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L'edito du mois n° 229 des 4 Saisons du jardin bio (mars-avril 2018)

Le goût de la nature

Marie Arnould"Il n’y aura jamais de macadam à Notre-Dame." C’est avec ce slogan joyeux que les opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ont fêté leur victoire, le 17 janvier. Nous avons partagé leur joie. Une joie simple et profonde : 1 650 hectares de terres agricoles ne seront pas artificialisés, 100 kilomètres de haies ne seront pas arrachés, 130 hectares de bois seront préservés. La petite faune anonyme qui les peuple – renards et blaireaux, grenouilles et crapauds, oiseaux des bois et des champs – ne sera pas sacrifiée. Et les paysans expropriés, qui vivaient dans l’angoisse de l’expulsion, pourront désormais vivre et travailler chez eux sereinement.
Non, Notre-Dame-des-Landes n’était pas devenu une zone de nondroit. Non, ce n’est pas un déni de démocratie d’avoir abandonné ce projet. Un État de droit, ce n’est pas un État qui refuse de trancher et transfère sa responsabilité à un scrutin départemental bâclé. Un État de droit, ce n’est pas un État qui cède à des réflexes hérités d’un passé encore proche où l’on pouvait croire au mythe d’une croissance infinie. Un État de droit, c’est un État qui prend ses responsabilités vis-à-vis de l’avenir, vis-à-vis de nos enfants. La modernité a changé de camp : ce n’est plus de multiplier des aéroports, des autoroutes et des Center parcs. La modernité et l’avenir, c’est de protéger les terres agricoles et la nature qui nous reste, et d’arrêter de contribuer au réchauffement climatique.
Respect aux quelque 300 occupants du site qui se sont rebellés et qui ont tenu toutes ces années. Bravo pour leur ténacité, leur courage, leur foi en l’avenir, en des modèles différents. Ils peuvent être fiers de ce qu’ils ont fait. Ils le garderont en eux toute leur vie. Ils ont encore un long chemin devant eux, pour régler la question de l’occupation des terres. Ce sera long. Le 4 janvier 1994, j’avais vécu la même joie profonde lorsque le projet du barrage de Serre de la Fare, sur la Loire, avait été abandonné. Sur le site occupé pendant cinq ans, nous avions chanté et dansé pour fêter la victoire. Vingt-quatre ans plus tard, la question des terrains n’est toujours pas réglée… Mais la Loire coule toujours, sereine et libre.

Marie Arnould, rédactrice en chef des 4 Saisons du jardin bio

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