que fais-tu là, étrange animal ?

- Je traite, rien de plus normal !

- Pourquoi tuer ces adventices ?

Elles n'ont commis aucun préjudice.

- Ce ne sont pas mes affaires, dit le robot.

Mon job c'est de faire le boulot.

Je fais ce que mon maître m'ordonne

De ce produit j'en mets des tonnes.

- Mais qui est donc ce maître démentiel ?

- Je ne sais pas, juste un logiciel.

- Pourquoi obéir à des ordres débiles

Qui vont rendre ma terre stérile ?

Tu possèdes une belle intelligence.

Sur tout, tu as des connaissances.

- En effet, tel un blob mes compétences prolifèrent.

Je sais tout sur la planète et le système solaire.

Je parle 40 langues dont celle des asticots.

Je peux te réciter tous les dicos.

- Formidable, dit le ver ébloui.

Suis-moi, et tu seras conquis.

Si tu ne racontes pas de salades,

Tu devrais apprécier notre balade.

Le ver emmène son hôte au potager

Et grimpe la butte sans se ménager.

- Regarde mes amis les auxiliaires.

Ils travaillent, sans phytosanitaire.

Ils dévorent tous les ravageurs

Ou, sans relâche, pollinisent les fleurs.

Le robot ajuste son optique

Mais reste pourtant sceptique.

Comment croire qu'un pince-oreille

Soit capable de telles merveilles ?

- Ver, ils sont vraiment stupides

De se passer de pesticides.

- Mais non ! Leur travail porte ses fruits.

Tous les jardiniers en sont ravis.

Ne vois-tu pas ces rutabagas

Et ces fraises qui te tendent les bras ?

- Je n'ai que faire de ces légumes.

A l'électricité mes repas se résument.

Face à ce dialogue de sourds

Le ver imagina un recours.

Résoudre une énigme originale

Leur servira de tribunal.

- Robot, si tu trouves la solution

Tu pourras traiter à profusion

Sûr de lui, le robot accepta le pari.

Le ver formula ainsi le défi :

- Robot, si je n'ai pas un radis,

Comment acheter ce paradis ?

Le robot se mit à moissonner

Une masse colossale de données.

Mais sur ce problème futé

Sa technologie était plantée.

Le ver s'en amusa un moment.

Puis, il mit fin à son tourment.

- Ici, il n'est point question d'argent.

La terre appartient à ses occupants.

Le robot, rouge comme une tomate,

Plia bagages en toute hâte.

Moralité : la poésie, comme la terre, s'exprime par des vers.

-

Claude Allet
© 2008 Terre vivante