Editions Terre Vivante – L’écologie pratique

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L'édito du mois n° 213 juillet-août 2015

Tiré du n° 213 des 4 Saisons du jardin bio, juillet-août 2015

De la nicotine pour les abeilles

En 2014, la production de miel en France n’a pas dépassé la barre des 10 000 tonnes alors qu’en 1995, les apiculteurs en produisaient 32 000 tonnes, selon l’Unaf (Union nationale de l’apiculture française). Une production divisée par trois. Et pourtant, avec le regain d’intérêt pour l’apiculture, le nombre de ruches n’a que très peu baissé. 2015 sera-t-il aussi catastrophique ? L’hiver n’a pas été bon, semble-t-il, et de nombreuses mortalités d’abeilles ont été constatées ce printemps. Varroa, frelon asiatique, météo en dents de scie, beaucoup de facteurs ont été évoqués pour expliquer ce déclin. Mais de plus en plus d’éléments incriminent les néonicotinoïdes, une famille de pesticides introduite en agriculture au milieu des années 90, utilisée pour l’enrobage des semences.

Deux études récentes confirment la nocivité de ces « néonics ». La première, britannique, a analysé la réaction d’insectes affamés face à des solutions sucrées, certaines traitées avec de l’imidaclopride et du thiaméthoxame, d’autres non. Surprise : les insectes ont préféré les solutions traitées. Selon les auteurs de l’étude, ces insecticides agiraient comme la nicotine, qui exerce un puissant attrait sur l’homme tout en attaquant son système nerveux central. La seconde étude, suédoise, a observé une réduction de moitié des bourdons et abeilles solitaires dans les champs ayant reçu un traitement à base de clothianidine, par rapport à des champs témoins exempts du néonicotinoïde.

Ces trois produits – chlothianidine, imidaclopride et thiamétoxam – sont actuellement soumis à un moratoire en Europe. Mais ce dernier n’en interdit que certaines utilisations : ils demeurent par exemple autorisés sur les céréales d’hiver. De plus, deux autres « néonics », le thiaclopride et l’acétamipride, ne sont pas concernés. Le gouvernement a déclaré haut et fort vouloir reconduire, voire renforcer ce moratoire, qui doit expirer fin 2015. Pourtant, en mars, le même gouvernement s’était opposé au vote, à l’Assemblée nationale, d’un amendement au projet de loi sur la biodiversité visant à interdire définitivement les néonicotinoïdes ! Faudra-t-il attendre que les insectes disparaissent tous les uns après les autres pour bannir complètement ces produits ?

Marie Arnould, rédactrice en chef des 4 Saisons du jardin bio

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