L'idée n'est pas nouvelle. Les habitants de Montargis ignorent sans doute que leur ville possède la plus ancienne maison en paille de France. Construite en 1921, elle a été conçue comme un prototype pour la reconstruction de maisons économiques après la Première Guerre mondiale. Recouvertes d'un enduit à base de ciment et de chaux, les bottes de paille sont restées intactes, la maison est habitée et en parfait état. Elle n'a pas fait école, mais ce sont les Américains qui ont pris le relais. D'abord les pionniers Mormons dans les grandes plaines arides du Nébraska, jusque dans les années 40. Puis les écolos de la côte Ouest et du Canada dans les années 70, avec une grande créativité. Les techniques constructives se sont ensuite diversifiées. Ce sont aujourd'hui principalement les autoconstructeurs qui s'en sont emparé mais elles intéressent aussi un nombre croissant de professionnels et d'architectes.
Matériau naturel, renouvelable et recyclable, la botte de paille peut être produite localement quasiment partout. Elle est légère et dotée d'un bon pouvoir isolant. Sa grande épaisseur confère aux murs des performances thermiques remarquables (équivalent d'un mur de parpaings doublé de 24 centimètres de laine de roche). Elle stocke du CO2, et sa production ne demande que très peu d'énergie grise, et peu de transport. La production des ballots demande une presse réglée pour produire des bottes denses et régulières.
Il existe plusieurs techniques de construction : toutes associent la paille à une ossature bois. Les murs doivent être bien protégés de l'humidité, par des soubassements et des avancées de toiture. Le seul "traitement" nécessaire pour les murs est un enduit respirant, à base de terre crue ou de chaux, qui les protège du feu et permet une excellente régulation de l'hygrométrie des pièces. Des essais ont montré une excellente tenue au feu d'un mur de paille recouvert d'enduits minéraux. Par contre, pendant la mise en œuvre des bottes, il y a des brins de paille partout et il faut être très vigilant sur le risque d'incendie : interdiction de fumer sur le chantier, prévoir un extincteur, attention aux étincelles d'outils comme la meuleuse, ramasser les brins de paille à la fin de chaque journée.
Comparée aux autres matériaux, la botte de paille ne bénéficie chez nous ni d'avis technique ni de certifications. Son utilisation ne donnait pas jusqu'à présent accès à la garantie décennale et elle se limitait à l'auto-construction. C'est en train de changer. Depuis 2006, le Réseau français de construction en paille travaille à l'élaboration de règles professionnelles de la construction en paille. Validées par la Commission Prévention Produit et par l'Agence Qualité Construction, ces règles paraissent en novembre 2011 aux éditions du Moniteur. Cela devrait faciliter grandement l'obtention de la garantie décennale pour les professionnels qui souhaitent se spécialiser dans ce matériau. Un référentiel de formation et une malette pédagogique à destination des autoconstructeurs sont également prévus.
Pour les autoconstructeurs, il est conseillé de se faire aider par des artisans, notamment par un charpentier pour l'ossature. Une formation est également indispensable pour maîtriser l'une des techniques de construction : technique dite Nebraska (dérivée de celle des pionniers américains), ballots de paille maçonnés ou encore ossature bois spécialement conçue pour un remplissage de bottes de paille. Des formations alliant théorie et pratique sont régulièrement organisées par des structures spécialisées dans les formations à l'éco-construction comme Le Gabion à Embrun. On peut aussi se former auprès des associations spécialisées dans la construction en paille qui organisent stages et chantiers école.

Du sol aux combles, des murs à la toiture : toutes les solutions écologiques en matière d'isolation et leur mise en oeuvre pas à pas.
96 pages; (21 x 21 cm); 12,00 €