Editions Terre Vivante – L’écologie pratique

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L'édito du mois n° 211 mars-avril 2015

Tiré du n° 211 des 4 Saisons du jardin bio, mars-avril 2015

Compagnons de route

« Ils ont osé ces lâches tuer notre Grand Duduche. Notre enfance vient de prendre fin bien brutalement, » m’a écrit mon frère Nicolas le soir du 7 janvier 2015. Il résumait en un bref texto ce que beaucoup d’entre nous ressentions. Mais cette rédaction lâchement assassinée ou blessée était aussi une vieille compagne de route de l’écologie.

Dès les années 1970, Charlie Hebdo avait pris le nucléaire comme tête de Turc, organisant même des cars de lecteurs en 1971 pour aller défiler contre la centrale du Bugey. Wolinski avait soutenu le combat contre les barrages qui devaient bétonner la Loire dans les années 1990. Fabrice Nicolino – qui a heureusement réchappé de la tuerie même s’il y a été gravement blessé – était tombé amoureux de cette même Loire sauvage en y venant en reportage. Depuis, il a signé des livres éclairants sur la crise écologique, et notamment sur la pollution généralisée par les pesticides. Cabu, Tignous et Charb s’étaient battus contre le percement du tunnel du Somport, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le barrage de Sivens. Tignous avait dessiné pour la revue Nature & Progrès que notre chef de rubrique Antoine Bosse-Platière dirigeait à l’époque…

Des compagnons de route, donc. Que la France entière a pleurés, dans un magnifique élan de solidarité. « Nul ne savait qu’il existe encore dans ce pays une société vivante et fraternelle. […] La tragédie qui nous a frappés a réussi l’impossible : créer de l’harmonie avec les gestes et les mots de millions de personnes anonymes », a écrit Fabrice Nicolino de son lit d’hôpital. Deux mois après la tragédie, l’élan n’aura-t-il été qu’un feu de paille ? Difficile de le dire à l’heure où j’écris ces lignes. L’émotion sera retombée, de même que les chiffres de vente de Charlie Hebdo, passés de 30 000 exemplaires à un stupéfiant 7 millions d’exemplaires pour son n° 1178. Là-haut, Cabu, Charb, Tignous, Wolinski et les autres doivent ricaner, féroces comme d’habitude : « On a trouvé un remède à la crise de la presse ! Faire trucider une rédaction, rien de meilleur pour relancer les ventes ! » Espérons juste que les Français se rappelleront longtemps que, pour sauver la presse et la liberté d’expression, rien ne vaut de l’acheter. Sinon journaux et magazines fermeront les uns après les autres, dans l’indifférence générale, tués par les contenus gratuits dont Internet nous inonde.

Marie Arnould, rédactrice en chef des 4 Saisons du jardin bio

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