Editions Terre Vivante – L’écologie pratique

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Sclérotiniose et botrytis de la laitue

© C. Galinet
legende © C. Galinet
Quelques feuilles de vos laitues semblent ramollies, vos jeunes plants flétrissent ? La présence de mycélium, parfois blanc et cotonneux, ou de sclérotes brunes, doit vous orienter vers ces champignons.
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Symptômes

Redoutables bien que microscopiques, ces deux champignons s'en prennent fréquemment au collet et aux feuilles de la base des laitues. Les parties attaquées ramollissent, brunissent et se couvrent d'un mycélium blanc dans le cas de la sclérotiniose, ou d'un feutrage gris dans le cas du botrytis - plus connu sous le nom de pourriture grise. Les dégâts peuvent rester limités à quelques feuilles, ou s'étendre à l'ensemble du collet en provoquant le flétrissement des jeunes plants ou de belles salades pommées. Rageant !
En outre, lorsque les conditions sont favorables à leur développement - humidité, manque de lumière et d'aération - ces champignons s'étendent de proche en proche et forment au niveau du collet des organes de conservation appelés sclérotes. Ces petits amas mycéliens d'un millimètre à quelques centimètres de diamètre se couvrent d'une membrane dure, brune ou noire, qui leur permet de garder un potentiel de nuisance pendant plus de cinq ans.

Carte d'identité

Sclérotes de 2 mm de diamètre sur le collet.
Sclero­tinia minor sur le collet d'une laitue. ©C. Galinet

La sclérotiniose est présente sous deux formes différentes :
- s'attaque essentiellement aux laitues, son mycélium est assez discret et les sclérotes ne dépassent pas 2 millimètres de diamètre ;
- Sclerotinia sclerotiorum est plus fréquente sur les chicorées - et redoutée des producteurs d'endives. Mais on la trouve aussi sur haricots, tomates, courges ou carottes. Son mycélium est voyant et cotonneux, tandis que les sclérotes accrochés au collet sont beaucoup plus volumineux : de 3 millimètres à quelques centimètres (les producteurs d'endives parlent de grains de café).
Ces deux formes sont favorisées par des conditions humides et chaudes (optimum entre 18 et 25 °C), par des plantations trop denses et des fumures azotées importantes. Ne les confondez pas avec le mildiou de la laitue, ou Bremia, dont le mycélium visible sous les feuilles est lui aussi blanc poudreux, mais qui provoque assez rapidement des taches jaunâtres sur la face supérieure et ne forme pas de sclérotes.

Collet de laitue pourri par botrytis.
Botrytis de la laitue : pourriture du collet et des feuilles de la base. ©C. Galinet

Botrytis cinerea, la pourriture grise, n'est que trop connue des jardiniers car on la retrouve sur de très nombreuses cultures : outre les salades, elle attaque sans distinction courges, haricots, fraises, groseilles, raisin et beaucoup de fleurs. La "porte d'entrée" est souvent une blessure occasionnée par une autre maladie, le gel, la grêle, ou le jardinier lors des façons culturales. Le feutrage mycélien gris et poudreux qui caractérise le botrytis se développe par temps humide et frais (optimum entre 15 et 20 °C). Des sclérotes noirs d'1 à 2 millimètres de diamètre peuvent également se former pour préserver des rigueurs hivernales les capacités reproductives de ces charmants petits champignons...

Antoine Bosse-Platière

Moyens de lutte

Ils sont essentiellement préventifs.

  • Éliminez et brûlez les résidus de culture contaminés porteurs de sclérotes.
  • Ne faites pas revenir de laitues à cet endroit avant plusieurs années. Prévoyez plutôt des alliacées (ail, poireaux, oignons...) qui résistent à ces champignons.
  • Utilisez des variétés adaptées à la saison sur un sol bien préparé, suffisamment drainant et fertilisé sans excès.
  • Favorisez une bonne circulation de l'air en espaçant largement vos plants (30 à 40 cm selon les variétés) et en sarclant les herbes indésirables.
  • Évitez l'arrosage par aspersion si l'humidité risque de s'attarder.
  • Sous abri, pensez à aérer régulièrement.
  • Vous pouvez également saupoudrer un peu de poudre de roche siliceuse dans les trous de plantation ou traiter préventivement avec une décoction de prêle, elle aussi riche en silice, capable de renforcer les tissus végétaux.

Les capacités d'adaptation de ces champignons sont étonnantes. Ils ont développé avec une grande rapidité des souches résistantes aux multiples générations de fongicides que les maraîchers conventionnels se sont acharnés à utiliser.

Aujourd'hui, les sols infestés de sclérotes sont désinfectés par les professionnels à la vapeur - une tech­­nique très coûteuse en énergie - ou avec des fumigants extrêmement toxiques comme le bromure de méthyle qui laisse des résidus et détruit la couche d'ozone. Les maraîchers bio du Midi ont mis au point l'intéressante technique de désinfection par solarisation : le sol, bien préparé et humidifié, est recouvert d'un film polyéthylène transparent pendant un mois bien ensoleillé. De quoi cuire à petit feu les sclérotes les plus récalcitrants.
Mais pour le jardinier amateur, une bonne prévention et le respect des rotations sont généralement suffisants pour éviter les infestations.

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