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L'édito du mois n° 234 des 4 Saisons (jan.-fév. 2019)

Merci Karin, Claude, Jean-Paul et les autres !

Marie Arnould Y pensaient-ils lorsqu’ils se sont rencontrés une première fois, le 23 avril 1979, chez Karin Mundt, à Paris, avec pour objectif de créer une maison d’édition sur le bio ? Imaginaient-ils, cette poignée de convaincus, qu’il faudrait quarante ans pour que les produits phytosanitaires soient interdits au jardin ? À l’époque, la presse écologiste était inexistante : La Gueule ouverte et Le Sauvage allaient bientôt cesser de paraître. La presse jardin se concentrait sur l’ornement ou le productif selon les magazines, mais de façon assez consensuelle, ne se battait guère contre les pesticides. Ils, c’était Jean-Paul Thorez, Claude Aubert, Jean-Marie Collombon, Jean-Roger Mercier et Didier Chabrol. Elles, c’était Karin Mundt et Tonia Amat. Ils et elles regardaient de l’autre côté de l’Atlantique où le magazine américain Organic Gardening atteignait des ventes astronomiques, à 1,3 million d’exemplaires. Ils et elles n’avaient pas d’objectif précis en tête mais pressentaient juste que le bio, c’était l’avenir. Et qu’on ne pouvait pas continuer à utiliser tous ces produits phytopharmaceutiques sans en subir les conséquences. Dès le n° 42 des 4 Saisons, en janvier-février 1987, Claude Aubert publiait les résultats d’une étude menée par Terre vivante avec le concours de 51 mères volontaires ; elle démontrait que leur lait était pollué par les insecticides organochlorés, bien que quatorze ans se fussent écoulés depuis l’interdiction de la majorité d’entre eux.

ESPRIT VISIONNAIRE

« Le tournant, j’ai commencé à le percevoir en 1990, quand Rhône-Poulenc a sorti ses premiers produits bio pour le jardin. Même si le lindane – dernier organochloré à être interdit – était à l’époque encore largement utilisé au jardin », se remémore Jean-Paul Thorez, le premier rédacteur en chef des 4 Saisons. Aujourd’hui, l’usage de tous les produits phytosanitaires est enfin interdit au jardin. Certes, il y a les petits malins qui ont fait provision de glyphosate ces derniers mois, en prévision de son interdiction – aidés en cela par des jardineries peu scrupuleuses. Certes, les paysagistes ne sont pas encore assujettis à cette interdiction. Certes, les pesticides ne sont pas interdits en agriculture – 90 % des volumes, en augmentation malgré les plans Écophyto et le ras-le-bol croissant de la population. Mais c’est une avancée spectaculaire, qu’aucun autre pays n’a encore réalisée. Elle est due à la ténacité d’un sénateur, Joël Labbé, auquel il faut rendre hommage. Et aussi à l’esprit visionnaire de quelques pionniers qui y ont cru il y a quarante ans. Merci.

Marie Arnould, rédactrice en chef des 4 Saisons

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