Le coton bio, une filière qui émerge
Acheter du textile issu de coton bio serait-il un luxe ? Non, les enjeux écologiques et éthiques sont tels que cet achat mérite bien un petit effort financier…
La production d'un simple tee-shirt en coton nécessite 25 000 litres d'eau, 140 g de pesticides et d'engrais chimiques et émet 5,2 kg de CO2. La culture conventionnelle du coton est une véritable catastrophe écologique. Ses énormes besoins en eau poussent à l'irrigation, responsable d'une baisse de fertilité des sols dans de nombreux pays et de l'assèchement de la mer d'Aral. De plus, elle consomme 10 % des pesticides et 25 % des insecticides vendus dans le monde, pour à peine 3 % des terres cultivées. Massivement utilisés, ces pesticides polluent les nappes phréatiques et mettent en danger la santé des travailleurs. On compte un million de personnes intoxiquées, dont 22 000 morts par an pour la seule culture du coton, selon l'OMS. En outre, les gros producteurs américains étant largement subventionnés, le cours du coton est désormais très bas, ce qui conduit les petits producteurs à la ruine ou à la famine en Afrique et en Inde. Quant au coton OGM (plus de 30 % de la production mondiale), sa culture ne permet pas de réduire réellement l'usage des pesticides et elle aggrave encore l'endettement de ceux qui doivent chaque année racheter des graines.
De la fibre au textile : des filières alternatives
La culture bio - qui ne représente aujourd'hui qu'à peine 0,2 % du coton produit -, remplace les pesticides par des insecticides naturels (feuilles de neem) ou par des techniques de lutte biologique, et les engrais chimiques par de la fumure organique. Elle interdit les OGM et impose une rotation des cultures pour éviter d'appauvrir les sols, ainsi qu'une gestion économe de l'arrosage. Les défoliants chimiques sont bannis. La récolte se fait à la main. Quant aux filières de transformation (nettoyage, encollage, désencollage, blanchiment, apprêts...), elles évitent le recours aux produits chimiques : soude caustique, ammoniaque, résines synthétiques, dont les très toxiques formaldéhyde, chlore ou azurants optiques, souvent allergisants et cancérigènes... Elles n'utilisent que des produits naturels (amidon de manioc, savon...), des procédés mécaniques ou enzymatiques.
Textiles colorés : oui mais...
Reste un problème non résolu : alors que les teintures chimiques impliquent métaux lourds toxiques, colorants azoïques ou organochlorés et parfois arsenic, allergisants et cancérigènes, les teintures végétales peinent à s'installer en bio, du fait notamment d'une moins bonne tenue de teintes. Les teintures naturelles posent des problèmes de solidité à la lumière, de choix de couleurs, incompatible avec la mode, et surtout de prix : une serviette en teinture végétale coûte le double... Jardin Bio et Biocoton utilisent ainsi des teintures chimiques respectant la norme Oekotex (voir encadré). Seul le coton écru n'en contient pas.
Longtemps limitée, la gamme des textiles bio s'est un peu étoffée. Outre Patagonia, une marque de vêtements d'outdoor, dont tous les vêtements en coton sont bio depuis 1996, d'autres grandes marques commencent à en proposer. Les réseaux de distribution se sont aussi développés : boutiques spécialisées, Biocoop, salons bio et grande distribution, avec la marque Jardin bio. Reste toutefois l'obstacle des prix, mais ils ne sont pas prohibitifs et se justifient du fait de la qualité des produits.
Muriel Beaudoing

- Voir l'article “Les vêtements éthiques ont la fibre naturelle” du n°180 (janvier-février 2010) des 4 Saisons du jardin bio.
- Voir l’article en archive “La filière coton bio” du n°163 (mars-avril 2007) des 4 Saisons du jardin bio.
- Voir l’article en archive “Lin et chanvre pour vêtements écologiques” du n°131 (novembre-décembre 2001) des 4 Saisons du jardin bio.
Labels bio, écologiques et équitables : comment s'y retrouver ?
- L'indication "coton bio" garantit une production de la fibre en bio.
- Les labels comme "textile bio" d'Ecocert en France, Demeter en Allemagne, Skal (label Eko) aux Pays Bas et Imo en Suisse garantissent, en outre, une transformation sans produits chimiques.
- Coop Natura Line (Suisse), Green Cotton (Danemark) et Best (Allemagne) assurent, en plus, un coton équitable.
- Les labels écologiques interdisent certaines substances polluantes dans la filière textile, mais se contentent de fixer des seuils pour d'autres, comme l'éco-label européen, le label NF Environnement et la norme allemande Oekotex 100 (interdiction de métaux lourds, de formaldéhydes, contrôle de la nocivité des colorants et de la qualité des eaux usées).
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