Editions Terre Vivante – L’écologie pratique

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Le doryphore

© Joël Valentin
legende © Joël Valentin
Après des années de discrétion, le doryphore recommence à faire parler de lui, notamment au nord de la Loire. Cet insecte, originaire du Mexique, fait toujours des dégâts redoutables pendant l'été.
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La réputation de grand conquérant du doryphore s'est bâtie très vite : originaire du Mexique où il vivait sur des solanacées sauvages, il a croisé le chemin de colons américains qui ont installé dans le Colorado les premières cultures de pommes de terre ramenées d'Amérique du Sud à la fin du XIXe siècle.

Tolérant au froid, l'insecte s'est bien adapté bien à son nouvel hôte. Il a  débarqué en France en 1922, pour gagner presque toute l'Europe – où il a fait d'énormes dégâts dans la décennie 1940 – puis progresser en Asie centrale, en Russie et récemment jusqu'en Chine. Mais si son expansion risque de se poursuivre et s'il reste redouté dans de nombreux pays, chez nous, le conquérant semble un peu fatigué et fait beaucoup moins parler de lui.

Bien que l'on ait tenté en vain de s'en débarrasser avec d'innombrables produits chimiques – sa grande variabilité génétique induit rapidement des phénomènes de résistance –, les causes de sa régression seraient plutôt imputables à une évolution génétique des populations d'Europe de l'Ouest. Ce qui ne l'empêche pas d'être encore bien présent dans nos jardins et le réchauffement climatique pourrait même expliquer certains regains d'activité dans la moitié nord de la France.

Une famille vorace

© Joël Vaentin© Joël Vaentin

Le doryphore (Leptinotarsa decemlineata) est un coléoptère de la grande famille des chrysomélidés. L'adulte, à la célèbre livrée jaune ornée de bandes noires, hiverne enfoui de 25 à 40 cm dans le sol. Lorsque la température du sol atteint 14 °C (à cette profondeur) et après une bonne pluie – du 15 avril à fin juin –, l'adulte sort et commence à dévorer les jeunes feuilles de pomme de terre, parfois d'aubergine ou de tomate. Peu après l'accouplement, la femelle commence à disséminer ses pontes sur la face inférieure des feuilles par paquets de 10 à 30 œufs, soit jusqu'à 800 œufs par femelle.

Après quelques jours, tout ce petit monde passe rapidement à table et les larves oranges à points noirs dévorent allègrement le feuillage, passent par trois mues en une à deux semaines. Devenues fort dodues, elles s'enfoncent dans le sol pour se nymphoser. Huit à 15 jours plus tard en juillet, de jeunes adultes, eux aussi très voraces, apparaissent. Un adulte pouvant vivre deux ans, on peut observer simultanément tous les stades de l'insecte sur les pommes de terre. En fin d'été, les adultes s'enfoncent dans la terre pour hiverner. Les dégâts peuvent aller jusqu'à la défoliation complète des plants dont la récolte sera très diminuée.

Moyens de lutte

La lutte commence par une surveillance régulière du feuillage des pommes de terre dès la fin avril pour ramasser les adultes puis écraser les œufs. Le ramassage précoce peut suffire à enrayer une attaque mais il faut poursuivre la surveillance. Le semis de lin bleu entre les rangs de pommes de terre serait répulsif pour le doryphore ainsi que l'ail. Vous pouvez aussi planter quelques pieds de ricin ou de datura en bordure de parcelle (attention aux enfants, ce sont des plantes toxiques). Leurs feuilles attireraient les larves et les empoisonneraient.

En cas de début d'invasion de larves, il reste la possibilité du traitement au pyrèthre, plus efficace sur les larves que sur les adultes. Pontes et éclosions étant échelonnées, il faut renouveler le traitement tous les 10 à 14 jours. Enfin, une souche de Bacillus thuringiensis (Novodor) est efficace sur les premiers stades larvaires, mais son utilisation est réservée aux agriculteurs.

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