
La floraison a été abondante, le temps plutôt clément et la récolte de prunes promet d'être belle. Sans doute faudra-t-il éclaircir pour soulager les branches. C'est dans cette heureuse disposition d'esprit qu'une ou deux semaines après la floraison, vous vous arrêtez devant votre prunier pour ce que vous croyez être une visite de routine. Il y a, effectivement, beaucoup de petits fruits bien formés, mais en vous approchant, vous vous apercevez que l'un d'eux est percé d'un petit trou de couleur sombre. Et aussitôt, vous réalisez que tous les fruits voisins présentent la même funeste perforation. Vous suivez la branche : calamité ! Aucun n'y a réchappé. Même chose sur les branches voisines. Si l'arbre est encore jeune, c'est tout juste s'il reste quelques prunes indemnes sur certaines branches un peu à l'écart. Mais quel est donc l'auteur d'un tel carnage ?

C'est un petit hyménoptère (deux paires d'ailes membraneuses, comme les guêpes, fourmis et abeilles), dont l'adulte ne mesure guère plus de 4 à 6 mm, de couleur brune plus ou moins claire (Hoplocampa minuta ou flava). Comme pour beaucoup de ravageurs, ce sont ses larves qui provoquent l'essentiel des dégâts.
La famille compte également un hoplocampe du pommier et un autre du poirier. Leurs attaques sont épisodiques, mais causent parfois de sérieux dégâts. Les jeunes fruits tombent prématurément. Quelques-uns, dont le cœur n'est pas atteint, arrivent à maturité, mais gardent en souvenir du passage de la larve une cicatrice liégeuse caractéristique.

La larve de l'hoplocampe du prunier passe l'hiver dans le sol, dans un cocon fait de particules de terre agglutinées, et se nymphose début mars. Les premiers vols d'adultes apparaissent en mars-avril. Ils s'accouplent puis viennent pondre sur les fleurs, attirés par leur couleur blanche. La femelle creuse une cavité dans la collerette du calice et y introduit un œuf (dessin 2). Comme toujours, le drame provient de la terrible fécondité de ces bestioles, qui pondent chacune entre 50 et 60 oeufs. La larve éclôt au moment de la chute des derniers pétales, sort du calice et pénètre dans le petit fruit qui vient de se former. Elle creuse une galerie jusqu'à l'amande qu'elle dévore, puis s'en va attaquer successivement trois ou quatre autres fruits. À la fin de son développement, elle se laisse tomber sur le sol dans lequel elle s'enfonce jusqu'à cinq à huit centimètres de profondeur pour faire son cocon. Tous les fruits atteints vont tomber prématurément. Chacun porte un ou deux petits trous ronds bordés de noir et dégage à l'ouverture une charmante odeur de punaise des bois !
Ludovic Martin
Pascal Martin
Eric Prédine
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